Le combat politique d’une mère

Graphiste de profession, Marilyne Picard avait dû quitter son emploi après avoir donné naissance à un enfant handicapé.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Graphiste de profession, Marilyne Picard avait dû quitter son emploi après avoir donné naissance à un enfant handicapé.

Qui sont les 67 recrues de l’Assemblée nationale ? Comment vivent-elles leurs premiers pas en politique ? Dernier portrait d’une série de huit sur quelques-uns des nouveaux visages du Parlement.

De passage à Tout le monde en parle en 2016 pour réclamer de l’aide pour les jeunes handicapés, Marilyne Picard avait déclaré que personne ne voudrait jamais lui offrir de travail à cause des contraintes découlant du handicap de sa fille. Deux ans plus tard, la voilà pourtant députée, l’une des pires professions pour la conciliation travail-famille.

Questionnée sur cet apparent paradoxe, elle rit. « Premièrement, ça démontre l’ouverture de M. Legault de m’accepter dans son équipe. » La nouvelle députée de Soulanges ajoute que son conjoint est un « papa de rêve » et qu’il a mis son travail de côté pour prendre le relais.

En plus, sa fille Dylane va beaucoup mieux. « Sa condition s’est beaucoup stabilisée dans les deux dernières années. » La petite, aujourd’hui âgée de six ans, souffre d’une maladie génétique extrêmement rare qui limite son développement. Lorsqu’elle est née, Marilyne Picard et son conjoint avaient déjà quatre enfants.

Alors graphiste dans une entreprise du Vieux-Montréal, elle a dû quitter son travail. « Dès qu’on a eu la petite qui était handicapée, je ne pouvais carrément pas retourner travailler. Les trois, quatre premières années de sa vie, ç’a été une gestion incroyable. On était tout le temps à l’hôpital. »

Marilyne Picard se rappelle qu’à l’époque, elle n’avait aucun intérêt pour la politique. « C’est sûr que je ne serais pas ici si ma fille n’avait pas été comme ça. » Or elle a vite réalisé que, si elle jouait bien ses cartes, elle pouvait faire progresser sa cause.

« Quand j’ai vu l’impact qu’on a pu avoir, les choses à changer, c’est sûr que ça m’a motivée », résumait-elle lors d’un échange récent avec Le Devoir. « Je suis très, très fière d’être ici. »

Ainsi, avant d’être élue le 1er octobre pour la CAQ, son groupe Parents jusqu’au bout avait déjà remporté une victoire politique majeure.

Quelques mois après son passage à Tout le monde en parle, le gouvernement libéral a créé le Supplément pour enfant handicapé nécessitant des soins exceptionnels (SEHNSE), un nouveau programme de 54 millions donnant 962 $ par mois aux parents qui choisissent de rester à la maison pour prendre soin de leur enfant.

Mais Marilyne Picard veut obtenir plus. Pendant la campagne, François Legault s’est engagé à injecter 22 millions de plus dans le programme et souhaite offrir le même soutien aux parents d’enfants handicapés qu’aux familles d’accueil. « Oui, on s’aligne vraiment là-dessus. [M. Legault] a réitéré son engagement dans son discours, alors je suis bien contente. »

En plus, elle ne semble pas trop dépaysée dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

« Je trouve que la politique ressemble étrangement à notre vie à la maison. On est tout le temps en mode action-réaction, problème-solution. On a de la drive dans les veines et c’est ce qui me passionne dans la politique. »

Lorsqu’on lui demande qui sont ses modèles en politique, la réponse ne tarde pas. « Marguerite Blais. Ç’a été ma première mentore. Quand j’ai pensé être candidate, je l’ai appelée. […] C’est elle qui m’a dit que c’est la meilleure place pour changer les choses : directement dans le gouvernement. »

Les portraits des nouveaux élus reflètent la représentation des députés de chaque parti à l’Assemblée nationale.

En cinq points

Âge : 36 ans

Modèle en politique : Marguerite Blais

Ville natale : Melocheville, en Montérégie

Profession : infographiste, cofondatrice du groupe Parents jusqu’au bout

Dossiers prioritaires : les suites des inondations à Rigaud, l’Hôpital de Vaudreuil