Québec rejette l’ultimatum d’Ottawa en santé

Les services de santé doivent être gratuits et accessibles à tous, rappelle le gouvernement fédéral.
Photo: iStock Les services de santé doivent être gratuits et accessibles à tous, rappelle le gouvernement fédéral.

En dépit des leçons d’Ottawa, le premier ministre François Legault ne voit pas de problème à ce que des services de santé soient offerts au privé au Québec.

« Il y a des gens qui préfèrent passer par le secteur privé pour certains examens. C’est encadré, ça va rester comme ça », a déclaré le premier ministre en après-midi.

M. Legault réagissait au fait qu’Ottawa a menacé de réduire les transferts en santé si Québec continue de tolérer l’existence d’un système à deux vitesses. Par exemple, à l’heure actuelle, 20 % des Québécois se tournent vers le privé pour passer des tests de résonance magnétique.

En matinée, la ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann, semblait plus résolue à ce que le public récupère le 20 % perdu. « On est pour l’universalité et la gratuité des services », avait-elle dit, en soulignant qu’elle comptait « renforcer » les services publics pour y parvenir.

Mme McCann estime toutefois qu’en attendant, le recours au privé doit être toléré. « Nous ne fermerons pas de portes d’accès tant que nous n’aurons pas la certitude que les Québécois vont avoir accès dans le système public à l’IRM [imagerie par résonance magnétique], par exemple. »

L’histoire se répète

Ottawa justifie son intervention dans ce dossier par la Loi canadienne sur la santé (1984), qui stipule que « l’accès continu à des soins de santé de qualité, sans obstacle financier ou autre », est déterminant pour la population.

« Je n’accepte pas la justification que, si certains patients sont disposés à payer eux-mêmes pour un accès accéléré pour des services médicalement nécessaires, on devrait nécessairement leur permettre d’y recourir », a écrit la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, dans une lettre transmise à toutes les provinces en août.

Dans ce document transmis alors que les libéraux étaient toujours au pouvoir, la ministre donnait au Québec et au reste du Canada cinq ans pour corriger le tir, à défaut de quoi elle menaçait de réduire les transferts en santé.

« On va gérer le réseau de la santé comme on le pense », a rétorqué à cet égard le premier ministre Legault mercredi. « Ce n’est pas le fédéral qui va commencer à nous dire comment gérer le réseau de la santé. »

Du côté d’Ottawa, le bureau de la ministre Petitpas Taylor a réitéré son intention de « travailler avec les provinces pour régler la situation injuste qui se produit lorsque des patients évitent les listes d’attente en payant eux-mêmes pour des services qui ne devraient pas être payants ».

À cet égard, Québec solidaire est intervenu en faisant valoir que, « sur le fond », la ministre Petitpas a raison : « Ce n’est pas acceptable en 2018 qu’on puisse s’acheter un accès plus rapide aux soins de santé », a déclaré le député Gabriel Nadeau-Dubois.

Ce n’est pas la première fois qu’Ottawa et Québec s’affrontent sur la médecine à deux vitesses. À l’automne 2016, la ministre fédérale Jane Philpott avait fait la même menace aux provinces à propos des frais accessoires. Or le gouvernement Couillard avait décidé d’abolir ces frais, neutralisant ainsi les menaces de représailles d’Ottawa.

Avec Marie Vastel