François Legault quitte Paris satisfait

«La politique internationale du Québec prendra un virage résolument économique», a martelé le premier ministre François Legault, mardi.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse «La politique internationale du Québec prendra un virage résolument économique», a martelé le premier ministre François Legault, mardi.

Au terme de sa première visite officielle en France, le premier ministre du Québec, François Legault, s’est adressé mardi à un parterre de 350 personnes du monde des affaires et de l’économie. Sous les ors du palais Brongniart et devant un public visiblement conquis à l’avance, François Legault a répété le message essentiel de ce voyage : il veut donner une nouvelle impulsion économique aux relations entre la France et le Québec.

« La politique internationale du Québec prendra un virage résolument économique », a martelé le premier ministre. Alors qu’il précise qu’« il ne s’agit pas de soustraire quoi que ce soit, mais plutôt de faire plus et de faire mieux en bâtissant sur les fondations actuelles », le premier ministre n’hésite pas à parler d’une « politique agressive pour faire exploser les investissements des entreprises au Québec ».

Pendant que, pour l’occasion, une neige fine recouvrait exceptionnellement la capitale, le premier ministre s’adressait à un parterre prestigieux où l’on reconnaissait le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, l’ancienne ministre socialiste et candidate à la présidence Ségolène Royal, ainsi que plusieurs dirigeants d’Ubisoft, Michelin, Airbus et quelques autres. François Legault n’a pas hésité à évoquer son parcours personnel. « Je suis moi-même bien placé pour savoir que la France est un levier de développement exceptionnel. Elle a contribué à mon propre succès en affaires », a déclaré le premier ministre. Alors qu’il fondait la compagnie aérienne, Air Transat s’était taillé une place sur le marché en offrant des liaisons directes de Montréal vers Nice, Lyon, Toulouse et Bordeaux.

Du petit-lait

Un discours que plusieurs hommes d’affaires ont bu comme du petit-lait. Gérald Darmanin a rappelé que la France était déjà « le pays qui investit le plus au Québec » notamment parce que Montréal « abrite un écosystème exceptionnel en numérique et en intelligence artificielle ».

« Je ne peux que me réjouir d’un tel discours », nous a déclaré le vice-président de Michelin, Érik Grab. Sa compagnie a récemment acheté la multinationale de Magog Camso, qui fabrique des chenilles en caoutchouc pour les motoneiges et les engins agricoles, et elle a des employés dans 27 pays. Depuis l’an dernier, Michelin a aussi choisi Montréal pour organiser son sommet mondial de la mobilité durable, appelé Movin’On Labs. « Après la Californie, si on exclut Israël et la Chine, Montréal a certainement l’écosystème le plus intéressant pour ce type de développement, dit Érik Grab. Avec un gouvernement qui a cette volonté, ça ne peut qu’améliorer les choses. »

Le président de la Chambre de commerce de Paris, Dominique Restino, a dit littéralement « boire » les paroles du premier ministre. Il ne doute pas de la possibilité de doubler les échanges commerciaux entre le Québec et la France d’ici cinq ans, comme le souhaite François Legault. « Très sincèrement, quatre milliards, ce n’est rien. Les entreprises québécoises comprennent qu’elles ne peuvent pas se contenter du marché américain. Doubler les exportations me semble réaliste. »

Même son de cloche de Denis Langelier, un Québécois de la firme Pricewaterhouse qui a participé à la venue d’Ubisoft à Montréal en 1997. Selon lui, l’investissement étranger est particulièrement important pour les Québécois car, dit-il, « on manque vraiment de capital au Québec ».

Un Québécois à la Francophonie ?

Dressant le bilan de sa mission, François Legault a annoncé une mise à jour de la politique extérieure du Québec. Il a aussi déclaré s’être entretenu avec la nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo. À cette dernière, comme au président Macron, il a expliqué l’importance qu’il accordait à la langue française et les tests de langue qu’il souhaitait imposer aux nouveaux arrivants avant qu’ils obtiennent la citoyenneté canadienne.

Avec la secrétaire générale, dont il avait soutenu l’élection contre la Canadienne Michaëlle Jean à Erevan en Arménie, le premier ministre a parlé « de la possibilité d’augmenter les échanges économiques avec l’Afrique ». François Legault croit même qu’« à long terme, la Francophonie peut devenir la locomotive du continent africain ». Concernant la rumeur persistante qui veut qu’un Québécois décroche le poste d’administrateur de l’OIF, le numéro deux de l’organisation, il affirme que nous serons fixés très bientôt.

Plus tôt, le premier ministre avait déjeuné avec le p.-d.g. de Soprema, Pierre-Étienne Bindschedler, et son collègue Richard Voyer de Drummondville, où l’entreprise fabrique des panneaux isolants. Il a aussi trouvé le temps de se rendre au siège social d’Air liquide, qui a 500 employés au Québec.

En soirée, le premier ministre québécois s’est envolé pour Davos, où il doit participer dès mercredi matin au Forum économique mondial. Un sommet déserté cette année aussi bien par Donald Trump que Theresa May et Emmanuel Macron.