L’interdiction de signes religieux au centre des débats du PLQ

Une demi-douzaine de membres ont appelé l’état-major du PLQ à embrasser le « compromis Bouchard-Taylor », auquel Dominique Anglade s'est dite favorable.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Une demi-douzaine de membres ont appelé l’état-major du PLQ à embrasser le « compromis Bouchard-Taylor », auquel Dominique Anglade s'est dite favorable.

Un débat sur l’interdiction de signes religieux chez les employés de l’État s’est ouvert au sein du Parti libéral du Québec samedi. Et, il ne fait que commencer, a mentionné la candidate (non déclarée) à la chefferie, Dominique Anglade.

Une demi-douzaine de membres ont profité d’un atelier sur les « enjeux de société » samedi après-midi pour appeler l’état-major de leur parti politique à embrasser le « compromis Bouchard-Taylor » et à appuyer une interdiction du port de signes religieux pour les policiers, les procureurs aux poursuites criminelles et pénales, les juges et les gardiens de prison durant le débat sur le projet de loi 21.

Ce faisant, le PLQ démontrerait « une fois pour toutes » qu’il est « le parti de tous les Québécois », selon Gabriel Ahmad. « Nous avons oublié que nous sommes aussi le parti des francophones », a-t-il lancé devant quelques centaines de militants rassemblés au Centrexpo Cogeco Drummondville samedi. Le militant de la circonscription de Jean-Talon s’est aussi plaint de la promptitude avec laquelle des libéraux taxent de racisme ou de xénophobie toute personne cherchant à enraciner la laïcité dans la société. « Quand j’entends dire que ceux qui soutiennent la laïcité sont identitaires ou xénophobes, je ne me sens pas dans un parti rassembleur, qui a comme priorité le vivre ensemble », a ajouté M. Ahmad, arguant que le PLQ ne détient pas « le monopole de la moralité ». « J’implore le Parti libéral de considérer le compromis Bouchard-Taylor. »

L’ex-député de Saint-Maurice Pierre Giguère a pour sa part dit appréhender une autre défaite cuisante aux élections générales de 2022 si le PLQ réaffirme son opposition à toute interdiction de signes religieux. « On va l’avoir dans la figure durant les élections, c’est sûr et certain », a-t-il averti en conseil général.

Un militant de la circonscription de Saint-Laurent a soutenu que « le climat social [régnant au Québec] ne permet tout simplement pas qu’on demeure sur notre position traditionnelle ». Il a invité à son tour la direction du parti à « accepter quelque chose qui ressemble au compromis Bouchard-Taylor », puis à faire « bataille » à l’Assemblée nationale pour convaincre le gouvernement caquiste de dispenser les enseignants de l’interdiction du port de signes religieux prévue dans le projet de loi sur la laïcité de l’État et d’élargir l’application de la clause de droits acquis à toute personne actuellement inscrite dans un programme d’études pour occuper un poste d’autorité. S’il échoue à adopter un compromis, le PLQ « laisse la chance aux extrémistes de diviser les Québécois », s’inquiète-t-il.

« Pour favoriser le vivre-ensemble, il faut se mettre des règles », a poursuivi la conseillère municipale à Sherbrooke Annie Godbout.

Défendre sans concession les libertés individuelles

Reste que la majorité des militants ayant pris la parole ont appelé les autres participants du conseil général à défendre sans concession les libertés individuelles face aux assauts du gouvernement caquiste. « Si ce parti-là [pour lequel] je travaille depuis 20 ans veut se déchirer la chemise et devenir plus nationaliste que le PQ, dans une réaction désespérée à une défaite qui malheureusement a été causée par plusieurs facteurs, on n’est plus le parti de Claude Ryan, on n’est plus le parti des libertés individuelles. Si c’est le cas, c’est une triste journée », a déclaré Jennifer Ferguson de la circonscription de Jacques-Cartier. Elle s’est par la suite adressée à tous ceux déplorant une « montréalisation » du PLQ après l’élection de 26 de ses 29 députés dans la grande région de Montréal le 1er octobre dernier. « On en a 29 à cause de Montréal et à cause de l’inclusivité [SIC] », a-t-elle soutenu dans la salle de conférence.

L’ex-député Raymond Garneau a attribué la dure défaite encaissée par l’équipe de Philippe Couillard l’automne dernier, non pas à la position du parti sur la laïcité de l’État, mais au « travail de démolition fait par le Parti québécois ». Au fil des ans, le PQ est parvenu, selon lui, à accoler l’étiquette de « parti de corrompus » au PLQ. M. Garneau s’indigne aujourd’hui de voir « l’État se mêler de la tenue vestimentaire de ses citoyens ». « Moi ça me renverse. […] Un enseignant pourra enseigner avec une jacket des Hell’s Angels, mais ne pourra pas le faire avec un foulard », a-t-il lancé.

Antoine Dionne-Charest s’est aussi porté à la défense de la position traditionnelle du PLQ. « Les libertés individuelles, ce n’est pas négociable. Ça fait partie de notre ADN », a insisté le membre de la commission politique.

La députée de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, avait pour sa part pris soin de rappeler en début de journée que « la défense des libertés individuelles est quand même l’article 1 de [la] Constitution » du PLQ.

Dominique Anglade, qui s’est dite favorable au compromis Bouchard-Taylor lors d’une rencontre du groupe parlementaire du PLQ, a dit trouver « important » que les membres du PLQ « poursuivent cette conversation » ultérieurement puisque des dizaines de personnes n’ont pu prendre la parole en atelier samedi.