L'effet positif d'une consigne plus généreuse

Si certains sont pour la consigne de toutes les bouteilles de verre, d'autres, comme les épiciers, les dépanneurs et les restaurateurs, s'y opposent.
Photo: iStock Si certains sont pour la consigne de toutes les bouteilles de verre, d'autres, comme les épiciers, les dépanneurs et les restaurateurs, s'y opposent.

Que la consigne des bouteilles vides soit étendue ou non, le Québec devrait augmenter son prix, a plaidé une experte mardi devant les parlementaires qui étudient les enjeux du recyclage.

« Le taux de retour dépend vraiment du taux de consigne. La consigne monte et le taux monte », a fait valoir Clarissa Morawski, de la firme européenne en environnement Reloop Consulting.

Au Québec, le prix de revient d’un contenant oscille entre 5 cents pour les canettes de boissons gazeuses et 20 cents pour les gros contenants de bière. Madame Morawski, une Québécoise d’origine, croit que la consigne de base devrait passer au minimum à 10 cents.

En Oregon, le passage de 5 à 10 cents a fait bondir le taux de retour de 59 à 90 % en deux ans, a-t-elle signalé.

Rappelons que depuis lundi la commission des transports tient une consultation pour savoir notamment si la consigne devrait être étendue aux bouteilles de vin et autres contenants de verre.

Au Québec, le taux de récupération du verre pour les petites bouteilles à consigne de dix cents est de 72 %, il est de 25 % pour les boissons gazeuses (consigne de 5 cents) et de 51 % pour les gros formats standards (20 cents).

En s’appuyant sur différentes expériences dans le monde, Mme Morawski affirme que la consigne est « un incontournable ». « Il faut faire plus que collecter la matière : il faut la réutiliser plusieurs fois », a-t-elle dit.

Suivant son modèle, il appartient aux détaillants de récupérer les contenants vides, mais ce sont l’industrie et les importateurs de boisson qui doivent financer la consigne.

Lundi, Recyc-Québec avait aussi recommandé qu’on hausse le prix de la consigne dans son mémoire, sans préciser de montant toutefois.

Beaucoup d’opposition

L’élargissement de la consigne est toutefois loin de faire l’unanimité. Lundi, les épiciers et dépanneurs ont pressé le gouvernement de ne pas aller dans cette direction, en soulignant que la consigne de bière constituait déjà pour eux un fardeau.

Les dépanneurs reçoivent certes une prime de 2 cents pour chaque bouteille consignée, mais elle n’a pas été révisée depuis 1984 « et ne permet plus de rentabiliser cette opération », plaidait l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec.

Mardi, l’Association des restaurateurs est à son tour venue s’y opposer, invoquant un « lot considérable de problèmes opérationnels », dont la prolifération des mouches drosophiles dans les bouteilles vides et la menace que représentent ces petites bêtes pour ses standards d’hygiène.

« Tout le monde a la volonté de faire mieux sauf qu’il y a des coûts assez importants qui sont rattachés à ça. Puis je pense qu’il faut faciliter le travail des restaurateurs », a fait valoir Vincent Arsenault, président du conseil de l’Association et lui-même restaurateur à Montréal.

Tout en préconisant qu’on continue de miser sur la collecte sélective, le groupe a toutefois dû reconnaître qu’il y avait du travail à faire sur ce plan.

« On est limités dans ce qu’on peut faire récupérer par les bacs de la Ville », a déclaré M. Arsenault. Dans certaines villes comme Brossard, les industries, commerces et institutions (ICI) n’ont d’ailleurs aucun service et doivent payer des tiers de leur poche pour s’en occuper. Dans d’autres municipalités, les restaurants sont desservis, mais seulement pour un volume limité. Et encore, cela dépend des matériaux. Ainsi, la MRC de la Vallée-de-l’Or en Abitibi récupère le verre en provenance des commerces et restaurants, mais pas le plastique ; Trois-Rivières recycle seulement les pellicules d’emballage et Montréal n’accepte pratiquement rien.

La Gaspésie

La consultation a aussi été marquée par le passage de leaders gaspésiens également opposés à la consigne des bouteilles de vin.

« Ce n’est pas un problème de collecte qu’on a, il faut travailler sur les débouchés ! » a soutenu la directrice de la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie (RITMR), Nathalie Drapeau.

Dans cette région, un projet pilote a permis de récupérer 100 % des résidus de verre recueillis grâce à la collecte sélective, et ce, en répondant à des besoins locaux, ont-ils expliqué.

Sur place, il est transformé en verre granulé qui est réutilisé et vendu à des municipalités pour faire des aménagements paysagers, des remblais et de l’abrasif. « Si on implante la consigne ici, c’est sûr qu’il va y avoir un doublon », a fait valoir le préfet de la MRC de la Côte-de-Gaspé, Daniel Côté. La RITMR récupérerait alors moins de verre, ce qui rendrait son verre granulé plus cher à produire et moins rentable, ont-ils avancé.

 
 

Une version précédente de ce texte, qui indiquait erronément que la firme Reloop Consulting se nommait Loop Consulting, a été modifiée.