Fécondation «in vitro»: un projet de loi sera déposé au printemps

En campagne électorale, la CAQ a promis de restaurer le financement d’au moins un cycle de traitements de fécondation «in vitro».
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse En campagne électorale, la CAQ a promis de restaurer le financement d’au moins un cycle de traitements de fécondation «in vitro».

Le gouvernement Legault déposera au printemps un projet de loi visant à rétablir la gratuité des traitements de fécondation in vitro, a appris Le Devoir.

Des sommes visant à financer ce programme devraient donc se retrouver dans le budget du 10 mars, afin que la Coalition avenir Québec (CAQ) parvienne à restaurer la couverture publique de la fécondation in vitro (FIV) en 2020, tel qu’elle a promis de le faire.

La CAQ s’était engagée en campagne électorale à permettre aux couples infertiles du Québec d’avoir accès à un cycle de FIV gratuitement. Le parti de François Legault, qui avait chiffré cette promesse à environ 50 millions de dollars, s’était aussi montré ouvert à la possibilité de rembourser un second cycle.

Il avait néanmoins insisté sur l’importance de « contrôler les coûts » d’un programme public, aboli en 2015 après avoir été qualifié de « bar ouvert » par le ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette.

Un tel contrôle passerait notamment par l’abolition du crédit d’impôt — qualifié d’« inefficace » et « injuste » par François Legault — et pour lequel Québec a allongé 6,1 millions de dollars en 2019.

Un comité d’experts

Depuis son arrivée en poste, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a répété qu’elle souhaitait restaurer la couverture publique de la FIV cette année. C’est dans cet esprit qu’elle a annoncé, en mai 2019, la création d’un groupe d’experts en procréation médicalement assistée. La ministre avait alors dit qu’elle estimait avoir « le devoir » de soutenir les personnes qui souhaitent avoir un enfant et elle s’était engagée à le faire, « mais de manière concertée et structurée ».

Le Devoir s’est entretenu avec Dr William Buckett, qui siège au comité mis sur pied par Québec. D’emblée, le médecin du Centre de la reproduction du Centre universitaire de santé McGill a souligné que les discussions du comité étaient confidentielles. Il a néanmoins accepté de parler de ce qu’il « croit être les meilleures pratiques » en ce qui concerne la couverture publique de la FIV.

On s’attend, dès que le programme sera mis en place, à ce qu’il y ait un grand boom

Le docteur Buckett a ainsi dit souhaiter que le nouveau programme couvre au moins un cycle de FIV. « L’idéal serait deux ou trois », a-t-il ensuite précisé. « Après trois tentatives [de FIV], le taux de succès est moins élevé. Il n’y a pas un grand bénéfice à essayer quatre, cinq ou six fois. »

Actuellement, le Québec rembourse jusqu’à neuf inséminations artificielles. Or si « l’insémination est moins chère » par épisode ou par tentative, son « coût cumulatif » peut en revanche être plus élevé qu’une tentative de FIV, a fait valoir le médecin.

Il a souligné qu’il a été démontré, ailleurs dans le monde, que dans les cas où les inséminations artificielles et les médicaments ne fonctionnent pas, « la FIV est souvent la façon la plus efficace » pour aider une femme à avoir un enfant.

Un retour attendu

Selon le Dr Buckett, le nouveau programme de Québec devrait prévoir une limite d’âge pour les femmes. C’est une question plus délicate pour les politiciens, a-t-il toutefois convenu. Une limite d’âge plus basse, de 40 ans par exemple, serait plus avantageuse financièrement pour le gouvernement, souligne-t-il. « Le taux de réussite chez les moins de 40 ans est vraiment plus élevé en FIV. Ce sera donc plus efficace au niveau des coûts. »

«Avec une telle limite d’âge, le gouvernement enverrait le message à la population que c’est mieux d’essayer plus tôt », dit le médecin. Dans sa pratique, des patientes de 35 ans attendent l’annonce d’un programme gouvernemental avant de faire un premier cycle de FIV, a-t-il constaté.

La présidente de l’Association infertilité Québec, Céline Braun, fait le même constat. « [Il y a] des cliniques [qui] ont commencé des listes d’attente, qui attendent le programme », a-t-elle remarqué. « On s’attend, dès que le programme sera mis en place, à ce qu’il y ait un grand boom. »

Celine Braun ne fait pas partie du comité d’experts mis sur pied par Québec. Elle a cependant participé à deux rencontres l’an dernier avec des représentants du ministère de la Santé. Elle leur a fait part des attentes de son organisation, qui souhaiterait que Québec assume les frais de trois inséminations et de deux cycles de FIV.

En campagne électorale, la CAQ a dit de ce second cycle qu’il pouvait faire « la différence pour de nombreux couples ». Dans un court entretien avec Le Devoir, l’attaché de presse de la ministre McCann a refusé de dire si Québec entendait privilégier cette voie. « Notre gouvernement a pris un engagement de ramener la FIV et c’est dans notre intention de la respecter », s’est contenté de dire Alexandre Lahaie.

2 commentaires
  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 19 février 2020 09 h 44

    Une priorité?

    Les dernières nouvelles annoncent que les heures d'attente à l'urgence sont passées de 13 heures à 15 heures. Le gouvernement s'empresse d'injecter de l'argent dans un procédé réputé pour son inefficacité coûteuse. Pourrait-il mettre plutôt cet argent dans la recherche sur les causes de l'infertilité et les moyens d'y remédier?

  • Brigitte Garneau - Abonnée 19 février 2020 10 h 15

    Qu’advient-il des « fécondés » sans ressources?

    Ceux dont la mère n’a pas eu besoin de traitement, qui ont tous leurs morceaux et dont les ressources sont insuffisantes?