Loi sur la laïcité: les groupes religieux dénoncent une consultation de «façade»

La porte-parole pour l'Église unie du Canada, Paula Kline, et Sara Abou Bakr, du Conseil national des musulmans canadiens
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La porte-parole pour l'Église unie du Canada, Paula Kline, et Sara Abou Bakr, du Conseil national des musulmans canadiens

Une mascarade, une « consultation de façade » et une « occasion manquée » : des représentants de plusieurs groupes religieux ont dénoncé mardi leur mise à l’écart de l’étude du projet de loi 21. Le refus du gouvernement d’entendre les personnes visées par la future Loi sur la laïcité trahit selon eux le « manque d’intérêt » de Québec à leur égard.

« Notre communauté sera frappée de plein fouet par ce projet de loi, mais elle ne pourra pas le dire aux élus », a fait remarquer Samaa Elibyari, du Conseil canadien des femmes musulmanes, lors d’une conférence de presse interconfessionnelle tenue dans une église de Montréal.

Des représentants de quatre groupes musulmans, de l’Organisation mondiale sikhe du Canada, de la Conférence des rabbins de Montréal et de l’Église unie du Canada (protestante) étaient présents pour réitérer leur opposition au projet de loi déposé par le gouvernement Legault. Mais ils voulaient surtout souligner l’incongruité de se voir exclus des consultations qui débutaient au même moment.

« Je trouve vraiment décevant et malheureux que les groupes religieux n’aient pas été invités et écoutés », a indiqué Paula Kline au Devoir. La porte-parole de l’Église unie du Canada se demande comment il est possible « d’adopter une loi qui aura un impact sur la vie des gens des communautés religieuses sans même les entendre.

Mme Kline, qui portait un col romain pour l’occasion, a rappelé que les chrétiens sont moins visibles que d’autres croyants dans l’espace public.

« Je suis ici en solidarité avec tous ceux pour qui les vêtements et les symboles religieux font partie de ce qu’ils sont et de comment ils pratiquent leur religion », a-t-elle dit

« Un fait accompli »

Pour Avi Finegold, porte-parole du Conseil des rabbins, l’attitude du gouvernement autour des consultations montre qu’il considère « comme un fait accompli » l’adoption de la loi.

« On dirait qu’ils essaient simplement de masquer le tout avec quelques journées de consultations, pour une loi aussi majeure », a-t-il indiqué.

Sara Abou Bakr, du Conseil national des musulmans canadiens, croit que les témoins qui seront entendus à Québec « ne représentent pas la société québécoise au complet.»

« Le gouvernement s’est dit : “Je vais inviter quelques personnes contre, mais on va mettre l’accent sur ceux qui sont pour. Ce sont eux qu’on veut écouter” ».

Dans les faits, au moins une quinzaine des 36 intervenants qui s’exprimeront dans le cadre des consultations sont opposés au projet de loi. Mais Mme Abou-Bakr rappelle que « cette loi est là pour enlever les symboles religieux. Ç’aurait été bien d’entendre ceux qui les portent dire ce qu’ils en pensent ».

La jeune femme remarque d’ailleurs qu’on « parle toujours en [son] nom. »

On donne une explication du voile sans demander à celles qui le portent, comme moi, ce qu’elles en pensent

« On donne une explication du voile sans demander à celles qui le portent, comme moi, ce qu’elles en pensent. On raconte une histoire pour moi, sans me demander si je le porte par choix. Et la réponse est oui. Mais c’est comme si on aimait le stéréotype qui voudrait que non, et qu’on faisait tout pour le garder comme ça ».

Dire quoi ?

Si elle avait pu témoigner à Québec, Samaa Elibyari aurait fait valoir que le projet de loi « n’est pas une façon de promouvoir l’égalité des hommes et des femmes. Parce que si vous limitez les aspirations des jeunes, si vous barrez la route des promotions aux femmes déjà sur le marché du travail [la clause de droit acquis ne s’applique que pour le poste occupé présentement], vous marginalisez les femmes, mais aussi toute une communauté ».

Sara Abou Bakr aurait quant à elle affirmé que « le fait de porter un symbole religieux tout en travaillant pour le gouvernement mettrait l’accent sur le fait qu’on vit dans un Québec inclusif ».

Dans l’immédiat, Paula Kline suggère au gouvernement de prolonger la période de consultation pour « écouter plus de voix » (ce qui n’est pas envisagé à Québec). Autrement, pense-t-elle, le débat public sur la question risque de rester longtemps bloqué sur « une forte polarisation ».