Le programme de logement abordable serait mal ciblé

Le programme AccèsLogis finance une foule de projets en logements abordables.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le programme AccèsLogis finance une foule de projets en logements abordables.

Dans son rapport rendu public jeudi, la vérificatrice générale pose sa loupe sur le programme AccèsLogis Québec et relève des situations problématiques qui « diminuent de manière significative l’efficacité de ce programme et qui exposent la Société d’habitation du Québec (SHQ) à des risques financiers importants ».

Au chapitre des incongruités qui mettent du sable dans l’engrenage de l’accès au logement abordable pour les ménages québécois les moins fortunés, la vérificatrice générale Guylaine Leclerc soulève le fait que 53,3 % des logements du programme Supplément au loyer ne correspondent pas aux critères de loyers abordables. Plusieurs des logements sont occupés par des ménages dont les revenus sont équivalents ou supérieurs au barème fixé par la SHQ en matière de « revenu modeste » (fixé à 78 523 $ pour un ménage de trois personnes, par exemple).

Le rapport indique aussi que la sous-capitalisation des fonds de réserve des immeubles subventionnés par le programme AccèsLogis fragilise la SHQ, qui doit assurer la quasi-totalité des risques financiers. La gouvernance de la Société est également remise en question.

Réactions du milieu

Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), ne partage pas la vision de la VG. « De nos jours, un revenu de 40 000 $, ce n’est pas si élevé ! Pendant ce temps, l’apport du gouvernement [aux logements abordables] ne cesse de descendre, ce qui force la hausse des coûts des logements. La pression devient forte dans le milieu des OBNL pour viabiliser les projets et arriver à offrir des logements qui représentent 95 % du prix d’un loyer médian », exprime la porte-parole du FRAPRU, qui prône la construction de HLM subventionnés à 100 %.

Elle déplore aussi que le programme AccèsLogis n’ait pas été indexé depuis dix ans et ne reflète pas la réalité du paysage locatif. « Le rapport ne tient pas compte des coûts de construction, des terrains, de la spéculation et des coûts des logements sur le marché qui augmentent. En raison du sous-financement, de 10 000 à 15 000 logements annoncés dans le budget n’ont pas vu le jour. »

Du côté de la Confédération québécoise des coopératives d’habitation (CQCH), on reproche aux conclusions et recommandations du rapport de la VG de faire un amalgame qui dresse un portrait erroné des bénéficiaires de subvention à l’accès au logement abordable.

Jacques Côté, président de la CQCH, est étonné par les statistiques sur le revenu énoncées par le rapport de la VG. « Le dernier sondage démontre que le revenu des ménages de nos résidents se situe autour de 31 000 $», dit M. Côté. Il craint que l’impression voulant que le programme soit bénéfique à des locataires à l’aise financièrement puisse nuire aux plus démunis. « L’orientation qui perdure depuis les années 1970-1980 dans les coops vise la mixité. Dans nos coops, 40 % bénéficient du supplément au loyer. Le reste est constitué de gens ordinaires, de petits travailleurs aux revenus modestes. »