Aide alimentaire: la CSDM attend toujours l’argent promis par Québec

La présidente de la CSDM souhaiterait l’établissement d’une mesure universelle en matière d’aide alimentaire.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La présidente de la CSDM souhaiterait l’établissement d’une mesure universelle en matière d’aide alimentaire.

Des organismes communautaires accusent le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de « ne pas tenir sa promesse ». La corporation de développement communautaire Solidarité Saint-Henri (SSH), Action-Gardien, la corporation de développement communautaire de Pointe-Saint-Charles et la Coalition montréalaise des tables de quartier ont dénoncé dans un communiqué jeudi l’absence de nouveau financement de la part du gouvernement Legault dans la mesure alimentaire. Cette mesure assure à des milliers d’élèves des repas à 1 $ ou des collations gratuites.

« On a appris [mercredi] au Conseil des commissaires de la CSDM qu’il n’y avait pas d’argent frais qui était relié à la conservation de la mesure alimentaire », a expliqué au Devoir Camille Trudelle, chargée de projets pour Action-Gardien, la corporation de développement de Pointe-Saint-Charles. Le 9 mai dernier, le ministre Roberge avait déclaré à l’émission Puisqu’il faut se lever, animée par Paul Arcand, que son gouvernement avait investi une somme supplémentaire de 12 millions de dollars et qu’il était « prêt à aller plus loin ». « On s’engage. Il n’y aura pas d’enfants qui vont perdre l’aide alimentaire qu’ils ont aujourd’hui et dont ils ont besoin », avait-il annoncé. Il avait également assuré que cette mesure serait toujours en vigueur à l’automne 2019.

« En fait, il n’a pas tenu promesse », s’est désolée Mme Trudelle.

La coordonnatrice générale de la SSH, Shannon Franssen, estime de son côté que le ministre « a menti à la population ». « Il n’a aucune intention d’assurer que ces mesures ne sont pas coupées dans les écoles touchées par la réaffectation des sommes », a-t-elle prédit. Mme Franssen accuse également le ministre de manquer de transparence et trouve la situation « inacceptable ».

La présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel Bourdon, reste quant à elle prudente. « Pour le moment, je lui [le ministre de l’Éducation] donne le bénéfice du doute. » Elle réclame toutefois que le gouvernement Legault lui transmette par écrit quels seront ses engagements financiers. « Comme on dit en anglais : “show me the money” », a-t-elle illustré.

Une mesure universelle réclamée

La CSDM a pris la décision mercredi soir de ne pas allouer de sommes pour l’aide alimentaire à plusieurs écoles situées dans un quartier qui s’est enrichi. Au Conseil des commissaires, une proposition d’urgence sur les programmes de soutien alimentaire a été adoptée à la majorité. Les commissaires demandent au ministre de l’Éducation d’augmenter le budget annuel alloué au programme de soutien alimentaire afin de pouvoir le poursuivre l’automne prochain.

« On nous a dit : “Commencez par regarder les sommes que vous pouvez trouver au comité de gestion de la taxe scolaire, et après, on verra si vous avez besoin de sommes supplémentaires” », a résumé Mme Harel Bourdon. La présidente de la CSDM a d’ailleurs écarté l’option d’aller puiser le financement dans les sommes destinées aux services aux élèves. « On peut difficilement prendre de l’argent de notre budget pour la réussite des élèves et la transférer pour les nourrir », a-t-elle constaté.

« En ce moment, on a 5,6 millions de dollars qu’on investit dans les mesures alimentaires. Il nous manquerait entre 12 et 15 millions », a avancé Mme Harel Bourdon. Elle estime à environ 25 000, soit le tiers de ses élèves, le nombre d’enfants et d’adolescents qui fréquentent une école de la CSDM et qui vivent sous le seuil de la pauvreté.

« Nous, ce qu’on voudrait, c’est une mesure universelle pour tous les élèves qui en ont besoin », a réclamé Mme Harel Bourdon. La présidente de la CSDM s’est montrée ouverte à ce que le financement de l’aide alimentaire provienne de différents ordres de gouvernement. « Cela ne me dérange pas. L’important, c’est de nourrir les enfants qui en ont besoin », a-t-elle soutenu.

« Ce qu’on vise, c’est qu’il [le gouvernement] injecte des sous pour la rentrée de 2019, mais qu’à moyen terme, en 2020, on ait une mesure qui couvre l’ensemble des besoins des enfants qui vivent sous le seuil de la pauvreté », a soutenu Camille Trudelle.

Shannon Franssen espère également que le gouvernement assurera la pérennité de l’aide alimentaire. « Nous attendons qu’il [le ministre de l’Éducation] explique à la population comment il va s’assurer que les enfants des écoles touchées par la réaffectation des budgets ont un repas chaud à manger le midi, l’année prochaine et pour les prochaines années. On veut savoir comment il va tenir sa promesse », a-t-elle demandé.

Le ministre de l’Éducation n’était pas disponible pour une entrevue au Devoir, jeudi. Par courriel, le ministère a toutefois déclaré « être ouvert à en faire davantage dans ce dossier » et a assuré que « le ministre et toute l’équipe travaillent actuellement en ce sens », sans donner plus de détails. Concernant l’enveloppe la bonification de 12 millions de dollars dont avait parlé le ministre Roberge au micro de Paul Arcand, le ministère affirme que ce montant figure au dernier budget déposé par le ministre des Finances, Eric Girard. Il a également annoncé que la répartition et les modalités de ce montant seront connues prochainement, lors de l’envoi des règles budgétaires aux commissions scolaires.