Immigration: Legault manque d’alliés à Ottawa

Le premier ministre François Legault a reçu le chef de l’opposition officielle à Ottawa, Andrew Scheer.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault a reçu le chef de l’opposition officielle à Ottawa, Andrew Scheer.

Le premier ministre François Legault n’a pas trouvé d’allié dans la capitale fédérale pour mettre en branle les deux mesures phares de son plan en immigration, à l’exception du Bloc québécois. À moins d’un an des élections fédérales, le chef conservateur, Andrew Scheer, n’a pas cru bon de s’associer publiquement ni à la promesse de la Coalition avenir Québec d’abaisser temporairement le nombre d’immigrants admis au Québec ni à celle de soumettre les nouveaux arrivants à un test des valeurs et à un test de français.

« Je respecte le champ de compétence de la province du Québec. [Mais] ce n’est pas quelque chose [sur lequel] on va se concentrer nous-mêmes comme parti fédéral », a-t-il déclaré devant l’édifice Honoré-Mercier, à Québec, jeudi. M. Scheer y avait rencontré le nouveau locataire, François Legault, avec qui il a, selon ses dires, « eu une discussion très cordiale sur quelques enjeux ».

Durant leurs échanges d’environ une heure, M. Legault lui a notamment « expliqué » ses priorités en matière d’immigration, à commencer par la réduction du nombre d’immigrants admis annuellement au Québec de quelque 52 000 à 40 000 dès 2019.

Devant les caméras de télévision, M. Scheer a refusé de dire ce qu’il en pensait. « J’ai écouté ses explications. Comme je l’ai dit, nous travaillons maintenant sur notre plan en immigration [et] nos cibles », s’est-il contenté de déclarer.

L’homme politique de 39 ans — qui avait préféré faire un point de presse sans manteau, même après avoir noté que « l’hiver est arrivé » à Québec — a balayé une à une les « questions hypothétiques » des journalistes. « On va voir le projet de loi », répétait-il.

Le chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes n’a pas affiché ses couleurs sur le projet de M. Legault de soumettre les immigrants, trois ans après leur arrivée au Québec, à un test des valeurs et à un test de français. « Je respecte le champ de compétence de la province du Québec », s’est-il borné à répéter.

Transfert de pouvoir

Dans cet esprit, M. Scheer s’est dit disposé à « donner plus de pouvoirs au gouvernement du Québec pour gérer son volet de l’immigration ». Le gouvernement caquiste s’en est réjoui. Le Parti conservateur est « ouvert » à l’idée de confier au gouvernement québécois l’application du programme de réunification familiale, par le biais duquel plus de 10 000 personnes sont admises au Québec chaque année, a résumé M. Legault jeudi après-midi. « Donc, moi, j’étais très content de la rencontre », a-t-il affirmé.

De l’Aquarium de Québec, où il a rencontré le premier ministre, Régis Labeaume s’est posé en allié du gouvernement caquiste sur ce front — pourvu que les entreprises qui cherchent désespérément de la main-d’oeuvre en sortent gagnantes. Sans que personne le lui demande, le maire de Québec a affirmé à la presse : « À la Ville de Québec, on souhaite que le gouvernement du Québec ait le maximum de pouvoirs en immigration. […] Ça va faire moins de bureaucratie. […] Deux gouvernements qui se mêlent de ça, avec peut-être des philosophies différentes, ça mêle les affaires », a-t-il affirmé.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, se dit favorable à ce qu’Ottawa cède au Québec le programme de réunification familiale.

Cela dit, M. Scheer et M. Legault s’entendent tous deux sur la nécessité de mieux arrimer l’immigration aux besoins sur le marché du travail et de renforcer les programmes d’intégration des immigrants à leur milieu d’accueil. « Je pense que c’est très important d’avoir un système qui se concentre sur l’intégration. Pour moi, l’idée d’apprendre l’une des deux langues [officielles du Canada], la langue française ici au Québec, la langue anglaise dans les autres provinces [est bonne]. Il y a l’idée que le gouvernement fédéral accueille les nouveaux arrivants, mais ne fait pas le follow-up pour s’assurer que les immigrants ont la capacité de prendre de l’expérience », a soutenu M. Scheer, en tournée préélectorale dans la région de la capitale nationale.

D’ici aux élections fédérales

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, rencontrera les responsables au sein du gouvernement fédéral « dans les prochains jours » afin de resserrer le nombre d’immigrants au Québec. Un engagement de la CAQ qui semble, à première vue, entrer en collision frontale avec la promesse de l’équipe du premier ministre canadien, Justin Trudeau, de faire passer de 310 000 à 350 000 le nombre d’immigrants accueillis au pays de 2018 à 2021. « Pour nous, pendant un certain nombre d’années, c’est 40 000 [immigrants]. Que le gouvernement fédéral veuille en accepter plus dans les autres provinces, c’est sa décision », a fait valoir M. Legault, précisant avoir « été clair [à ce sujet], autant avec Justin Trudeau qu’avec Andrew Scheer ».

Scheer voit différemment la laïcité de l’État

Le chef conservateur a exprimé ses réserves à l’égard de la promesse du gouvernement caquiste de légiférer pour interdire le port de signes religieux aux employés en position de coercition de l’État québécois. « Notre parti appuie la liberté d’expression, les libertés fondamentales. Ce n’est pas quelque chose dans lequel on va embarquer au fédéral », a déclaré Andrew Scheer lors de son passage à Québec jeudi.
7 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 2 novembre 2018 06 h 44

    ALLIÉ.E.S AU QUÉBEC

    PM Legault et équipe bleu poudre, vos allié.e.s sont ici, au Québec...
    Merci.

  • Denis Paquette - Abonné 2 novembre 2018 08 h 52

    et oui depuis le temps que les libéraux nous manipulent il serait peut être temps d'avoir une nouvelle approche

    Il est évident qu'avec la majorité obtenue par le parti de monsieur Legault que c'est devenu un incontournable que meme Justin doit en prendre note, n'y a t-il pas au fédérale une élection qui doit se tenir d'ici un an, le Québec ne vient-il pas de se donner une majoritée qui cette fois, ne depend pas des libéraux, peut être que les québécois en ont mares des magouilles fédéralistes, dont ils font les frais, meme Montreal a évincé son fédéraliste , n'est-il pas en train d' émerger un nouveau Québec plus populaire et plus actif , enfin un an c'est tres court pour changer la stratégie, monsieur Legault n'est-il pas en train de se donner une stature qui pourrait déranger Justin, peut être que les électeurs passés ne seront plus là

  • Michel Lebel - Abonné 2 novembre 2018 09 h 19

    Pourquoi?

    Pourquoi cette volonté de réduire à 40,000 le nombre d'immigrants? Je n'ai jamais saisi pourquoi. Serait-ce pour des fins strictement électorales! On verra... Le gouvernement Legault ne devrait pas s'attendre à d'importantes concessions en la matière.

    M.L.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 2 novembre 2018 09 h 43

    Fermer ou ouvrir les frontières ???

    «Fermer ou ouvrir les frontières»...That's the question...Ottawa veut les ouvrir pour satisfaire les besoins économiques de main d'oeuvre des entreprises canadiennes. Québec veut les fermer, du moins mieux les contrôler, pour satisfaire davantage les besoins d'intégration à la culture québécoise que les besoins d'accueillir une main d'oeuvre qui se fait de plus en plus rare...Pour Ottawa la préservation de la culture francophone a moins d'importance que le maintien du dynamisme de son économie libérale...Voilà encore un sujet sur lequel les deux peuples fondateurs du Canada, se contredisent encore, comme toujours...Pourtant devant les changements climatiques qui s'accélèrent, il faudra bien se résoudre à y répondre à la grande question de fermeture ou d'ouverture des frontières...Car les changements qui viennent risquent de faire disparaître des territoires en bordures de plusieurs pays par la montée envahissante des eaux des océans. Ce qui va avoir une incidence immédiate sur les phénomènes migratoires et accentuer les demandes d'accueil de personnes en voie de naufrage dans leurs propres pays...Le Québec veut préserver sa culture en gérant les demandes d'asiles qui se feront de plus en plus nombreuses...Le canada s'en fout puisque sa culture est multiculturelle, ouvrant les portes à un communautarisme qui donnera naissance à plusieurs petites nations ethniques sur un territoire de plus en plus divisé en quartier étanche...Ce qui suscitera de nouveaux conflits entre ethnies récalcitrantes à l'intégration, risquant même l'émergence de guerres civiles...Ottawa veut imposer ses politiques migratoires au Québec, faisant fi de ses demandes...Diluer le fait québécois par l'accueil de plus de migrants ouvre grande les portes à l'intolérance et aux conflits ouverts...Est-ce vraiment ce que veut Ottawa ? Que fera-t-il devant la vague migratoire qui s'en vient avec la montée croissante des eaux des océans ? Ouvrira-t-il les frontières ou il les fermera ?

  • Gilles Théberge - Abonné 2 novembre 2018 10 h 36

    Malheureusement, le premier ministre Legault va devoir composer avec le gouvernement fédéral qui lui, ne joue pas sur les mots, qui lui, ne recule pas sur ses promesses et ses prérogatives, au moindre mouvement de contestation... Comme le gouvernement Legault s’apprête à le faire sunsujet de la laïcité !

    Le gouvernement fédéral est toujours fermé lui, sur ses positions.