Les adieux émus de Philippe Couillard

Le chef démissionnaire du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, était accompagné de son épouse, Suzanne Pilote.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef démissionnaire du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, était accompagné de son épouse, Suzanne Pilote.

Philippe Couillard a profité de l’annonce de sa démission jeudi pour lancer un appel aux militants du Parti libéral du Québec qui s’affairent déjà à planifier sa succession : mieux vaut « rester fidèle » aux valeurs de leur formation politique et, surtout, « ne jamais les marchander pour quelques votes ».

De l’hôtel du Parlement, il a confirmé en matinée qu’il renonçait à ses fonctions de chef du PLQ et de député de Roberval. « Avec un bilan plus qu’enviable et le résultat de l’élection du 1er octobre, après avoir mis toute mon énergie au service du Québec, demeurer en politique, à quelque titre que ce soit, est au-delà de ce que je me sens humainement capable de faire », a déclaré Philippe Couillard, les yeux embués, devant quelques dizaines d’employés politiques. « Je demande aux Québécoises et aux Québécois de le comprendre et de me laisser prendre congé en paix. »

Voyez Philippe Couillard annoncer son retrait de la vie politique
 

Philippe Couillard demeure premier ministre jusqu’à l’assermentation de son successeur, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, dans une dizaine de jours. La courte réflexion qu’il avait dit entamer dans la foulée de la pire défaite de l’histoire du PLQ, lundi soir, est donc terminée. « Le caucus des députés choisira sous peu un chef intérimaire », a-t-il mentionné devant quelques dizaines d’employés politiques.

Les candidats à l’intérim Gaétan Barrette, Pierre Arcand, Christine St-Pierre et Marc Tanguay brillaient par leur absence dans l’enceinte du parlement, à l’instar des principaux membres de l’équipe gouvernementale de Philippe Couillard.

Ils se sont tous présentés à Québec en après-midi, à temps pour une rencontre des candidats libéraux, élus et battus lundi soir, organisée par le parti — à laquelle le gagnant Guy Ouellette et la perdante Gertrude Bourdon ne se sont pas présentés.

Certains d’entre eux ont révélé lequel — ou laquelle — des candidats à l’intérim ils comptaient appuyer. « Pour la première fois, on est 50 % de femmes et 50 % d’hommes [chez les élus libéraux] », a souligné l’élue Marwah Rizqy. « Je crois que Christine Saint-Pierre serait une excellente chef [intérimaire] », a-t-elle lancé.

Le groupe parlementaire libéral compte dans les faits une majorité de femmes (16 sur 31) depuis la démission de Philippe Couillard. L’ex-ministre « égalitaire » de la Condition féminine, Lise Thériault, s’est elle aussi rangée derrière sa collègue Christine St-Pierre. « À compétences égales, quand vous avez deux candidats qui sont excellents, je pense qu’on est rendus au Parti libéral à placer une femme », a déclaré la ministre sortante.

La principale intéressée a évité les questions sur le sujet. « C’est la journée de M. Couillard, aujourd’hui, alors on en reparlera un autre jour », a proposé Mme St-Pierre.

Gaétan Barrette a lui aussi fait preuve d’une réserve inhabituelle. « M. Couillard va rentrer dans l’histoire du Québec, j’en suis convaincu, pour avoir positionné le Québec là où on est aujourd’hui. Bon, l’Histoire portera peut-être d’autres jugements », a-t-il lancé en réponse à une question sur la course à l’intérim. Les candidats libéraux élus doivent choisir leur chef intérimaire vendredi.

La course à la chefferie se prépare

Or le Parti libéral devra aussi se trouver un nouveau chef. Jeudi, les aspirants présumés à la succession de Philippe Couillard se sont timidement manifestés. « Moi, je veux faire partie du renouveau au Parti libéral. On a besoin d’un renouveau au Parti libéral », a lancé l’un d’eux, le ministre des Transports sortant, André Fortin. Le numéro deux de la précédente course à la chefferie, Pierre Moreau, a signalé son intérêt à participer à la reconstruction du parti. « J’ai l’intention de jouer un rôle actif », a attesté le candidat défait dans Châteauguay. Et puis « non », il n’a pas mis un terme à sa carrière politique, a-t-il ajouté.

Sébastien Proulx et Dominique Anglade, eux aussi vus comme des prétendants à la chefferie du PLQ, n’ont pas voulu faire de commentaires sur leurs ambitions présumées. « Je n’ai pas pris de décision à cet égard-là pour l’instant, non, je n’ai pas pensé à ça », a dit le premier.

Carlos Leitão a été l’un des rares à écarter du revers de la main la direction du PLQ. « Premier ministre, oh mon Dieu, non ! » a-t-il lancé à la presse, rappelant qu’il est âgé de 62 ans. « C’est le temps maintenant pour une autre génération. Il y a un besoin pour qu’une autre génération prenne les rênes. Ce n’est pas ma génération. »

Dure défaite

Les libéraux ont fait élire lundi soir 32 députés sur 125, obtenant leur plus faible proportion de sièges depuis 1976. « Le résultat [était] sans équivoque », a convenu Philippe Couillard jeudi, avant d’annoncer son intention d’entreprendre une « nouvelle phase de [sa] vie » avec son épouse, Suzanne Pilote.

Les libéraux tentaient tant bien que mal d’expliquer leur dégelée électorale de lundi.

« Les francophones […] honnêtement, ils voulaient entendre un autre message que le mien. Les gens m’ont dit : “On t’aime bien, mais on est dus pour passer à autre chose” », a dit la ministre sortante Lucie Charlebois, triste de la tournure des événements. « Je ne mérite pas la volée que j’ai eue », a-t-elle laissé tomber.

Le parcours de Philippe Couillard

1957. Naissance à Outremont. Il est le fils du biologiste Pierre Couillard et de la géographe française Hélène Pardé.

1979. À 22 ans, il obtient un doctorat en médecine de l’Université de Montréal. Neurochirurgien à compter de 1985, il est promu chirurgien-chef de l’hôpital Saint-Luc quatre ans plus tard.

1991. Fonde le service de neurochirurgie de Dhahran en Arabie saoudite.

1996. De retour au Québec, il enseigne la médecine à l’Université de Sherbrooke. En 2000, il est nommé chirurgien-chef et directeur du Département de chirurgie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

2003. Élu député libéral de Mont-Royal, Philippe Couillard est nommé ministre de la Santé par le premier ministre Jean Charest. Il est réélu quatre ans plus tard dans Jean-Talon, à Québec.

2008. Annonce son départ de la vie politique. Au cours de cet intermède, il devient partenaire d’un fonds d’investissement propriétaire de cliniques privées. Il fonde également une société avec Arthur Porter, qui sera par la suite accusé de fraude et d’abus de confiance.

2013. Élu chef du Parti libéral du Québec avec 58,5 % des voix contre 22 % pour Pierre Moreau et 19,5 % pour Raymond Bachand. Il devient chef de l’opposition officielle après sa victoire dans la partielle d’Outremont. C’est toutefois dans Roberval, sa quatrième circonscription en dix ans, qu’il se présente l’année suivante.

2014. Remporte les élections avec 41,5 % des voix. Son unique mandat à la tête du Québec est marqué par une politique d’austérité et par la réforme du système de santé.

2018. Il mène les troupes libérales à leur pire performance électorale depuis 1867. Le premier ministre déchu annonce son départ de la vie politique trois jours plus tard.

Dave Noël
13 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 octobre 2018 03 h 32

    … Philippe Couillard !

    « Je demande aux Québécoises et aux Québécois de le comprendre et de me laisser prendre congé en paix. » (Philippe Couillard, Premier ministre démissionnaire, PLQ)

    De cette demande, tout le Québec la comprend d’honneur et de fierté !

    Adieu (A) et au revoir Monsieur …

    … Philippe Couillard ! - 5 oct 2018 -

    A : https://www.youtube.com/watch?v=nwv9UvF1H6A .

  • Jules Desrosiers - Abonné 5 octobre 2018 06 h 42

    pleurer sur soi n'est pas compassion...

    On aura donc vu Philippe Couillard ému. Battu, il était humilié je suppose devant son propre sort.
    Quant à la compassion, il en aura été dépourvu, du début de son mandat (les coupures) jusqu'à la fin (l'épicerie familiale à 75$ par semaine).

  • Patrice Godin - Abonné 5 octobre 2018 07 h 30

    Supercherie

    Les Libéraux ne travaillent que dans leurs intérêts personnels et non dans les intérêts de la population. Alors je ne suis absolument pas triste et ces larmes de crocodiles sont scandaleuses.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 5 octobre 2018 14 h 56

      M.Godin ,vous m'enlevez les mots de la bouche d'autant plus que les médias sont sur le point de le
      béatifier,voila un groupe de moutons-crocodiles.Le bon peuple est plus brillant ,enfin libéré.

  • Micheline Frenette - Abonnée 5 octobre 2018 09 h 00

    Les adieux de M. Couillard

    Je veux bien que ce soit émouvant mais dans l’extrait, il ne parle que des minorités. Les minorités, oui bien entendu, mais c’est quand même ahurissant d’exclure la majorité. Ceci dit, je le précise, je n’ai pas entendu le discours au complet. Cependant, je trouve cela tout à fait inacceptable de solliciter le vote des gens et de démissionner aussitôt élu!

    • Danielle Houle - Abonnée 5 octobre 2018 10 h 53

      Une belle prime de départ l'attend surement !!! Ça aide à boucler les semaines d'épiceries à $75.

    • David Cormier - Abonné 5 octobre 2018 13 h 39

      Forcément, à ne parler que de minorités, y'a plus que les minorités qui ont appuyé ce parti toxique.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 5 octobre 2018 09 h 06

    Il n'aurait jamais dû être premier ministre

    Il a fait un tort immense au Quebec par son attitude intransigeante et vouloir être un "boss" rempli de lui-même. Il n'a jamais admis ses erreurs et son discours de démission le prouve. Pas surprenant le résultat de l'élection. On voulait qu'il parte et on a réussi.