L’opposition s’insurge que Québec se chauffe au gaz naturel

«Le Devoir» révélait vendredi matin que, parmi 130 bâtiments publics qui ont été construits ou agrandis depuis 2017, 60 font usage de gaz naturel pour combler une partie de leurs besoins de chauffage.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le Devoir» révélait vendredi matin que, parmi 130 bâtiments publics qui ont été construits ou agrandis depuis 2017, 60 font usage de gaz naturel pour combler une partie de leurs besoins de chauffage.

Le fait que plusieurs nouveaux bâtiments construits par Québec sont chauffés au gaz naturel a suscité les critiques de l’opposition, vendredi. De son côté, le gouvernement a défendu l’utilisation de cette énergie par rapport au mazout.

Le Devoir révélait vendredi matin que, parmi 130 bâtiments publics qui ont été construits ou agrandis depuis 2017, 60 font usage de gaz naturel pour combler une partie de leurs besoins de chauffage. Une majorité des immeubles utilise deux types d’énergie différents, dans des proportions différentes. Certains bâtiments utilisent jusqu’à 80 % de gaz naturel.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, n’a pas été en mesure de répondre à nos questions en entrevue. Dans un courriel, son cabinet précise que l’utilisation du gaz naturel plutôt que du mazout permet de réduire de près de 30 % les émissions de gaz à effet de serre. On ajoute que le gouvernement souhaite qu’à partir de 2020, les nouveaux édifices gouvernementaux soient chauffés et climatisés à l’énergie propre.

Les gaz naturels sont une énergie fossile, ce n’est pas ça, une énergie de transition.

De son côté, le Parti québécois accueille les résultats avec « stupéfaction ». « Un des premiers critères de la réussite de la lutte contre la crise climatique, c’est d’avoir un gouvernement exemplaire. Si nous voulons que la population embarque, il faut que les gens sentent que l’État donne l’exemple », lance le député de Jonquière et porte-parole du Parti québécois en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault.

« On ne parle pas de bâtiments des années 1980 ou 1990. Même dans les années récentes, le gouvernement du Québec construit des bâtiments avec un système de gaz naturel. Dans une optique où on doit se libérer des énergies fossiles, c’est complètement contradictoire », ajoute-t-il.

Ce serait une erreur de considérer le gaz naturel comme une énergie de transition, estime de son côté Québec solidaire.

« Les gaz naturels sont une énergie fossile, ce n’est pas ça, une énergie de transition, comme le pense la CAQ », lance la députée de Mercier et porte-parole en matière d’environnement, Ruba Ghazal.

La formation politique pense que le gouvernement devrait complètement abandonner le gaz naturel et qu’il devrait investir pour convertir ses bâtiments avec des systèmes qui fonctionnent aux énergies renouvelables.

Invité à commenter le dossier, le Parti libéral du Québec n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Gaz naturel renouvelable

L’argument du gouvernement voulant que le gaz naturel soit moins polluant que le mazout ne rassure pas Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace.

« On sait que la vaste majorité du gaz au Québec est produite par fracturation, comme le gaz de schiste, qui a un impact environnemental désastreux en matière de gaz à effet de serre et de contamination. Certaines études disent que c’est presque aussi polluant que le charbon », lance-t-il.

Le gouvernement veut néanmoins favoriser la production de gaz naturel renouvelable (GNR) au Québec, qui est issu de la décomposition de matières organiques. En mars dernier, un nouveau règlement a été édicté afin de fixer à 1 % en 2020 et à 5 % en 2025 le seuil minimal de GNR dans les réseaux de distribution.

Un objectif que prévoit de respecter Énergir, principal distributeur gazier au Québec. « Nous sommes présentement en réflexion dans le cadre de notre planification stratégique pour convenir d’une cible plus détaillée », écrit une porte-parole. L’entreprise a également calculé que le gaz naturel coûte moins cher aux établissements que l’électricité distribuée par Hydro-Québec ou le mazout.