À Ottawa, seul le Bloc se range derrière Québec

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Le projet de loi sur la laïcité déposé par le gouvernement de François Legault ne trouve pas beaucoup d’adeptes à Ottawa. Les chefs des trois principaux partis politiques l’ont dénoncé, laissant au Bloc québécois toute la marge de manoeuvre voulue pour se présenter comme la seule formation capable de défendre le consensus de la province.

Le premier ministre Justin Trudeau estime le texte législatif contraire aux valeurs canadiennes et québécoises. « Le Canada est un pays laïque, est un pays qui respecte profondément les libertés individuelles, y compris la liberté d’expression, de conscience et de religion. Le Québec l’est aussi. Pour moi, il est impensable qu’une société libre légitime la discrimination contre quiconque basée sur la religion. »

Après que les détails du projet de loi ont été dévoilés, M. Trudeau a ajouté que « les Québécois vont se demander comment ça fonctionnera ». Le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, a pour sa part indiqué par écrit que « ce n’est pas aux politiciens de dire aux gens quoi porter ou ne pas porter » et que « personne ne devrait avoir à choisir entre ses croyances et son emploi ».

Pour les libéraux, il s’agit d’une position en droite ligne avec leurs positions précédentes. M. Trudeau s’était par exemple opposé au désir du précédent gouvernement conservateur de forcer les femmes portant le niqab à le retirer lorsqu’elles prêtent leur serment de citoyenneté.

En ce sens, la position du chef conservateur marque une légère rupture. Andrew Scheer s’engage, s’il devient premier ministre, à ne « jamais présenter un projet de loi comme ça au niveau fédéral. Notre parti va toujours défendre les libertés individuelles ». Pas question toutefois pour lui de dire s’il impliquerait le gouvernement fédéral dans une éventuelle contestation judiciaire de la loi québécoise. « Le gouvernement du Québec a fait un choix, c’est maintenant aux élus du Québec de décider de la finalité du projet de loi », s’est-il borné à répondre. Lorsqu’ils étaient au pouvoir, les conservateurs avaient aussi tenté à deux reprises de faire adopter un projet de loi obligeant les électeurs à voter à visage découvert.

Il est impensable qu’une société libre légitime la discrimination contre quiconque basée sur la religion

 

Le NPD désapprouve

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a lui aussi condamné le projet de loi, quoiqu’en enrobant ses propos dans une reconnaissance des faits historiques ayant poussé le Québec dans cette voie.

« Il faut reconnaître qu’il y a une sensibilité unique au Québec, a-t-il déclaré. L’expérience avec la religion et l’impact de la religion sur l’État. Je respecte aussi la compétence du Québec de légiférer dans ses [champs de compétence], mais moi, je ne suis pas d’accord avec ce projet de loi. Je pense que le travail des leaders est d’essayer de toujours rassembler la population et ce projet de loi divise la population. […] L’idée de légiférer les vêtements et l’apparence de quelqu’un en général est quelque chose qui soulève de grandes inquiétudes pour moi. »

M. Singh dit parler d’expérience, lui qui s’est souvent senti « pas le bienvenu » à cause des symboles religieux visibles qu’il porte — un turban et un kirpan sikhs. Le chef néodémocrate n’a pas indiqué clairement si son caucus québécois partageait son point de vue à l’unanimité. Le député Alexandre Boulerice, récemment promu chef adjoint, avait reproché à M. Singh pendant la course au leadership de 2017 d’adopter une position « assez extrême dans la défense des droits individuels » lorsqu’il est question de signes religieux. M. Boulerice n’était pas disponible pour une entrevue.

Le Bloc québécois se délecte de la position de ses adversaires. « Il y a un seul parti qui sera capable de clairement, sans ambiguïté et sans se marcher sur le coeur, soutenir la démarche de l’Assemblée nationale du Québec », se réjouit le chef Yves-François Blanchet en entrevue. Selon lui, M. Scheer tente de ne pas « antagoniser » les Québécois, mais il sera rappelé à l’ordre dans le reste du pays, alors que M. Singh met en lumière le fait que le NPD est un parti « multiculturaliste et centralisateur ».

Avec Marie Vastel