Le troisième lien pourrait être à péage

Le troisième lien prendrait la forme d’un tunnel qui passerait à la pointe de l’Île d’Orléans.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le troisième lien prendrait la forme d’un tunnel qui passerait à la pointe de l’Île d’Orléans.

Le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, brandit la menace d’imposer un péage sur le futur troisième lien si le gouvernement fédéral ne contribue pas au financement du projet. Or, même à l’approche de l’élection, une aide d’Ottawa semble loin d’être acquise.

À l’heure actuelle, il n’y a aucun programme de subventions pour ce genre de projet, signale une source au sein du gouvernement Trudeau. Le projet de troisième lien pourrait par contre avoir accès à certains programmes de subventions en transport en commun si le projet comportait une composante qui en fait la promotion, telle une voie réservée, signale-t-on.

Le cabinet du ministre François-Philippe Champagne affirme par ailleurs « n’avoir rien contre le projet » — et ne pas avoir reçu encore de projet à évaluer de toute façon.

Mardi, le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, a brandi la menace d’imposer un péage sur le futur troisième lien si Ottawa ne contribue pas au financement du projet. Le gouvernement fédéral s’est montré « frileux » dans le dossier, a-t-il souligné en mêlée de presse.

Le fédéral n’avait pas « levé la main » depuis le dévoilement du tracé, plus tôt cet été. « Si ce n’est pas le cas, il faut évaluer les options en PPP (partenariat public-privé). »

Évoquant lesdites options, M. Bonnardel a notamment mentionné la possibilité de financement par la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC). Or, vérification faite, la BIC, qui est indépendante du gouvernement, ne finance que des projets qui génèrent des revenus. Dès lors, une contribution de la BIC n’empêcherait pas un recours au péage.

Plus de transparence

L’ouverture de M. Bonnardel au péage a suscité de vives réactions, d’autant plus qu’il avait exclu un tel scénario dans le passé.

« Dieu sait que je ne veux pas défendre le gouvernement fédéral, mais s’il en sait aussi peu que nous sur le projet, je peux comprendre qu’aujourd’hui, il utilise le prétexte de méconnaissance du dossier pour dire qu’il n’est pas prêt à l’appuyer », a réagi le député péquiste Joël Arsenault.

« Quand on lance un ballon comme ça, c’est qu’il y a quelque chose en dessous », a dénoncé quant à luile porte-parole libéral en matière de transport, Gaétan Barrette.

Avant de parler de péage, il faudrait d’abord savoir combien coûtera ce troisième lien routier entre Québec et Lévis, selon lui. « Les Québécois ont le droit de savoir, a-t-il dénoncé. C’est le projet unitaire le plus dispendieux au gouvernement du Québec au moment où on se parle. »

« Ce que ça nous dit, en gros, c’est que la CAQ ne sait pas comment le financer », a réagi pour sa part Catherine Dorion, de Québec solidaire. « En plus, on n’est pas capables d’avoir de l’information à savoir pourquoi vous avez choisi de faire un tunnel ? »

Le coût du troisième lien est estimé à un minimum de 4 milliards de dollars, si l’on se fie à une étude commandée en 2016 par le ministère des Transports. Or, la facture pourrait facilement atteindre 7 ou 8 milliards, selon ce qu’a dit son auteur, Bruno Massicotte, en entrevue au Devoir à la fin juin.

L’opposition libérale a demandé formellement mardi que la Commission des transports et de l’environnement de l’Assemblée nationale reçoive, cet automne, le directeur du bureau de projet du troisième lien afin d’en savoir plus.