Plomb dans l'eau: des milliers de garderies échappent à tout contrôle

Pour prélever les échantillons, les garderies doivent contacter une des associations de services de garde identifiées par le ministère dans sa lettre.
Photo: istock Pour prélever les échantillons, les garderies doivent contacter une des associations de services de garde identifiées par le ministère dans sa lettre.

Le gouvernement ne pourra pas imposer des tests sur la qualité de l’eau dans tous les services de garde comme il l’avait promis puisque les milliers de garderies privées en milieu familial échappent à son contrôle.

Le Devoir a appris que, d’ici à vendredi, le ministère de la Famille allait écrire aux 16 000 responsables de garderies du Québec pour leur demander de réaliser des tests au plomb dans leur eau.

Or, les garderies non régies ne recevront pas de lettre pour la simple et bonne raison que le ministère n’a pas leur adresse.

« Il n’y a aucune façon de les contacter. On ne sait pas qu’[elles] existent », déplore le ministre de la Famille Mathieu Lacombe. « [Elles] n’ont pas de permis du ministère de la Famille, [elles] ne sont pas reconnues par un bureau coordonnateur ».

En se basant sur des données croisées du ministère du Revenu, le gouvernement estime qu’entre 19 000 et 20 000 enfants fréquentent ces garderies. « C’est un problème », dit le ministre Mathieu Lacombe. « On n’a pas de façon de les joindre, alors qu’on est dans une situation qui implique la sécurité et la santé des enfants. Ça me préoccupe. »

C’est le devoir des parents de s’assurer que leur enfant est en santé et en sécurité

« Le message que je leur transmets, c’est : “Si vous lisez cet article, communiquez avec le ministère pour qu’on vous explique ce que vous devriez faire.” »

Des reportages du Devoir, du Soleil et de La Presse ont révélé ces derniers mois que l’eau que boivent les enfants dans certaines écoles et garderies du Québec a des concentrations si élevées en plomb que cela pose des risques pour le développement cognitif des enfants.

Pour le ministre, le dossier du plomb dans l’eau est une preuve de plus qu’il faut revoir le statut des garderies non régies. « Ça donne toute la mesure de l’importance de la démarche que je suis en train de faire de vouloir mieux encadrer ce type de service là au Québec. » La réforme promise par le ministre vise à ramener un maximum de services dans le giron public. Le ministre a promis que son plan de match serait dévoilé avant le printemps.

Aux parents de vérifier

Qu’en pensent les principales intéressées ? « Ça demeurera un choix de faire ces tests ou pas », répond la présidente de L’Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés (AQMFEP), Sophie Bélec Tessier. « Est-ce que je le recommande ? Oui, fortement. »

Créée en janvier 2019, l’AQMFEP dit représenter des milliers de « travailleuses autonomes » propriétaires de garderies non régies. Pour Mme Bélec Tessier, il appartient aux parents de veiller à ce que des tests soient réalisés. « C’est aux parents de faire la demande aux responsables », dit-elle. « C’est le devoir des parents de s’assurer que leur enfant est en santé et en sécurité ».

Interrogée sur la situation dans sa propre garderie, Mme Bélec Tessier dit personnellement ne pas avoir encore eu de demande de parent à cet effet. Compte-t-elle faire des tests ? « Pour cette semaine, non. Mais si je vois que Montréal est touchée, certainement. »

Les garderies non régies ont souvent été pointées du doigt ces dernières années pour leur manque de fiabilité. En 2018, une enquête du Devoir avait notamment révélé que de nombreux services de garde passaient au privé pour se soustraire à des règles élémentaires d’hygiène et de sécurité.

Mme Belec Tessier soutient qu’elle ne veut pas compter ce genre de garderies parmi ses membres et que son association valorise la sécurité. Or, ses membres ne veulent pas être soumis à des bureaux coordonnateurs comme le sont les garderies en milieu familial régies.

Des tests gratuits

Dans sa lettre aux responsables de garderies, le ministère leur demande de prendre des échantillons pour mesurer la concentration de plomb dans l’eau consommée. Ces tests seront menés gratuitement par des laboratoires sélectionnés par l’État, comme ce sera le cas dans les écoles.

À la suite des reportages alarmants des derniers mois, le gouvernement souhaite s’assurer que tous respectent la concentration conforme à la recommandation canadienne de 5 parties par milliard.

Il n’y a aucune façon de les contacter. On ne sait pas qu’[elles] existent.

 

Pour prélever les échantillons, les garderies doivent contacter une des associations de services de garde identifiées par le ministère dans sa lettre. Elles devront alors aviser l’association du nombre de points de distribution dans leur établissement.

Les associations de garderies se baseront ensuite sur ces statistiques pour conclure des ententes avec des laboratoires agréés par le ministère.

En octobre, Le Devoir avait révélé que le Québec utilisait une méthode désuète pour mesurer les concentrations de plomb dans l’eau et se référait à une norme non sécuritaire de 10 parties par milliard.

À travers la province, Le Devoir, les étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et Global News ont effectué près d’une centaine de tests dans des résidences privées, des écoles et des garderies. En utilisant les méthodes d’échantillonnage recommandées par Santé Canada pour mesurer l’exposition maximale, notre équipe a trouvé des concentrations de plomb jusqu’à 14 fois supérieures aux normes en vigueur au Québec (28 fois la norme canadienne), souvent sans que les résidents en aient été avisés.

Québec fournira l’équipement aux commissions scolaires

Québec viendra en aide aux commissions scolaires de la province en leur fournissant gratuitement l’équipement nécessaire pour tester les concentrations de plomb dans l’eau potable de leurs établissements.

« Une démarche est en cours afin d’acquérir les appareils portatifs qui vous permettront de mener à bien la procédure que nous vous avons transmise à cet effet [le 25 octobre] », peut-on lire dans la directive envoyée mercredi par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, aux commissions scolaires.

L’équipement doit être livré au plus tard au « début de l’année 2020 ».

Les commissions scolaires qui préfèrent, quant à elle, procéder à des analyses en laboratoires, plutôt que de permettre à leur personnel de s’occuper des tests, devront par contre assumer l’intégralité des frais.

3 commentaires
  • Alexandre Gagné - Abonné 14 novembre 2019 09 h 35

    Plomb dans l’eau?

    L’article du Devoir: « Plomb dans l’eau, des milliers de garderies échappent à tout contrôle » n’est pas tout à fait exact.

    Les services de garde en milieu familial indépendants, non-régis par un bureau coordonnateur doivent tout de même se soumettre aux normes et règlements gouvernementaux.

    Ceci étant dit, les services en milieu familial ne sont pas dispensés dans des bâtisses institionnelles ou commerciales, mais bien dans des foyers familiaux où d’autres membres peuvent y résider à temps plein. Commes les enfants ou les conjoints de la dispensatrice de service par exemple.

    Partant de ce fait, y a-t-il une raison de croire que la concentration de plomb dans l’eau est plus importante dans la maison de la dispensatrice de services de garde en milieu familial que dans celle des enfants eux-mêmes?

    Devraient-on exiger à tous les parents d’effectuer un test d’eau dans leur propre demeure? Isabelle Porter a-t-elle fait des test sur son eau à la maison?

    Il fait arrêter de faire des histoires avec les services de garde en milieu familial qui choisissent de mener leur affaire de façon indépendante.

  • Alexandre Gagné - Abonné 14 novembre 2019 10 h 35

    Erreur dans le commentaire précédent...

    * le conjoint de la dispensatrice, et non pas les conjoints!! :)

  • Gérard Lombard - Abonné 14 novembre 2019 10 h 44

    Comment joindre les garderies privées en milieu familial?

    À moins que je ne me trompe, est-ce que les garderies privées en milieu familial ne doivent pas s'enregistrer au Registre des entreprises (Code d'activité économique: 8641 - Activité: Garderies pour enfants)?
    Si c'est le cas, le Ministère devrait pouvoir les contacter.

    Gérard Lombard