Les réfugiés peuvent pallier la pénurie de travailleurs, dit l’ONU

Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Canada, Jean-François Beuze, témoignera en commission parlementaire des nouveaux seuils d’immigration, jeudi, à Québec.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Canada, Jean-François Beuze, témoignera en commission parlementaire des nouveaux seuils d’immigration, jeudi, à Québec.

Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Canada invite le gouvernement de François Legault à changer de discours et à considérer les réfugiés comme une solution à la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit au Québec.

« Il faut arrêter cette dichotomie entre les réfugiés sont un fardeau et les autres nouveaux arrivants basés sur des critères économiques sont des bénéfices, a souligné Jean-Nicolas Beuze en entrevue au Devoir. Les réfugiés apportent des bénéfices aussi. » C’est le message qu’il compte livrer jeudi dans le cadre de l’étude en commission parlementaire des nouveaux seuils d’immigration.

« Les réfugiés sont aussi prêts à travailler dans le domaine de l’hôtellerie et des services à la clientèle, a-t-il ajouté. On a besoin de beaucoup de gens pour aider les personnes âgées, les personnes avec des handicaps, pour s’occuper des enfants en bas âge et on retrouve parmi les réfugiés plein de gens qui ont ces qualifications et ces expériences. »

La stratégie caquiste

Une douzaine d’élus étudient depuis lundi les nouveaux seuils d’immigration du gouvernement pour les trois prochaines années. Après les avoir réduits à 40 000 en 2019, le gouvernement caquiste prévoit de les augmenter progressivement à compter de 2020 pour accueillir entre 49 500 et 52 500 nouveaux arrivants en 2022. Il mise sur l’immigration de travailleurs qualifiés et de gens d’affaires.

Il faut arrêter cette dichotomie entre les réfugiés sont un fardeau et les autres nouveaux arrivants basés sur des critères économiques sont des bénéfices.

« Tous les premiers ministres de toutes les provinces ont accepté ma proposition d’augmenter le pourcentage de l’immigration qui est économique, a rappelé le premier ministre, François Legault, mercredi en faisant référence à la dernière rencontre du Conseil de la fédération. Actuellement, c’est seulement 60 % au Québec. Donc, on voudrait augmenter ça au moins à 65 %, peut-être éventuellement à 70 %. »

En contrepartie, son gouvernement a diminué le nombre de réfugiés qui seront accueillis au Québec en 2019, le faisant passer de près de 9000 en 2018 à un maximum de 7500. Il prévoit de maintenir le nombre de nouveaux arrivants issus de cette catégorie — la plus précaire — entre 6800 et 7500 annuellement jusqu’en 2022.

Invité à faire marche arrière

« Il y a une longue tradition de solidarité au Canada et au Québec en particulier envers les réfugiés et ce n’est pas le moment de baisser les bras », a réagi M. Beuze.

« On n’a jamais eu autant de réfugiés à travers le monde, a-t-il poursuivi. On a passé le cap des 26 millions. On voit de plus en plus de conflits émerger et les conflits durent de plus en plus longtemps. Donc, on a de plus en plus de gens qui sont obligés de fuir leur pays. »

Il invite le gouvernement Legault à faire marche arrière et à plutôt permettre à un plus grand nombre de réfugiés de s’installer au Québec. Le gouvernement pourrait profiter d’un projet-pilote mis sur pied par le gouvernement fédéral pour en sélectionner certains qui maîtrisent le français selon des critères économiques.

Le représentant du UNHCR a donné l’exemple de l’Ontario qui a récemment recruté un chef cuisinier et un employé formé en technologie de l’information.

« On se rend compte qu’ils répondaient entièrement aux mêmes critères que n’importe quel autre migrant à part le fait qu’ils venaient d’un pays qui n’était pas le leur, mais qui était un pays où ils avaient trouvé l’asile », a-t-il affirmé.

Le projet sur la voie d’accès à la mobilité économique a été lancé en avril 2018 pour recruter des réfugiés qualifiés au Kenya et au Moyen-Orient. Il leur permet de soumettre leur candidature par l’entremise des programmes d’immigration économique des provinces participantes ou du gouvernement fédéral. Cela demande quelques ajustements de la part des gouvernements et des employeurs puisque les réfugiés qui doivent quitter leur pays en catastrophe ne peuvent pas apporter curriculum vitae et autres documents pertinents.

« Mais au fond, si la personne a travaillé pendant dix ans auprès des personnes âgées et qu’il y a eu un laps de temps de deux ans à cause de l’exil où la personne n’a pas eu cette chance, pourquoi pas, a demandé M. Beuze. Ce ne sont pas les deux dernières années qui font que la personne est devenue incompétente. »

Il espère que son témoignage de jeudi permettra de déboulonner certains mythes sur cette catégorie d’immigrants qui n’ont souvent plus rien et qui, remarque-t-il, font les frais de discours populistes un peu partout en Occident.

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10 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 15 août 2019 08 h 51

    Monsieur Beuze tient là un langage corporatif de type «  tout le monde est il est beau tout le monde il est gentil «. On ne va pas le lui reprocher, il est payé pour ça. À l’ecouter Il n’y a pas de problème, l’immigration fut-elle massive, et elle le sera, c’est la solution à tous nos problèmes.

    Sauf que des études qui pensent au contraire que cela ne règlera rien existent. Ainsi celle de monsieur Marois qui prétend au contraire que cela ne règle rien, ni à propos de la main-d’oeuvre, ni au sujet de la démographie.

    Je fais confiance à l’étude...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 août 2019 09 h 11

    Bref !

    « Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Canada invite le gouvernement de François Legault à changer de discours et à considérer les réfugiés comme une solution à la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit au Québec. » (Mylène Crête, Le Devoir)

    De cette honorable invitation, il est bien de se dire que le Québec, l’accueillant ou selon, demeure, de droit et de légitimation gouvernementale, assez autonome pour exiger que les personnes (refugiéEs et autres) soient en mesure de s’adapter et d’intégrer, dans la langue de Molière, la Culture Québécoise, et ce, sous peine de renvoi !

    Si ce genre de personne préfère exiger des accommodements raisonnables ou chercher à œuvrer dans une autre langue que celle véhiculée au Québec, sa présence pourrait être compromise ou remise en question !

    De ce qui précède, et de l’Invitation de ce « Haut-Commissaire » (UNHCR) au Canada, pays si loin et si proche de nulle part, le Québec, n’ayant aucune leçon à recevoir de personne en matière d’accueil, a intérêt à rester DEBOUT !

    Bref ! - 15 août 2019 -

  • Jacques Patenaude - Abonné 15 août 2019 09 h 31

    Il a bien raison

    "Il espère que son témoignage de jeudi permettra de déboulonner certains mythes sur cette catégorie d’immigrants qui n’ont souvent plus rien et qui, remarque-t-il, font les frais de discours populistes un peu partout en Occident."

    On nous présente trop souvent les réfugiés comme de pauvres hères misérables sans compétence ni capacité de travail. Non ces gens qui ont tout perdu chez eux n'ont pas perdu leurs capacités. Au contraire qu'on se rappelle simplement comment nous avons accueillit les boat peoples vietnamiens et cambodgiens à une autre époque et comment il contribuent maintenant à notre société.

    Oui ils font les frais de populistes de droite un peu partout mais aussi d'un populisme misérabiliste de gauche. Les réfugiés n'ont peut-être plus de biens mais ils ont amenés avec eux leurs compétences et leur motivations à contribué à la société d'accueil. Le gouvernement Legeault plutôt que de négocier en réduction du nombre de réfugiés devrait plutôt s'entendre avec le fédéral pour que ceux qui sont choisit pour le Québec soient bien informés de notre réalité et du devoir qu'ils auront de s'intégrer à une société francophone.

    La distinction qu'on fait entre immigrants économiques et et réfugiés est en fait une division artificielle. L'intervention de M. Beuze a le mérite de nous rappeler.

  • Lise Bélanger - Abonnée 15 août 2019 09 h 35

    L'ONU se fiche totalement de la situation du Québec, la seule chose qui l'intéresse est de véhiculer son message extrémiste de droit absolu des immigrants clandestins, réfugiés et autres immigrants comme s'ils avaient des droits absolus sur tout et en prédominance de toute démocratie. Qui est donc l'ONU maintenant? Il faut avoir du temps à perdre pour s'occuper des propos de l'ONU.

    • Roxanne Deslongchamps - Inscrit 15 août 2019 14 h 46

      Je pense que l'ONU perd beaucoup de temps à se préoccuper des affaires internes - et assez anodines - du Québec alors qu'il y a tant de situations extrêmement graves ailleurs dans le monde qui devraient monopoliser leur attention et leurs agissements. De plus, les réfugiés ne sont pas tous des travailleurs compétents, loin de là, et nombre d'entre eux fragilisent la nation québécoise. C'est pour quoi nos amis libéraux les aiment tant. Foutez-nous la paix sinon nous foutrons le camp!

  • Serge Grenier - Abonné 15 août 2019 10 h 19

    Remonter à la source

    « On voit de plus en plus de conflits émerger et les conflits durent de plus en plus longtemps. »

    Je n'ai rien contre l'accueil de réfugiés, mais ce n'est pas en accueillant toujours plus de réfugiés qu'on va régler les conflits. L'ONU devrait en faire beaucoup plus pour que cessent les conflits, autant les vieux que les nouveaux.