L'ex-ministre libéral Sébastien Proulx quitte la vie politique

Le député de Jean-Talon, au moment de son assermentation comme ministre de l’Éducation dans le cabinet Couillard, en octobre 2017
Photo: Francis Vachon La Presse canadienne Le député de Jean-Talon, au moment de son assermentation comme ministre de l’Éducation dans le cabinet Couillard, en octobre 2017

Coup dur pour le Parti libéral du Québec (PLQ). Le seul député libéral à l’est de Montréal, Sébastien Proulx, se retire de la vie politique pour grossir les rangs du Mouvement Desjardins, moins d’un an après avoir été réélu par les électeurs de la circonscription de Jean-Talon.

Le père de deux enfants a annoncé son départ lors d’une conférence de presse commune avec le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, vendredi après-midi. « Il est aujourd’hui temps pour moi de faire autre chose et de faire différemment », a-t-il déclaré en ajoutant avoir pris cette décision « difficile » et « déchirante » au terme d’une « réflexion longue et sérieuse ».

Le député démissionnaire de Jean-Talon s’est contenté de dire à la presse qu’il embrassera un « nouveau défi professionnel ».

La porte-parole du Mouvement Desjardins, Chantal Corbeil, a confirmé au Devoir qu’il allait se joindre au groupe financier coopératif comme directeur des affaires institutionnelles au cours des prochaines semaines. Elle a pris soin de préciser que leur recrue avait fait les vérifications appropriées auprès du commissaire à l’éthique.

La famille d’abord

M. Proulx assumait les responsabilités de leader parlementaire de l’opposition officielle depuis la défaite électorale du PLQ le 1er octobre 2018. « J’ai travaillé sans relâche, peut-être même un peu trop, plusieurs heures par jour, souvent tard la nuit, et ce, presque tous les jours, a-t-il souligné. J’ai puisé au plus profond de mes réserves pour servir et améliorer les choses qui m’apparaissaient et qui m’apparaissent incorrectes. »

L’ex-ministre de la Famille et de l’Éducation a dit vouloir être « encore plus présent » pour ses enfants qui « entrent dans l’adolescence ».

Il est aujourd’hui temps pour moi de faire autre chose et de faire différemment

Il a commencé à se questionner sur son avenir, après avoir été sollicité pour se lancer dans la course à la succession de l’ex-premier ministre Philippe Couillard, a-t-il expliqué. « Alors, tout ça m’a amené dans cette réflexion dont je parle aujourd’hui, où je me dis : j’ai 44 ans, ça fait 15 ans que je fais des entrées et des sorties dans la vie politique, a-t-il relaté. J’ai donné beaucoup, beaucoup, beaucoup pour les autres. […] J’ai décidé de me choisir aujourd’hui et de choisir ma famille. »

Le chef intérimaire libéral l’a remercié du « dévouement », de l’« implication » et de la « fougue » qu’il a démontrés au sein du cabinet de M. Couillard, puis dans les rangs de l’opposition officielle. « Il n’y a pas juste le Parti libéral, je pense que l’Assemblée nationale au complet perd avec Sébastien Proulx », a remarqué M. Arcand en qualifiant le député tantôt adéquiste, tantôt libéral de « maître de la procédure parlementaire ».

Élection partielle

Il a indiqué que le PLQ n’allait pas laisser tomber la circonscription de Jean-Talon dans l’escarcelle d’une autre formation politique. « On va se battre », a-t-il dit en promettant une « campagne très intensive » pour conserver ce château fort libéral.

Le premier ministre François Legault a six mois pour ordonner la tenue d’une élection partielle dès que le siège est vacant.

« Ça va devenir un champ de bataille qui est important pour eux parce que c’est le seul comté libéral à l’est de Montréal », a remarqué le politologue de l’Université Laval, Éric Montigny, en entrevue au Devoir. « Ce départ-là, ce n’est rien pour faciliter la reconquête du vote francophone », a ajouté celui qui a été l’un des fondateurs de l’Action démocratique du Québec (ADQ).

« Le Parti libéral va survivre au départ de Sébastien Proulx comme il a survécu à l’ensemble des départs dans le passé », a soutenu le député démissionnaire lorsque les journalistes l’ont questionné sur l’avenir de sa dernière famille politique.

Collègues et adversaires ont souligné son travail rigoureux à l’Assemblée nationale. Le premier ministre François Legault l’a remercié sur Twitter pour ses « années de service public » et n’a pas manqué d’indiquer qu’il avait été « un adversaire redoutable ».

Avocat de formation, Sébastien Proulx a été élu une première fois en 2007 pour l’ADQ dans la circonscription de Trois-Rivières pour être défait l’année suivante. Il a fait un retour en politique comme conseiller du premier ministre Philippe Couillard, puis député de Jean-Talon en 2015. En 2018, il avait conservé ce siège — la seule circonscription libérale de la région de Québec — avec 32,6 % du vote, devant la candidate caquiste Joëlle Boutin, qui avait obtenu 28,6 %.