Laïcité et signes religieux: QS se prépare à un épineux débat

«Je pense que c’est sain et que QS n’est pas le parti dogmatique qu’on tente de dépeindre. Il y a de la vie, de l’échange et de la discussion», a fait valoir la chef parlementaire, Manon Massé.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Je pense que c’est sain et que QS n’est pas le parti dogmatique qu’on tente de dépeindre. Il y a de la vie, de l’échange et de la discussion», a fait valoir la chef parlementaire, Manon Massé.

Même si elle ne sera pas débattue avant le printemps prochain, la question de la laïcité et des signes religieux suscite déjà des discussions au sein des membres de Québec solidaire (QS) et laisse présager un épineux débat.

« Je pense que c’est sain et que QS n’est pas le parti dogmatique qu’on tente de dépeindre. Il y a de la vie, de l’échange et de la discussion », a fait valoir la chef parlementaire, Manon Massé.

Jusqu’à dimanche, les membres de la formation politique de gauche sont réunis à Montréal en Conseil national pour dresser le bilan de la campagne. Cette première rencontre depuis la percée historique de QS leur permettra également d’amorcer leur réflexion sur la laïcité de l’État et des individus.

Actuellement, la position de QS s’appuie sur le compromis proposé dans le rapport Bouchard-Taylor, soit d’interdire les signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité, notamment les juges, les policiers et les gardiens de prison.

Selon plusieurs membres, la posture actuelle du parti ne reflète pas leurs valeurs. Déjà, deux camps s’affrontent. D’un côté les Solidaires pour un Québec inclusif. Le groupe est contre toute interdiction de port de signes religieux. Il estime d’ailleurs qu’il n’existe pas de crise de la laïcité au Québec.

« Ce n’est pas un débat facile à avoir, mais il est temps de le faire », explique Paolo Miriello, qui milite pour les Solidaires pour un Québec inclusif. « On s’attend à ce qu’il y ait de la résistance, on est conscients que les gens ont l’impression qu’il y a un consensus avec la position du rapport Bouchard-Taylor, mais ultimement on espère que les gens vont comprendre que cette position-là découle historiquement d’une peur de l’islamophobie depuis le 11 septembre 2001, mais qu’on n’est dans les faits pas réellement menacés par des religions quelconques au Québec », ajoute-t-il.

De l’autre, le Collectif Laïcité prône quant à lui une laïcité totale, sans obligation d’accommodements raisonnables. « La religion on ne devrait pas l’afficher, surtout pas lorsqu’on est un employé de l’État », dit Louise Archambault, qui a passé une partie de la journée de samedi à distribuer de la documentation pour appuyer la position du Collectif Laïcité.

Si la table a été mise dès vendredi soir, ce n’est qu’en mars prochain que les militants auront à se prononcer sur la question. Dimanche, ils recevront un document de réflexion qui explique la position actuelle de la formation.

Ménage dans son programme
Le rassemblement de la fin de semaine a permis à QS de revenir sur la dernière campagne électorale au terme de laquelle le parti a connu une importante percée.

Le parti a également admis avoir tiré des leçons, notamment sur la présentation de son programme et de sa plateforme électorale.

« C’est clair que notre plateforme est touffue, elle va parfois dans des sujets très pointus et parfois dans des idées très larges », a indiqué Mme Massé.

« C’est parfois beaucoup et je pense qu’on a nos devoirs à faire et peut-être à préciser, à prioriser certaines idées », a-t-elle ajouté.

Mais faire du ménage dans cette plateforme ne signifie pas recentrer les idées du parti s’est empressé de préciser le co porte-parole solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

« On veut la rendre moins touffue, plus précise, plus ciblée, parce que c’est un des défis auxquels ont fait face », a-t-il fait valoir. Selon lui, c’est en conservant son « agenda de rupture » que QS a le plus de chances de prendre le pouvoir en 2022.

« Penser que la prise du pouvoir pour un parti passe nécessairement par un recentrage, c’est une vieille manière de comprendre la politique », a-t-il soutenu.

Code vestimentaire
L’attention médiatique accordée cette semaine à l’habillement de certains des nouveaux députés solidaires a également fait parler. Lors d’une plénière en avant-midi, l’ancien candidat David Touchette a vivement critiqué au micro l’attitude des élus qui ont « posé » pour le Journal de Québec, puis celle du parti qui a ensuite partagé l’article sur les réseaux sociaux.


« Comment avez-vous pu laisser aller une dérive sur l’histoire des vêtements », a-t-il questionné.

Mme Massé a défendu ses élus, assurant qu’ils n’ont franchi aucune ligne. « On n’a pas orchestré ça parce qu’on veut changer les règlements de l’Assemblée nationale. Les journalistes ont posé des questions à nos députés et nos députés ont répondu franchement et honnêtement », a-t-elle répondu.