L’UPAC rappelle à l’ordre Jean Charest et le PLQ

Le nouveau commissaire de l'UPAC, Frédérick Gaudreau
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le nouveau commissaire de l'UPAC, Frédérick Gaudreau

L’exaspération de Jean Charest — et du Parti libéral du Québec — vis-à-vis de l’enquête Mâchurer a forcé mercredi le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à rappeler un principe de base : les enquêtes criminelles de ce corps de police se font « en toute indépendance » et sans aucune « considération politique partisane ».

« Le commissaire [Frédérick Gaudreau] comprend l’impatience des citoyens et des élus à vouloir connaître l’issue de certaines enquêtes criminelles médiatisées », a écrit l’UPAC dans un rare communiqué diffusé au lendemain de la charge menée par M. Charest contre l’institution. « Il se doit, par ailleurs, de respecter les démarches d’enquête en cours, de protéger l’intégrité des enquêtes de même que la vie privée des gens visés. »

L’UPAC a aussi souligné que « M. Gaudreau s’est engagé à rendre publique la finalité de certaines enquêtes ayant retenu l’attention médiatique », et qu’il « respectera son engagement en temps opportun ».

Cette sortie du commissaire s’est faite non seulement dans la foulée de celle de M. Charest, mais aussi d’un point de presse où le leader parlementaire des libéraux à Québec, Marc Tanguay, a soutenu qu’il fallait que l’UPAC « mette un point final d’une façon ou d’une autre » à l’enquête Mâchurer. Celle-ci vise l’ancien premier ministre et un ancien argentier du Parti libéral du Québec (PLQ), Marc Bibeau.

 

Si plusieurs ont « hâte que [Mâchurer] aboutisse », comme le premier ministre Legault le disait mardi, exiger un « point final » se situe théoriquement à un autre niveau. Marc Tanguay a toutefois soutenu qu’il ne demande pas à l’UPAC d’arrêter son enquête. « Je n’ai pas dit ça du tout : mais [qu’elle] arrive à une conclusion. Après six ans, ce n’est pas déraisonnable qu’il y ait une conclusion. »

C’est essentiellement ce que disait M. Charest à Radio-Canada mardi. « Ça fait six ans que tout ça dure. Qu’ils agissent de manière responsable [et] tirent des conclusions. » Marc Tanguay estime que c’est là un « cri du coeur tout à fait justifié ».

Pour la professeure de droit Martine Valois (Université de Montréal), il faut toutefois rappeler que « ce délai a été causé en grande partie par les contestations judiciaires de Marc Bibeau, en qui M. Charest a réitéré sa confiance mardi ».

Audacieux

À Québec, la ministre Andrée Laforest — qui s’occupe des dossiers de Sécurité publique durant le congé de maternité de Geneviève Guilbeault —, a trouvé la sortie de Marc Tanguay « très audacieuse ». « Je pense qu’on va laisser l’enquête se terminer. […] Je ne suis pas sûre que c’est une bonne idée [de la part d’un] député libéral de demander d’accélérer les résultats d’une enquête » qui vise un ex-chef du Parti libéral.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, estime aussi que la vitesse d’avancement de l’enquête « ne regarde pas » Marc Tanguay. « On va laisser l’UPAC faire son travail. Et je souhaite que le nouveau [commissaire de l’UPAC] ne se laissera pas influencer par les avocats ou les lignes de communication de Jean Charest. »

Le gouvernement a créé en 2018 un Comité de surveillance des activités de l’UPAC, relève Martine Valois. « Si l’UPAC ne fait pas ce qu’elle a à faire, c’est à ce comité de se pencher là-dessus. »

« Désolante »

Mme Valois dit avoir trouvé « désolantes » les attaques de Jean Charest contre l’UPAC. « C’était une charge à fond de train. Pour un ancien premier ministre, qui est aussi avocat et qui a créé l’UPAC pour qu’elle fasse des enquêtes au criminel en toute indépendance — et c’était pour éviter de mettre sur pied la Commission Charbonneau, il faut s’en rappeler —, ça démontre qu’il n’a pas beaucoup de respect pour l’institution. »

Dans son entrevue de mardi, Jean Charest a multiplié les salves contre l’UPAC — chose qu’il n’avait jamais faite directement depuis son départ de la politique en 2012. Questionné sur l’enquête Mâchurer, il a soutenu que le corps policier se livre « à une partie de pêche ».

« J’ai-tu besoin de vous rappeler aujourd’hui que l’UPAC est sous enquête [à cause de fuites d’information] ? Que l’UPAC, dans l’affaire [du député] Guy Ouellette, a écrit des affidavits [qui] ont été totalement discrédités ? Et que le directeur de l’UPAC [Robert Lafrenière] a démissionné le jour de l’élection ? Que le directeur de la Sûreté du Québec […] est suspendu ? Alors, les allégations des affidavits [révélés la semaine dernière], vous n’allez pas me blâmer si je prends ça avec un grain de sel », a-t-il dit, en colère.

M. Charest a aussi raconté avoir « offert de rencontrer les policiers de l’UPAC, qui n’ont pas répondu à cet appel. Ça, ce sont les mêmes policiers qui n’ont pas rencontré Nathalie Normandeau, qui est une autre affaire de l’UPAC qui est en train de s’écraser. »

Il a également affirmé que dans le rapport de la Commission Charbonneau, le commissaire Renaud Lachance avait écrit que « tous les témoins étaient unanimes pour dire qu’il n’y avait pas de lien entre le financement [politique] et l’attribution de contrats ». Or, les propos de M. Lachance représentaient une dissidence au rapport final. Celui-ci indiquait plutôt qu’entre 1996 et 2011, « un lien [indirect] unissait le versement de contributions à des partis politiques provinciaux et le processus d’octroi de contrats publics ».

« Il y a plus de 1700 pages dans le rapport, et Jean Charest cite un seul paragraphe », note ainsi Martine Valois.


 
6 commentaires
  • Luc Bertrand - Abonné 22 janvier 2020 22 h 49

    Quand on n'a rien à se reprocher, on ne craint rien

    Jean Charest et sa bande de jappeurs essaient de nous faire oublier que c'était eux qui étaient au pouvoir, pendant 5 des 6 années de cette enquête. Et qu'au plus fort des révélations démontrant l'existence de ce système occulte de financement du PLQ, beaucoup d'observateurs étaient convaincus que le ministre de la Sécurité publique (Nathalie Normandeau et Jean-Marc Fournier, en particulier) était au courant à l'avance des perquisitions de l'UPAC, ce qui donnait le temps nécessaire à la permanence du PLQ et aux responsables soupçonnés de détruire ou faire disparaître les papiers incriminants. Et il est probable que le stratagème reposait beaucoup sur des ententes verbales et qu'on a tout fait pour gagner du temps, les témoins de ces enveloppes brunes et promesses de retour d'ascenseur niant ou faisant semblant de n'être pas au courant. Et pour détenir un mandat de perquisition, il faut détenir suffisamment d'indices justifiant d'aller de l'avant.

    Luc Bertrand

  • Yvon Pesant - Abonné 23 janvier 2020 05 h 21

    « Les chiens jappent, la caravane passe. »

    C'est un lieu commun de dire que le commissaire Renaud Lachance a perdu toute crédibilité en s'inscrivant en faux dans le rapport final de la commission Charbonneau quant à ses conclusions. On ne sait vraiment pas quelle mouche avait pu alors le piquer.

    Quoi qu'il en soit, on parle ici de deux choses différentes.

    Pour l'une, une commission d'enquête (Charbonneau) réclamée à cor et à cri par tout le monde. Une commission qui, dès le départ et par décret gouvernemental Libéral, s'est trouvée à n'avoir pour seul but que d'offrir un éclairage sur une situation pourrie existant dans l'industrie de la construction et ses possibles liens avec le financement illégal des partis politiques... sans aucune possibilité de mener à des accusations au criminel.

    Pour l'autre, une enquête policière (Mâchurer) qui, quant à elle, pourrait mener à de telles accusations. Une enquête qui, avec le temps, s'est révélée être une véritable course à obstacles tellement on a tout fait pour lui mettre les bâtons dans les roues. Jusqu'à se rendre en Cour suprême tout le monde ensemble avec les procureurs du Québec parce que Marc Bibeau, un bon ami de Jean Charest, nous a traîné jusque là avec lui et ses avocats.

    Les chiens jappent, peut-être pour rien, peut-être parce qu'ils sentent un réel danger pour leurs maîtres. La caravane de l'UPAC, elle, se doit de poursuivre son cours sans s'arrêter ou dévier de son droit chemin... si elle veut vraiment arriver à ses fins.

    Nous attendrons ses mages le temps qu'il leur faut pour traverser le désert et ses pièges, d'un oasis à l'autre pour y puiser l'eau des connaissances nécessaires à son bon cheminement.

  • René Racine - Abonné 23 janvier 2020 06 h 19

    Tant qu'à y être

    Tant qu'à y être-ADQ PQ PLQ CAQ ont tous jouer dans cette pièce de théâtre, ''Comment faire sonner le bas de laine'' pour gagner l'élection. Ça part de loin: Alexandre Taschereau, Maurice Duplessis, Jean Lesage, René Lévesque, Robert Bourassa, Jacques Parizeau, Pauline Marois et tous les autres qui ont été élu pour gouverner l'état québécois ont tous eu du financement sectoriel pour garnir les caisses électorales. Les bureaux d'avocats, d'ingénieurs, d'architectes, les compagnies de construction et autres groupes recevant des contrats gouvernementaux ont tous été approchés pour contribuer et tous, sans exception, ont donné généreusement lors de financement à tous les partis politiques confondus. Tout le Québec sait ''qui solliciter'' pour se lancer dans une élection: d'abord ceux qui ne veulent pas être oublié après les élections pour un retour d'ascenseur possible, les proches du candidat, sa famille et ses amis pour du support en temps et en argent, puis les convaincus qui sont membres du parti. On ne change pas les intentions de ceux qui donnent, c'est d'abord pour se faire remarquer et ensuite, c'est penser que des contrats sont à portée de main, et vice versa. D'une façon ou d'une autre, les gens qui donnent sans compter n'existent probablement pas, à part les exceptions très rares d'ailleurs et il faudrait les canoniser et les nommer. Les enquêtes de l’UPAC sont cousues de fil blanc avec comme prémisse ''les politiciens sont des crosseurs'' et ''ils vont payer'' pour avoir gouverné. L'UPAC, une police politique, fait des procès d'intention depuis sa création et il lui faut du gros gibier, d'abord pour assoir sa légitimité et ensuite assurer sa pérennité. Rien n’a été testé devant les tribunaux après six ans puis il leur faut un autre petit six ans…

  • Denis Paquette - Abonné 23 janvier 2020 07 h 41

    quelle facon de vivre avec un comportement multiple

    il est facile apres avoir allumer le feu de crier au feu, n'est ce pas ce que l'on appelle avoir un comportement double

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 23 janvier 2020 08 h 33

    Les $75 000.00 que Charest a misw dans son compte de banque

    Il devait savoir qu'il était interdit de recevoir ce complément de salaire de son parti libéral... pendant 10 ans. Pourquoi ne parle-t-on pas de cette fraude? Moi, j'en parle aujourd'hui...