La DPJ prend trop de temps pour se porter au secours des enfants

Près de 106 000 signalements aux DPJ ont été effectués en 2018-2019, soit 289 par jour en moyenne.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Près de 106 000 signalements aux DPJ ont été effectués en 2018-2019, soit 289 par jour en moyenne.

Les enfants québécois dont la sécurité et le développement sont en péril n’ont pas accès assez rapidement aux services dont ils ont besoin, déplore la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, dans un rapport accablant qui a été déposé devant l’Assemblée nationale mercredi.

Dans les Directions de la protection de la jeunesse (DPJ) des trois régions scrutées par l’équipe de la vérificatrice, le délai moyen entre le signalement d’un enfant et le début de l’application de mesures pour protéger l’enfant varie de 158 à 226 jours.

Les interventions DPJ des établissements audités — le CISSS de la Montérégie-Est, le CIUSSS de la Capitale-Nationale et le CIUSSS de l’Estrie-Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke — « nécessitent d’être améliorées afin de mener à une meilleure protection des enfants sous leur responsabilité ».

C’est en Estrie où le temps entre la réception, le traitement des signalements et l’intervention est en moyenne le plus long. Les conclusions auraient-elles été différentes si on avait considéré dans l’analyse une région comme la Côte-Nord, réputée être une des plus difficiles, comme l’affirment des experts entendus à l’occasion des travaux de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse ?

Dans leur mode de fonctionnement actuel, les DPJ ne repèrent pas certains indices de risque tels que la récurrence des signalements pour un même enfant.

Près de 106 000 signalements ont été comptabilisés dans l’ensemble du Québec en 2018-2019, soit 289 par jour en moyenne. Ce nombre est en croissance. En 2013-2014 par exemple, il y en avait près de 83 000. Or, une partie de cette augmentation serait due au fait que les signalements non retenus sont font rapidement l’objet d’un nouveau signalement. Ce sont 20 % des enfants ayant fait l’objet d’un signalement non retenu qui seront à nouveau signalés dans l’année qui suivra.

Pour la vérificatrice générale, les DPJ ne sont pas suffisamment soutenues dans leur rôle par leurs établissements, ni suffisamment encadrées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Le MSSS devrait par ailleurs voir à examiner si les pratiques cliniques utilisées en protection de la jeunesse sont toujours adéquates. « Il ne surveille pas les interventions des DPJ de manière à évaluer leur efficacité et à pouvoir intervenir en temps opportun, le cas échéant. »

Pour Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille de l’Université McGill, « ce rapport vient confirmer ce dont on discutait déjà dans les milieux concernés, à savoir la question du manque de personnel, du nombre de dossiers qui augmente, des listes d’attente. C’est comme si le système ne suivait pas. On peut se demander jusqu’à quel point les services sont bien synchronisés les uns avec les autres. Ce rapport arrive à point à l’heure où on réfléchit aux modifications à apporter à la loi dans le cadre des travaux de la Commission Laurent. »

Avec Marco Bélair-Cirino