Legault présente ses grandes demandes aux partis fédéraux

Le premier ministre, François Legault, se pose en leader nationaliste.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre, François Legault, se pose en leader nationaliste.

Le premier ministre, François Legault, a fait connaître mardi ses demandes aux chefs des partis politiques fédéraux. Il ne se contente pas d’exiger de leur part de s’abstenir de contester la Loi sur la laïcité de l’État. Il réclame désormais l’équivalent des pleins pouvoirs en matière d’immigration, l’assujettissement des entreprises de charte fédérale à la loi 101 et la création d’une déclaration de revenus unique administrée par le Québec. « Nos demandes sont raisonnables », a-t-il fait valoir à plus d’un moins du scrutin fédéral.

Pleins pouvoirs en Immigration

M. Legault demande aux candidats de promettre d’autoriser le gouvernement du Québec à « décide[r] seul » du nombre d’immigrants, y compris les réfugiés et les personnes acceptées en vertu du programme de réunification familiale, admis au Québec. Le gouvernement doit « choisi[r lui-même] les conditions exigées avant d’accorder la résidence permanente, y compris la réussite d’un test de connaissance du français et d’une évaluation des connaissances des valeurs québécoises », a ajouté M. Legault, tout en demandant aussi de gérer complètement le programme de travailleurs étrangers temporaires. « C’est bien sûr important pour protéger le français et protéger notre nation », a-t-il souligné.

Les chefs conservateur, Andrew Scheer, et néodémocrate, Jagmeet Singh, ont rejeté du revers de la main le test de valeurs promis par M. Legault aux électeurs québécois en 2018. M. Scheer a rappelé qu’une telle idée avait été débattue lors de la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada et qu’il s’y était opposé. « Je ne crois pas que ce soit à un gouvernement de mettre en oeuvre un genre de test sur les croyances possibles des gens », a-t-il commenté à Winnipeg. M. Singh a lui aussi confirmé son désaccord. « Je suis les conseils de la vérificatrice générale du Québec, qui dit que le problème d’intégration vient d’une barrière de la langue. Et c’est là que je mettrai mes efforts », a-t-il insisté.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a lui endossé 100 % des demandes du gouvernement Legault. « Le Québec présente des demandes qui sont en droite ligne avec les politiques qu’il avait déjà exprimées, en droite ligne avec les choix clairement formulés par les électeurs du Québec en 2018 », a soutenu M. Blanchet lors d’un arrêt à Longueuil. « Ces demandes sont claires, légitimes et raisonnables. Pour le Bloc, elles sont attendues, et entendues : c’est oui. »

Laisser intacte la loi 21

M. Legault avait profité du lancement de la campagne électorale fédérale, mercredi dernier, pour exhorter les partis politiques fédéraux à s’engager à ne pas contester la Loi sur la laïcité de l’État devant les tribunaux. Il a pris soin de réitérer sa demande mardi. Le chef libéral, Justin Trudeau, refuse de contester la loi 21 devant les tribunaux « pour l’instant ». Contrairement à M. Scheer, il n’exclut cependant pas de le faire dans le futur. Le chef du Nouveau Parti démocratique a dit pour sa part « reconna[ître] la compétence du gouvernement du Québec à légiférer dans ce dossier ».

Plus d’entreprises assujetties à la loi 101

M. Legault exige l’assujettissement des entreprises de compétence fédérale ? les banques et les entreprises de télécommunications, par exemple ? à la Charte de la langue française. Le Bloc et le NPD sont d’accord. Le NPD avait déposé un projet de loi à cet effet en 2011. Le Bloc l’avait toutefois égratigné puisque le document accordait au gouvernement le pouvoir d’exempter toute entreprise et rendait le projet de loi inutile, selon lui.

Une seule déclaration de revenus

Le premier ministre du Québec demande également aux chefs de parti fédéraux d’instaurer une déclaration de revenus unique administrée par le gouvernement québécois. « On pense qu’il y aurait des économies importantes à faire. On voudrait aussi faire faire des économies de temps et d’argent aux contribuables, que ce soit les individus ou les entreprises », a plaidé M. Legault. Le PCC est pour, tout comme le Bloc québécois. Le Parti libéral du Canada et le NPD y sont tous deux opposés. « Quand on a évalué la façon de le faire, ça menaçait beaucoup d’emplois, en particulier dans les régions où ces emplois sont vitaux. Donc à cause de ça, on ne veut pas menacer les emplois », a expliqué M. Singh.

D’autres demandes en vrac

Dans une lettre de quatre pages adressée à chacun des chefs de parti canadiens, M. Legault demande à Ottawa — en plus de donner suite à ses « quatre priorités concrètes » — de « reconnaître que le Québec va mener seul, en vertu du régime québécois, les évaluations environnementales des projets sur son territoire, au sud de celui de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, y compris ceux de compétence fédérale ».

« Si le gouvernement du Québec dit que ce n’est pas acceptable, on ne veut pas aller de l’avant. Si la population québécoise dit qu’il n’y a pas l’acceptabilité sociale pour aller de l’avant, on ne va pas aller de l’avant. Parce que si on veut vraiment aller de l’avant avec un projet, il faut avoir l’acceptabilité sociale. Sans ça, on ne peut pas continuer », a affirmé M. Singh.

Le premier ministre québécois a aussi réclamé l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser et l’augmentation de la contribution fédérale en matière de santé et de programmes sociaux.

Cela dit, M. Legault a passé sous silence plusieurs des « propositions » pour établir une « nouvelle relation entre le Québec et le Canada » figurant dans le document « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec », qu’il avait présenté aux délégués de la Coalition avenir Québec à l’automne 2015. Dans cette ébauche de programme en matière de relations Québec-Canada, il demandait notamment à Ottawa de lui transférer les budgets fédéraux en culture. M. Legault a mis de côté cette demande, pour l’instant. « Je ne voulais pas avoir non plus une liste d’épicerie [à envoyer aux chefs fédéraux] », a-t-il dit.

Le chef du gouvernement québécois a tenu à exprimer la « volonté du Québec et des Québécois d’être des partenaires à part entière dans la fédération ». « La base de tout partenariat, c’est le respect mutuel », a précisé M. Legault en conférence de presse.

Avec Marie Vastel et Guillaume Bourgault-Côté

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 18 septembre 2019 09 h 07

    Autonomisme


    C'est quoi cette tartine sur le respect? Cela veut-il dire qu'un gouvernement fédéral doit répondre positivement à toutes les demandes du gouvernement caquiste? Si oui, c'est ignorer l'abc de tout fédéralisme, soit le partage des compétences. Si on en veut la plénitude, il faut opter pour la souveraineté, c'est aussi simple que cela. Mais le peuple ne veut pas de cette dernière. Alors le gouvernement Legault se réfugie dans la thèse autonomiste, de toujours avoir plus de pouvoirs. Comme disait Parizeau, il faut ''plumer le pouler à petit feu''. Robert Bourassa ''jouait'' avec la même thèse, sans trop savoir s'il y croyait vraiment.

    M.L.

  • Tristan Roy - Abonné 18 septembre 2019 09 h 09

    Déclaration unique

    Il faut arrêter de prendre les fédéraux pour des cons. Aucun gouvernement à Ottawa ne va accepter une déclaration unique, ça lui enlèverait le contrôle de ses revenus au Québec. Et si le débat sur la souveraineté revient, Ottawa aurait perdu un de ses plus gros arguments: pouvoir couper les fonds.