L’autodétermination autochtone comme solution aux maux sociaux

Edith Cloutier, du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, croit qu’un système autonome, qui respecte les réalités locales, doit être mis en place pour les enfants autochtones.
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir Edith Cloutier, du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, croit qu’un système autonome, qui respecte les réalités locales, doit être mis en place pour les enfants autochtones.

« J’ai entendu une femme expliquer qu’elle voulait un avortement pour être certaine que son enfant ne lui serait pas enlevé à la naissance », a raconté Nakuset, la directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

« On a besoin de ressources, pas de se faire arracher nos enfants », a aussi fait valoir Mary Hannaburg, vice-présidente de Femmes autochtones du Québec.

Pour les Autochtones, « la DPJ est associée au vol des enfants », a expliqué pour sa part Lisa Ellington, étudiante au doctorat en travail social. Pour eux, « la DPJ constitue la suite des pensionnats ».

Les enfants des Premières Nations sont environ huit fois plus nombreux que les autres enfants du Québec au sein des services sociaux. La rupture de confiance envers ces services est très importante, a constaté de son côté Edith Cloutier, du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or.

Que faire ?

« L’autodétermination est le déterminant le plus significatif pour la santé, a soutenu Lisa Ellington. On voit qu’exercer une gouvernance sur ses affaires est automatiquement associé à de meilleures conditions de vie, à de meilleures conditions socioéconomiques, à des meilleurs indicateurs de santé. »

Pour les enfants, il faut mettre en place un système autonome, comme le Mino Pimatisi8in, croit Edith Cloutier, un système qui respecte les réalités locales. En langue anicinabe, le Mino Pimatisi8in désigne un état de mieux-être global, dans une perspective harmonieuse.

La plupart des intervenants du jour sont venus défendre l’importance de l’autodétermination comme solution.

L’anthropologue Carole Lévesque, de l’INRS, a souligné, en multipliant les données, que « les limites de nos propres systèmes causent des problèmes importants dans les milieux autochtones parce que les modes d’interaction ne se basent pas sur les mêmes façons de faire ».

Les liens qui ont été développés avec les institutions « ont été désastreux », affirme l’anthropologue. Pourquoi ? Toute notre vision du monde autochtone « repose sur des visées néolibérales et universalistes qui ont peu à voir avec les trajectoires et les horizons des sociétés autochtones, explique Mme Lévesque. Même les politiques dites inclusives se traduisent par une volonté d’assimilation déguisée. Elles ne sont souvent qu’un pâle reflet de nos visées, de notre façon de concevoir le monde. »

Nakuset, la directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, observe que dans les services sociaux, le manque d’Autochtones, y compris dans les services qui leur sont destinés, cause de sérieux problèmes. Sur les 10 000 employés des services de santé, « il n’y a pas dix Autochtones. Ça aiderait. Quand on travaille avec des gens de sa communauté, ça met en confiance ».

« Le suivi avec Batshaw [la DPJ anglophone] et la communauté n’est pas régulier », constate un projet de recherche piloté par Elizabeth Fast, de l’Université Concordia, et le Foyer pour femmes autochtones.

En plus d’un manque de collaboration, on constate un manque de soutien pour favoriser le retour des enfants dans leur milieu naturel. « Il n’y a pas non plus de services pour ces enfants lorsqu’ils sont retirés de leur maison, par exemple du soutien émotionnel. »

L’organisme Femmes autochtones du Québec s’est fait représenter aux audiences de la commission par sa vice-présidente, Mary Hannaburg, ainsi que par Alexandra Lorange, analyste pour l’organisme, même si cette dernière se trouve au coeur d’un scandale qui secoue l’UQAM à son sujet.

Radio-Canada a révélé vendredi dernier, preuves à l’appui, que Mme Lorange ne serait pas autochtone, comme elle le prétend pourtant auprès de son employeur. Des chercheurs en généalogie ne trouvent aucune trace autochtone chez elle avant la douzième génération. Des chefs attikameks disent ne pas la connaître.

En 2018, dans la tourmente de la représentation de Kanata, Alexandra Lorange était au nombre des signataires d’une lettre publiée dans La Presse qui affirmait, au sujet des Autochtones, que « l’authenticité [est| notre plus grand atout ». Elle se présentait alors comme une Attikamek.

Des étudiants de l’UQAM se disaient mardi préoccupés par les allégations de Radio-Canada et pressaient l’Université d’agir, rapporte le réseau d’État.