La CSDM désobéit au premier ministre Legault

«En après-midi, soit on travaille à l’école sur le thème de l’environnement, soit on participe au mouvement mondial à Montréal», a expliqué la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «En après-midi, soit on travaille à l’école sur le thème de l’environnement, soit on participe au mouvement mondial à Montréal», a expliqué la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) fait fi de la consigne du premier ministre François Legault et autorise ses enseignants à prendre part à la manifestation mondiale sur le climat.

La CSDM a décrété une « journée pédagogique institutionnelle » sur le thème de l’environnement le vendredi 27 septembre. « En après-midi, soit on travaille à l’école sur le thème de l’environnement, soit on participe au mouvement mondial à Montréal », a expliqué la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre, dans un entretien avec Le Devoir mercredi après-midi.

Du coup, « les enseignants qui le désirent pourront participer à la journée de mobilisation pour le climat sans coupe de traitement », précise le syndicat sur son site Web.

Ils n’auront qu’à « avertir » la direction de leur absence durant une « demi-journée », durant laquelle ils suivront les pas de la jeune militante écologiste Greta Thunberg dans les rues de Montréal. « Ils n’auront pas à présenter une demande d’autorisation », a précisé Mme Beauvais-St-Pierre, avant de saluer la décision de la CSDM.

Contacté par Le Devoir, le responsable des relations de presse de la CSDM, Alain Perron, s’est dit « au diapason » de l’Alliance des professeurs et professeurs de Montréal.

La Commission scolaire de Montréal compte deux journées pédagogiques institutionnelles par année — habituellement une en novembre et une en avril — durant lesquelles des conférences sur un « thème social », comme l’enseignement dans un milieu multiethnique ou dans un secteur luttant contre la pauvreté, sont organisées, a-t-on expliqué au Devoir.

En matinée, M. Legault avait pourtant demandé à la CSDM de s’assurer que ses enseignants soient au boulot — et non dans la rue à exiger une intensification de la lutte contre les changements climatiques. « N’oublions pas que les journées pédagogiques, ce ne sont pas des journées de congé pour les enseignants. Il y a de la formation. Et moi, je m’attends à ce que la Commission scolaire de Montréal s’assure que les enseignants travaillent vendredi prochain », a-t-il déclaré lors d’une mêlée de presse.

N’oublions pas que les journées pédagogiques, ce ne sont pas des journées de congé pour les enseignants. Il y a de la formation. Et moi, je m’attends à ce que la Commission scolaire de Montréal s’assure que les enseignants travaillent vendredi prochain.

Par ailleurs, M. Legault a déploré la décision de la CSDM d’annoncer une journée pédagogique à 10 jours d’avis. « Je trouve cela malheureux que la décision se prenne à la dernière minute. On a des parents à Montréal qui se font dire : “Vendredi prochain, organisez-vous avec vos enfants. Il n’y aura pas d’école.” Je trouve cela pas mal à la dernière minute », a-t-il affirmé, tout en convenant que le choix des journées pédagogiques est du ressort des commissions scolaires.

Le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette, a déploré le « ton paternaliste » adopté par M. Legault à l’égard des enseignants — qui sont très majoritairement des femmes, a-t-il fait remarquer. « C’est très particulier. […] On n’a pas besoin du premier ministre pour savoir ce qu’on doit faire. Les profs sont professionnels », a poursuivi M. Mallette, qui a invité le premier ministre à « respecter les relations patronales-syndicales ».

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, désapprouve lui aussi la décision de la CSDM de décréter sans avertissement une journée pédagogique le 27 septembre. « J’aurais préféré que les jeunes soient à l’école et en apprennent davantage sur les changements climatiques. […] C’est à l’école qu’on va apprendre les solutions scientifiques, qu’on va former les ingénieurs de demain, qu’on va former les citoyens de demain, qui vont résoudre la crise », a-t-il affirmé dans une mêlée de presse. M. Roberge a aussi rappelé aux enseignants que leur présence était requise en classe, malgré l’absence de leurs élèves. « Je ne jouerai pas à la police des professeurs dans toutes les écoles. C’est une journée pédagogique. Une journée pédagogique — j’ai enseigné pendant longtemps —, ce n’est pas une journée de congé. C’est une journée de préparation, de correction, de formation pédagogique. »

Aux yeux de la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé, les enseignants qui manifesteront le 27 septembre prochain poseront un geste « politique ». « Ils vont accompagner les enfants politiquement. C’est un choix politique qu’ils vont faire. Dans ce sens-là, je ne crois pas que personne ne devrait être payé pour faire ce choix politique là. Ça tombe sous le sens », a-t-elle fait valoir.
 



Une version précédente de ce texte, qui identifiait le président de la Fédération autonome de l’enseignement comme Serge Mallette, a été modifiée.