Objectif Emploi: peu de pénalités données

Le nouveau ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le nouveau ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet

Les pénalités imposées aux personnes recevant de l’aide sociale dans le cadre du programme Objectif Emploi ont touché moins de 1 % des participants. Ces statistiques renforcent la volonté de la Coalition avenir Québec (CAQ) de maintenir le programme.

« C’est certain qu’on n’a pas l’intention de faire marche arrière sur Objectif Emploi [OE] », a déclaré lundi le nouveau ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet, en entrevue avec Le Devoir.

Sur les 3459 personnes qui ont participé au programme depuis son entrée en vigueur en avril, 21 ont dû payer des pénalités de 56 $, soit 0,6 %.

« C’est un pourcentage très faible des gens qui ont reçu des pénalités, et c’étaient vraiment des oublis ou de la négligence. On les appelait et ils corrigeaient la situation », a poursuivi le ministre, qui voit là la preuve que ce n’est pas un programme « répressif » comme certains l’ont dit.

Lancé en 2017 par les libéraux, le programme Objectif Emploi vise à ramener les nouveaux prestataires de l’aide sociale sur le marché du travail, des jeunes pour la plupart. Lorsqu’ils s’inscrivent à l’aide sociale, on les convie à une entrevue d’aide à l’emploi. Leur agent leur soumet par la suite un plan d’un an pour qu’ils s’en trouvent un.

La prestation de base de l’aide sociale est de 648 $ pour une personne seule. Ceux qui respectent la démarche peuvent accéder à des primes, mais les autres voient leur chèque réduit (de 56 $ pour une première sanction, de 112 $ pour la deuxième, puis de 224 $).

Lors de la création du programme par François Blais, le Parti québécois, Québec solidaire et de nombreux groupes sociaux avaient dénoncé ces sanctions dans lesquelles ils voyaient de l’acharnement. Or la Coalition avenir Québec n’a jamais été très critique envers ce programme.

Les statistiques du ministère révèlent en outre que 224 personnes ont obtenu un emploi après avoir participé au programme entre avril et septembre dernier. Elles montrent également que la grande majorité des gens ont accepté de participer à l’entrevue (98 %) et de se rallier au plan qui suit (96 %). Enfin, elles indiquent qu’il y a beaucoup moins de participants (3526) que le nombre visé à l’origine par le gouvernement libéral (17 000).

Augmenter le salaire minimum

Sur la question du salaire minimum à 15 $, le ministre Boulet se dit réticent à une telle hausse mais affirme qu’il faut « que ça augmente ».

La veille de l’entrevue, une coalition de 117 organismes signait une déclaration commune enjoignant au gouvernement d’opter pour le salaire horaire de 15 $. Ils affirment que le salaire minimum actuel de 12 $ est « nettement insuffisant pour vivre dignement ». Au Québec, 230 000 travailleurs sont payés 12 $ l’heure.

Or le ministre craint pour les petites entreprises. En Ontario, le salaire est passé de 12 à 14 $ et « devait » atteindre 15 $ au 1er janvier 2019, note-t-il. Or « ils ont décidé de ne pas l’augmenter. […] Il y a beaucoup de PME qui ont fait des mises à pied. Surtout de jeunes. »

Au-delà du salaire horaire, il faut aussi, d’après lui, s’intéresser au revenu disponible des Québécois, soit l’argent qui leur reste après le paiement des taxes et des impôts.

M. Boulet a toutefois tenu à souligner en entrevue qu’il était « très sensible » à la question du salaire minimum et aux enjeux de pauvreté. Il juge « effarant » que 760 000 Québécois soient toujours payés moins de 15 $ l’heure.

648$
Montant de la prestation de base de l’aide sociale pour une personne seule

À défaut d’imposer la hausse du salaire minimum à 15 $, le ministre envisage toutefois de revoir la façon de le calculer. L’ancien gouvernement s’était donné pour objectif qu’il atteigne 50 % du salaire moyen d’ici à 2020 et il se trouve aujourd’hui entre 48 et 49 %. M. Boulet envisage, par exemple, de l’axer sur la croissance du produit intérieur brut (PIB).

ABI avant Noël ?

Pour l’heure, les deux dossiers qui trônent sur le dessus de la pile des priorités du ministre sont ABI et la pénurie de main-d’oeuvre.

Dans le dossier d’ABI, le ministre vient de reporter la date butoir des négociations au 21 décembre. Croit-il pouvoir annoncer de bonnes nouvelles avant Noël ? « J’ai réalisé qu’il y avait une volonté. La volonté, elle est là », rétorque-t-il.

Chose certaine, la révision des tarifs d’Hydro-Québec ne fait pas partie de la solution, selon lui.

Depuis des mois, les syndiqués d’ABI reprochent au gouvernement de favoriser indirectement le lockout en raison de la teneur de son contrat avec l’entreprise et Hydro-Québec. Ce contrat permet à Hydro-Québec de payer l’électricité moins cher lors d’un lockout parce qu’on considère que c’est un cas de « force majeure ».

Par ailleurs, le ministre compte rapidement intensifier l’action du gouvernement face à la pénurie de main-d’oeuvre. « Je veux qu’on en fasse plus, qu’on soit plus proactif, dit-il. Je ne veux plus me faire dire : “Je suis obligé de fermer parce que je manque de main-d’oeuvre.” » Le ministère et ses partenaires vont scruter les besoins « région par région » et « compagnie par compagnie », promet-il.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que le ministre avait reporté la date butoir des négociations chez ABI au 23 décembre, a été corrigée.

2 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 5 décembre 2018 00 h 43

    Droits de base

    «qui voit là la preuve que ce n’est pas un programme « répressif » comme certains l’ont dit.»

    En fait, la répression fonctionne tellement bien que peu de personnes osent s'opposer. Le principe de base de l'aide sociale est l'inconditionnalité, et c'est ce principe qui est renié par ce programme.

    «Les statistiques du ministère révèlent en outre que 224 personnes ont obtenu un emploi après avoir participé au programme entre avril et septembre dernier.»

    224 sur 3459, ça donne 6,5 %. Et combien de ces 224 personnes auraient trouvé un emploi de toute façon? Rappelons que cela se passe pendant que les employeurs se plaignent manque de main-d'oeuvre.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 décembre 2018 16 h 20

    ABI ???

    ABI ??? "Quid est?"