Legault veut incarner un «nationalisme rassembleur»

Le premier ministre François Legault applaudi par ses députés et ministres à l’occasion de la lecture de son premier discours inaugural.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault applaudi par ses députés et ministres à l’occasion de la lecture de son premier discours inaugural.

François Legault a donné le coup d’envoi mercredi à un « redressement national » en éducation, y voyant une façon d’assurer l’« avenir de la nation québécoise ». Le premier ministre a autrement mis en garde contre « la peur du changement ».

« C‘est par l’éducation que le Québec a réussi à rattraper son retard, dans les années 1960. C’est encore par l’éducation qu’on va réussir à relever les défis qui nous attendent », a-t-il fait valoir dans son discours d’ouverture devant l’Assemblée nationale.

Prônant un « nationalisme rassembleur », M. Legault a chargé ses 26 ministres « d’assurer le développement économique de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture ».

Curieusement, le thème de la culture a été pratiquement occulté du discours d’ouverture de la session parlementaire du premier ministre. La culture représente « l’âme d’un peuple », quelque chose qui « nous rend fiers », a-t-il dit. Mais, pour cet « important moteur économique », point d’engagement.

En revanche, M. Legault s’est dit déterminé à légiférer sans trop tarder afin d’interdire le port de signes religieux aux employés de l’État « en position d’autorité, y compris les enseignants ». « Il s’agit d’une position raisonnable. On va donc être très fermes, à ce sujet, et on a l’intention de bouger rapidement », a-t-il lancé dans le Salon bleu.

Le chef du gouvernement a aussi réitéré son engagement à réduire le nombre d’immigrants admis au Québec « pour avoir les moyens de mieux intégrer les immigrants au marché du travail, à la majorité francophone et au partage de nos valeurs communes, en particulier l’égalité hommes-femmes ».

« En prendre moins, mais en prendre soin », a-t-il résumé, se gardant de mentionner le nombre d’immigrants attendus en 2019. M. Legault n’a pas dit un mot non plus des « test des valeurs » et « test de français » pour les nouveaux arrivants qu’il avait promis durant la campagne électorale.

Dans une première frappe préventive contre l’opposition, M. Legault a appelé les élus à « débattre d’immigration calmement et sereinement, en évitant les accusations délirantes ». Plusieurs députés libéraux ont alors grommelé. D’autres se sont pris la tête.

Priorité à l’éducation

Après s’être engagé à augmenter année après année le financement du réseau d’éducation, M. Legault a promis de favoriser le développement des enfants à leur plein potentiel en déployant des maternelles 4 ans et en consolidant les centres de la petite enfance (CPE), « deux réseaux complémentaires ».

 

« Ce que je trouve le plus décevant, c’est d’entendre le discours fataliste : “On ne sera pas capables d’offrir des services à tous les enfants de 4 ans d’ici cinq ans.” Je trouve que ce discours manque de volonté politique et d’ambition », a-t-il déclaré, balayant du regard les élus d’opposition.

Le discours en promesses

- Mettre fin aux nominations partisanes. 

- Assurer à l'Éducation un financement stable et croissant tout en abaissant le taux de taxe scolaire

- Ajouter cinq heures par semaine de présence dans les écoles secondaires. 

- Mieux payer les enseignants en début de carrière. 

- Transformer les commissions scolaires en centres de service et abolir les élections scolaires

- Créer un nouveau programme d’allocations familiales plus généreux. 

- Ramener le tarif unique des garderies subventionnées pour toutes les familles 

- Remodeler Investissement Québec : « plus agile, plus volontaire, plus ambitieux, plus entreprenant ». 

- Mieux arrimer les critères de sélection des immigrants aux besoins des entreprises et des organisations publiques. 

- Investir de façon importante dans les transports collectifs et construire un troisième lien entre Lévis et Québec

- Négocier un nouveau mode de rémunération avec les médecins de famille. 

- Interdire le port de signes religieux pour les employés de l’État en position d’autorité, y compris les enseignants

- Déposer un projet de loi pour modifier le mode de scrutin

Outre l’éducation, les « grandes priorités du gouvernement » seront l’économie et la santé, a-t-il ensuite confirmé.

« Voir rapidement un médecin, une infirmière ou un pharmacien quand ils sont malades » : voilà la grande promesse du gouvernement Legault en matière de santé. Là aussi, son discours a été l’occasion de réitérer des intentions mises en avant à maintes reprises : notamment de changer le mode de rémunération des médecins de famille, d’augmenter l’offre de soins à domicile et de commencer à implanter des maisons des aînés. L’âge légal pour consommer du cannabis sera autrement bel et bien établi à 21 ans.

« Faire beaucoup mieux en économie »

L’allocution a sans surprise fait une grande place au thème économique, cher à la Coalition avenir Québec. M. Legault a martelé qu’il se veut « ambitieux pour le Québec ». « J’ai la conviction que la nation québécoise est capable de faire beaucoup mieux en économie. […] C’est une question d’autonomie, mais aussi une question de fierté », a fait valoir l’ex-chef d’entreprise.

À l’approche de la mise à jour économique et financière de son ministre des Finances, il a réitéré sa promesse de « remettre de l’argent dans les poches » des Québécois en créant un nouveau programme d’allocation familiale plus généreux ; en réinstallant le tarif unique dans les CPE ? sans en préciser le montant ? et en adoptant un taux unique de taxe scolaire arrimé au plus bas taux actuel.

En matière d’investissement, M. Legault a lancé l’appel suivant aux entrepreneurs québécois : « Sortez les projets de vos tiroirs et venez nous voir. On va vous aider à réaliser [vos projets]. C’est le temps d’investir ! »

Les chefs des représentations du Québec à l’étranger développeront un « accent qui va être plus commercial, pour promouvoir nos exportations », a indiqué M. Legault.

Sur le plan énergétique, François Legault estime qu’il « faut voir le Québec comme la batterie du nord-est de l’Amérique. Le Québec a le potentiel de devenir une superpuissance énergétique. » L’énergie propre du Québec doit ainsi devenir un « attrait pour les investissements privés », a-t-il dit.

Et si les ventes d’électricité augmentent au point de justifier une relance la production, François Legault pense que c’est par l’éolien que ce développement doit d’abord passer. Des barrages seraient justifiés s’il y a des contrats d’exportation signés.

Défi climatique : « voir la réalité en face »

Souvent qualifié « d’angle mort » dans le discours de M. Legault, le thème de l’environnement a été abordé de front mercredi.

« La survie de notre planète est en jeu », reconnaît M. Legault, appelant la population à « voir la réalité en face et à [se] retrousser les manches ». Quels gestes concrets le gouvernement Legault entend-il faire pour réduire les GES ? À cela, le premier ministre répond qu’il misera sur un investissement important dans les transports en commun et dans l’électrification des transports.

Mais il a aussi souligné que « si on est sérieux dans notre volonté de lutter contre les changements climatiques, il faut éviter les discours idéologiques voulant que tous les projets de construction soient néfastes ».

L’homme politique de 61 ans a revendiqué l’indépendance d’esprit de son gouvernement. « Je suis déterminé à ne pas gouverner pour les groupes de pression, ni pour les syndicats ni pour le patronat. On doit gouverner pour tous les Québécois. »

Peu de concret, déplore l’opposition

Sans surprise, les partis d’opposition se sont dits peu impressionnés par l’exercice de mercredi. Le chef intérimaire du Parti libéral, Pierre Arcand, a évoqué un « discours d’ouverture sans vision cohérente », avec « beaucoup de promesses, peu de mesures concrètes ». « Le discours était surtout l’audace de ne rien dire », a dit le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé. « On a eu une répétition d’énoncés d’intention vagues ». Après avoir comparé l’exercice à une « belle tarte aux pommes », Manon Massé (chef parlementaire de Québec solidaire) a précisé qu’il faudra « attendre de goûter pour voir si ça va être bon ». Les thèmes de l’environnement, de la culture et de la lutte contre la pauvreté font partie des négligés du discours, ont soulevé les chefs.