Les îles de la Madeleine isolées

Situé directement sous la Station spatiale internationale, l’archipel des îles de la Madeleine est coupé du monde après qu’une tempête eut sectionné un câble de fibre optique.
Photo: NASA Situé directement sous la Station spatiale internationale, l’archipel des îles de la Madeleine est coupé du monde après qu’une tempête eut sectionné un câble de fibre optique.

La tempête de vent qui a frappé jeudi les îles de la Madeleine ne serait pas la seule responsable du bris des câbles de fibre optique qui assuraient tous les services de télécommunications. Selon le député local, il faut aussi relever la « négligence » de Québec, entre les mains de qui traîne un projet de remplacement de ces câbles.

« On peut regretter le fait qu’une tempête a entraîné ce bris, mais il n’y a personne qui connaît le dossier qui doit être surpris que ce soit arrivé, commentait en fin de journée Joël Arseneau, élu péquiste des Îles-de-la-Madeleine. L’usure prématurée des câbles est documentée depuis longtemps. »

Bien avant que des vents allant jusqu’à 130 km/h causent d’importants dégâts sur l’archipel, le gouvernement Couillard avait reconnu la fragilité et « l’importance stratégique de ces câbles ».

Québec avait ainsi annoncé en décembre 2017 son « intention d’appuyer » le Réseau intégré de communications électroniques des îles de la Madeleine (RICEIM), qui possède les deux câbles reliant la Gaspésie à l’archipel. On promettait « d’assumer le coût de réalisation du projet visant la rénovation ou le remplacement » de cette infrastructure sous-marine, qui avait subi deux bris depuis sa mise en service en 2005.

Sauf que depuis un an, le dossier n’a pas avancé. Ou plutôt, il a pris de l’ampleur. Car selon les informations du Devoir, Québec souhaiterait maintenant arrimer le projet à celui annoncé en mai par Hydro-Québec. Cette dernière espère installer d’ici 2025 un câble sous-marin depuis la Gaspésie pour alimenter l’archipel en électricité propre — et fermer la centrale au diesel.

Dans la version combinée des projets, l’installation d’un câble d’Hydro-Québec enfoui dans le fond marin servirait en même temps à passer un nouveau câble de fibre optique. « Il y a effectivement une possibilité en ce sens, confirmait jeudi Lynn St-Laurent, porte-parole d’Hydro-Québec. Il y a une ouverture d’Hydro pour arrimer les deux initiatives, on en discute avec Québec. Mais on est en phase d’avant-projet. »

Jeudi, le gouvernement Legault confirmait son intention de financer le passage d’un nouveau câble de télécommunications, tout en renvoyant les questions vers Hydro-Québec.

L’horizon 2025 est assurément « trop éloigné et incertain », estime Joël Arseneau. « Reporter de sept ans le remplacement des câbles de télécommunications, c’est une solution déplorable », dit-il.

Dégâts

Vers 18 h jeudi, quelque 2000 des 7700 clients des Îles n’avaient pas d’électricité — des équipes supplémentaires d’Hydro devaient être sur place dans les heures suivantes. Ce sont d'ailleurs surtout les télécommunications qui ont payé le prix des bourrasques : pas de réseau cellulaire ; pas d’Internet ; pas de transactions bancaires possibles ; pas de télémédecine (un outil autrement « grandement utilisé ») ; pas de contrôle du trafic aérien. La tempête a frappé au coeur de la vie quotidienne, n’épargnant que les communications entre les téléphones fixes des résidents. Ce n'est que tard en soirée que le maire des Îles, Jonathan Lapierre, a fait savoir sur Facebook que le réseau cellulaire et Internet était rétabli.

Une « situation extrêmement préoccupante », selon le maire, joint par téléphone satellite en journée, avant le rétablissement partiel des communications. Pour la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, une « intervention d’urgence » s’imposait, au-delà de ce que la Sûreté du Québec et les autorités peuvent faire sur place.

Québec a donc demandé au gouvernement fédéral qu’un avion de l’armée soit mis à sa disposition. Il devrait se rendre aux Îles vendredi, avec différents intervenants et du matériel à bord. Mme Guilbault a précisé que malgré les inconvénients, on ne dénotait aucun blessé.

« Nos équipes travaillent à déterminer le lieu et la cause des coupures », indiquait de son côté Vanessa Damha, porte-parole chez Bell. Des plongeurs devraient être envoyés dès que la tempête se sera calmée.

Anormal ?

« C’est rare, des bris [de ce type], mais ça peut arriver lors de grandes tempêtes », indique Marc-André Désy, ingénieur et propriétaire d’une compagnie spécialisée en travaux sous-marins.

Enfouis ou non, de tels câbles peuvent bouger avec le temps, en raison des mouvements importants dans les fonds marins. « Les grandes vagues en surface se répercutent jusque dans les fonds marins. Ça peut déplacer les câbles qui ne peuvent pas s’étirer à l’infini et ça peut finir par se sectionner. Ça peut aussi être des roches déplacées qui ont entraîné un bris », explique l’ingénieur.

« On ne connaît pas toute la situation, mais c’est sûr qu’on peut se demander pourquoi le câble s’est sectionné alors que les îles n’en sont pas à leur première ni à leur dernière tempête. Le câble était-il bien protégé, bien installé ? Ça peut sembler anormal comme situation. »

Il n’a pas été possible de joindre le RICEIM jeudi.