Santé: un milliard en investissements… mais pas d’argent pour les «projets ratio»

Les dépenses associées au portefeuille de la Santé et des Services sociaux atteignent 47,8 milliards en 2020-2021 et représentent 43 % de l’ensemble des dépenses du portefeuille, ce qui en fait le premier en importance au Québec.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir Les dépenses associées au portefeuille de la Santé et des Services sociaux atteignent 47,8 milliards en 2020-2021 et représentent 43 % de l’ensemble des dépenses du portefeuille, ce qui en fait le premier en importance au Québec.

Québec consacre 1 milliard en investissements additionnels à la santé — un portefeuille dont la croissance atteint 5,3 % en 2020-2021, en droite ligne avec l’augmentation de 5,4 % notée l’an dernier.

En tête des mesures associées à ce portefeuille trônent celles visant à « améliorer l’accès à la santé et aux services sociaux », auxquelles Québec réserve 3,1 milliards sur six ans.

Dans l’enveloppe de 490 millions destinée à ces mesures en 2020-2021, aucun montant n’est affecté aux « projets ratio » que réclament depuis deux ans les professionnels en soins.

Le budget Girard mise plutôt sur l’ajout de personnel, le soutien aux organismes communautaires, l’offre de nouveaux traitements et l’accès à la médecine spécialisée. À ce sujet, le budget indique que Québec entend récupérer 313 millions, en 2020-2021, en vertu des « économies » découlant de son accord avec les médecins spécialistes. En campagne électorale, François Legault avait plutôt dit qu’il récupérerait 1 milliard par an grâce à une nouvelle entente avec les médecins.

« On est plus que déçus. On ne comprend pas où la ministre s’en va et les promesses qu’elle a faites aux professionnels en soins ne sont pas dans ce budget-là », s’est désolée la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, Nancy Bédard. « Quand la ministre dit qu’elle va agir sur la surcharge de travail, qu’elle reconnaît les conditions de travail difficiles, qu’elle va éradiquer les heures supplémentaires obligatoires, il faut qu’elle lance des mesures concrètes pour que les choses changent demain », a-t-elle ajouté, en insistant sur l’importance de créer des enveloppes budgétaires destinées spécifiquement aux « projets ratio », qui visent à augmenter le nombre d’infirmières par patient.

« Je ne comprends pas. On dirait qu’il y a une espèce d’obsession idéologique à ne pas vouloir mettre en œuvre les “projets ratio”, qui ont donné des résultats », a renchéri l’élu libéral Carlos Leitão.

Une part importante aux soins aux aînés

Les dépenses associées au portefeuille de la santé et des services sociaux atteignent les 47,8 milliards en 2020-2021 et représentent 43 % de l’ensemble des dépenses de portefeuille, ce qui en fait le premier en importance au Québec.

Les soins aux aînés, sur lesquels avait misé le premier budget d’Eric Girard l’an dernier, ne sont pas en reste. Pas moins de 190 millions sont destinés à les « bonifier » cette année. Sur cinq ans, 624 millions y seront consacrés.

D’ici 2025, 384 millions sont réservés pour l’amélioration des soins à domicile et d’ici deux ans, 140 millions sont consacrés à l’ajout de 900 lits supplémentaires dans les CHSLD. Un montant de 100 millions sur cinq ans est aussi prévu pour « rehausser la qualité de l’offre alimentaire dans les CHSLD ».

En dépit de ces annonces, « peu est fait pour épauler le personnel », a dit la Fédération de la santé et des services sociaux. « Les besoins des bénéficiaires et du personnel surchargé vont rester largement sans réponse avec ce budget », a jugé son président.

Un nouveau crédit d’impôt pour les proches aidants

Afin de donner un coup de main aux « citoyens les plus vulnérables », Québec instaure aussi le crédit d’impôt remboursable pour les personnes aidantes, en remplacement du crédit d’impôt pour les aidants naturels d’une personne majeure. Sur cinq ans, 532 millions seront consacrés à ce crédit d’impôt, qui pourra atteindre jusqu’à 2500 $. Le gouvernement le dit « plus important, plus simple et rejoignant un plus grand nombre de personnes que le crédit d’impôt actuel ».

Des sommes sont aussi réservées au retour de la couverture publique de la fécondation in vitro. Elles sont cependant placées dans le budget général de la santé, puisqu’un projet de loi sera nécessaire afin de restaurer ce programme, dont le coût a été évalué à 50 millions par François Legault.