La CAQ en quête de son côté vert

Dominic Champagne a pris part aux consultations régionales organisées en prévision du premier conseil général de la CAQ.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dominic Champagne a pris part aux consultations régionales organisées en prévision du premier conseil général de la CAQ.

Près de 1000 militants de la Coalition avenir Québec seront appelés à se prononcer ce week-end sur une foule de propositions visant à réduire l’empreinte écologique des Québécois, dont certaines portent la signature de nouveaux membres « écolos » de la formation politique, comme Dominic Champagne.

L’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, n’est pas le seul acteur du mouvement environnementaliste à s’être procuré une carte de membre de la CAQ dans la foulée de la victoire électorale de l’équipe de François Legault le 1er octobre dernier. Diego Creimer et Sylvain Perron — tous deux employés de la Fondation David Suzuki — ont aussi rejoint les rangs du parti politique de François Legault.

 

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Fort de leur statut de membre, ils ont pris part – à titre personnel – aux consultations régionales organisées en prévision du premier conseil général de la CAQ qui est dévolu à l’environnement : le talon d’Achille du gouvernement Legault, selon l’opposition.

M. Champagne, M. Creimer et M. Perron ont pu non seulement débattre des idées « pour [développer] une économie verte » mises au jeu par la commission politique de la CAQ, mais aussi proposer de nouvelles pistes d’action — ce qu’ils ont fait.

Ils ont notamment suggéré de sonder les membres de la CAQ sur la création d’une consigne sur les bouteilles d’eau. La direction du parti a acquiescé. « La CAQ propose d’imposer des redevances et une consigne sur les bouteilles d’eau afin de réduire progressivement leur utilisation », peut-on lire dans le cahier de propositions remis aux militants en vue du conseil général de ce week-end.

M. Creimer et M. Perron, qui travaillent tous deux à « préserver la diversité de la nature et le bien-être de toutes les formes de vie » au sein de la Fondation David Suzuki, ont également attiré l’attention de leurs consoeurs et confrères caquistes sur la question de l’obsolescence programmée. Message entendu : la Commission de la relève de la CAQ invitera ce week-end les membres à appuyer une proposition demandant poliment au gouvernement de « contrer l’obsolescence programmée et d’encourager le droit à la réparation et la responsabilité élargie des fabricants ».

En revanche, l’état-major de la CAQ n’a pas retenu la proposition de Diego Creimer et de Sylvain Perron d’instaurer une consigne sur le verre, et ce, même si elle avait obtenu l’appui des militants rassemblés le 30 mars dernier à Laval. La commission politique de la CAQ recommande plutôt « d’augmenter de façon significative la cueillette et le recyclage du verre ».

La proposition de M. Champagne de mettre fin aux subventions gouvernementales des énergies fossiles a connu le même sort. Elle ne s’est pas retrouvée dans le cahier de propositions.

Environnement, au coeur des échanges

François Legault avait mené sa campagne électorale en martelant ses trois « grandes priorités » : éducation, santé et économie. Le thème de l’environnement se trouvait dans l’angle mort de la caravane électorale de la CAQ. Huit mois plus tard, le thème de l’environnement s’impose comme le principal sujet d’échanges du premier rassemblement postélectoral des militants de la CAQ.

Aide financière aux organisations cherchant à utiliser des sources d’énergies renouvelables. Plan de retrait du plastique à usage unique. Réduction de l’utilisation de pesticides. Soutien aux modes de transport non émetteurs de GES. Les propositions visant à accélérer la « transition énergétique », à améliorer la « gestion des matières résiduelles » ainsi qu’à accroître la « protection du territoire » et la « mobilité durable » pullulent aujourd’hui dans le cahier de propositions de la CAQ. Quel sort leur réserveront les membres du parti ?

Le metteur en scène Dominic Champagne et le directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand, s’adresseront tour à tour aux militants caquistes avant l’amorce du débat en plénière dans un hôtel du centre-ville de Montréal samedi. Ils tenteront de les « convaincre de l’urgence d’agir » pour une transition écologique.

Les propositions soumises aux participants du conseil général du week-end constituent « un bon départ dans plusieurs domaines environnementaux prioritaires », est d’avis Équiterre. « Le vrai test de l’engagement du parti demeurera dans la cohérence de l’ensemble des politiques publiques et des propositions adoptées : une augmentation des autoroutes contrecarrerait les propositions en mobilité durable et en transport collectif, et tout appui au développement de la filière des hydrocarbures au Québec, incluant le gaz naturel, viendrait annuler bien des propositions en transition énergétique », fait valoir la directrice des relations gouvernementales de l’organisme environnemental, Annie Bérubé.

Faute d’acceptabilité sociale, M. Legault ferme la porte à la construction d’une canalisation transportant du pétrole de l’Ouest canadien ? de « l’énergie sale » à ses yeux ? en sol québécois. En revanche, il appuie le projet de construction d’un nouveau pipeline gazier reliant l’est de l’Ontario au Saguenay, ce qui permettrait l’exportation de gaz naturel en provenance de l’Ouest canadien vers les marchés internationaux.

D’ailleurs, Stéphanie Trudeau, vice-présidente d’Énergir —, qui mène un projet de desserte en gaz naturel dans la zone industrialo-portuaire de Saguenay —, prendra la parole devant les militants de la CAQ samedi. Il y a fort à parier qu’elle se portera à la défense du gaz naturel, le décrivant comme une « énergie de transition ».

« La cohérence devra guider les réflexions », insiste Mme Bérubé d’Équiterre, à la veille de l’ouverture du conseil général de la CAQ.
 



Une version précédente de ce texte a été modifiée afin d'ajouter la précision suivante: «Fort de leur statut de membre, [Diego Creimer et Sylvain Perron] ont pris part – à titre personnel – aux consultations régionales organisées en prévision du premier conseil général de la CAQ...»

 

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12 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 23 mai 2019 07 h 30

    Le cheval des Trois

    Messieurs Champagne, Creimer et Perron infiltre le camp "ennemi" pour aller, au grand galop ou au petit trot, je ne sais pas, porter la bonne parole environnementale à ses membres, histoire d'ouvrir les portes de l'intérieur. C'est cette image du cheval de Troie qui m'est venue en lisant cet article.

    Entretenir ses membres sur le sujet en congrès, c'est une chose, mais, convaincre les ténors et hauts dirigeants de la CAQ de bien-fondé de penser à autre chose que le cash money, c'en est une autre. C'est qu'ils ont la couenne dure, ces gens d'affaires!

    On verra.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 mai 2019 09 h 26

      Je suis né à Malartic, capitale de la mine à ciel ouvert. Je n'y coucherais pas une seule nuit tellement c'est pollué. Imaginez si au conseil municipal, moi, réfugié écologique, j'y revenais et demandait le bon sens: -45% de GES d'ici 2020 et - 100% d'ici 2050!!

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 23 mai 2019 08 h 42

    Son âme refuse l'inertie !


    Force est de constater que Dominic Champagne est un catalyseur hors pair !

    " Certains rêvent d'incroyables réalisations pendant que d'autres restent éveillés et le font . "

    [ Nolan Bushnell ]

    • Gilles Théberge - Abonné 23 mai 2019 10 h 45

      Je comprends votre position madame d’Aigle. Mais je trouve que l’initiative de monsieur Champagne à des airs de racolage...

      Je ne suis pas certain que ça aura le succès espéré! Et si ça ne l’a pas, que faire?

      Je trouve qu’un « mouvement » serait préférable, parce que se peinturer dans le coin comme ça...

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 mai 2019 08 h 58

    Relativisations

    Il faut s'occuper aussi de faire faire une hygiène chimique, ie se libérer de la dépendance aux perturbateurs endocriniens, polluants organiques persistants, VOX, phtalates, retardateurs de flammes. Des GES, bien sûr, qui viennent aussi en masse du gaz naturel; Voir à ce propos dles études du RVHQ: réseau vigilance hydrocarbure québec. Il y a L' habitation durable, la mobilité durable, les mégots de cigarettes qui polluent autant que le plastique, il faut nonseulement s'occuper de l'achat local mais aussi de la fabrication locale avec des matériaux locaux dont beaucoup sont dans les sites d'enfouissement, par " urban mining", ( voir le livre de Jacques Laval: De la mondialisationi au local) l'agroécologie, la forêt durable ( un coup de fil à Richard Desjardins sufirait), manger pour garder un cerveau jeune ( et le coeur) comme suggère Louise Thibault, baisser le gaspillage alimentaire, reconnaître le pluralisme syndiacl en agriculture, transition en agriculture ausssi, faire analyser les territoires urbains pour détecter le radon, cancérigène, cesser de bâillonenr les scientifiques, les faire entendre dans les bibliothèques, ( changements climatiques, lien santé-environnement, biodiversité) , civiliser le comportement des mines, mines carboneutres, villes carboneutres ( et plus ) Moins 140% de GES d'ici 2050. Et pourquoi pas aider les travailleurs Albertains à se libérer du travail dans les sables bitumineux pour migrer vers une économie verte en faisant un plan d'action pour réussir ce passage?

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 mai 2019 09 h 06

      ps on a vu avec la DPJ l'organigramme hyper compliqué. Ça vien du surdéveloppement du cerveau gauche analytique par rapport au droit,plus global, qu'on aurait avantage à développer. Les fonctions cognitives exécutives reliés au cerveau frontal nécessitent aussi de l'attention. Nous avons aussi besoin de plus de métacognition. D'étudier le programme API: actualisation du potentiel intellectuel. Se pratiquer à imaginer. Nous savons peu comment apprendre à apprendre. Nous savons peu comment penser. Penchons-nous sur ces thèmes, l'écologie s'en portera mieux et le budget de la santé ( près de 50% ) baissera. Se dire collectivement : qu'il est beau et bon de penser, au lieu de se dire entre nous: arrête de te poser des questions et de nous achaler avec... :)

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 mai 2019 09 h 17

    Repenser

    La biologiste Catherine Potvin a coordonné en 2015 le travail de 60 scientifiques qui ont accouché d'un Rapport qui devrait être dans toutes les bibliothèques incluant celles des Parlements: Rebâtir le système énergétique Canadien. Vers un avenir sobre en carbone,accompagné d'un autre: Agir sur les changements climatiques. http://www.sustainablecanadadialogues.ca/fr/vert/a

    J'étais à la manifestation de vendredi dernier des étudiants pour les appuyer. Un pancarte faisait réfléchir et un peu pleurer: " Je serais en train de faire mes devoirs si vous aviez fait les vôtres, M. Legault:.

    Pas pire pour un ado!

    Pourquoi ces 60 scientifiques ne se manifestent-ils/elles pas sur cette page ici aujourd'hui? Si facile pourtant!!

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 mai 2019 09 h 21

      C'est tellement vaste n'est-ce pas, comment tout dire en même temps? J'en viens au REM. La Fondation Suzuki l'appuie. Pourtant il a beaucoup de défauts, dont faire 800,000 tones de GES, d'être décidé antidémocratiquement avec bien des secrets pas à l'avantage du peuple et de l'environnement. Voir Trainsparences.
      C'et tout!

    • Jean Richard - Abonné 23 mai 2019 11 h 18

      Le REM ? Ça pourrait devenir le plus beau symbole de l'incohérence en matière d'environnement.

      Quel est le motif qui a poussé la CDPQ à investir autant d'argent dans un réseau de transport ? Le transport des personnes ? Non ! Ce n'est pas du tout lucratif (même s'il est prévu que le manque à gagner soit effacé par des subventions généreuses, nettement plus élevées qu'avec les transports urbains conventionnels. Non, ce sur quoi mise la CDPQ, c'est l'immobilier, lire entre parenthèse, la spéculation foncière et l'étalement urbain.

      Québec aura versé beaucoup d'argent au REM et pendant qu'on met autant d'effort pour repousser les limtes de la banlieue et la dévastation du territoire, créant un besoin là où il n'existe pas encore, on refuse de répondre à la demande criante de transport efficace dans des zones urbaines plus denses et plus en mesure de limiter l'empreinte territoriale d'une population humaine toujours en croissance. Pas de nouvelle ligne de métro, pas de tramway pour au moins 20 ou 30 ans... Des fois que ça retenait les gens en ville...

      Parallèlement à ce train de banlieue, on y ajoute une offre de transport individuel, toujours dirigé vers la banlieue. La voiture à batteries, lourdement subventionnée, est taillée sur mesure pour la banlieue. L'électricité à bas prix et exempte de toute taxe de transport est un incitatif à ne plus compter les kilomètres, surtout quand on l'accompagne de qualificatifs mensongers tels l'énergie entièrement renouvelable. Entièrement renouvelable ? Non ! C'est que l'empreinte de la production de cette forme d'énergie est loin d'être négligeable et que le territoire sacrifié à une telle production n'est pas renouvelable. Qu'on cesse de nous parler d'énergie renouvelable alors que le territoire est une ressource limitée et pire, une ressource dont on a déjà dépassé les limites, avec la perte de biodiversité parmi les conséquences les plus inquiétantes.

  • Jean-françois Mellon - Abonné 23 mai 2019 11 h 10

    urgence

    Soyons réalistes :visons l'impossible (Mai 68)