L’adhésion d’un quart des électeurs a suffi à la CAQ

Cette année, 66,5 % des électeurs inscrits aux élections ont exercé leur droit de vote.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Cette année, 66,5 % des électeurs inscrits aux élections ont exercé leur droit de vote.

Sondeurs, analystes politiques et médias l’envisageaient, mais n’avaient pas prévu l’ampleur de la vague caquiste qui a déferlé sur le Québec lundi. La Coalition avenir Québec (CAQ) a fait élire 74 députés à travers la province, s’assurant une confortable majorité à l’Assemblée nationale. Et pourtant, dans les faits, à peine un quart des électeurs inscrits ont appuyé le parti de François Legault.

Si l’on compile les résultats des circonscriptions remportées par la CAQ — en comptabilisant les Québécois inscrits sur les listes électorales n’ayant pas exercé leur devoir de citoyen —, seulement 24,9 % de l’ensemble des électeurs ont vraiment donné leur voix au parti.

Dans la circonscription d’Ungava, dans le nord du Québec, le candidat élu avec la CAQ, Denis Lamothe, n’a mobilisé que 8 % des électeurs inscrits. Dans Bourget, sur l’île de Montréal, le caquiste Richard Campeau a battu de peu le péquiste Maka Kotto avec pourtant seulement 17,5 % d’appuis des électeurs inscrits dans sa circonscription.

« Parler de vague caquiste reste très relatif avec seulement un électeur sur quatre qui appuie la CAQ », indique le professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal André Blais.

Il note toutefois l’importance de mentionner le taux d’abstention dans un tel exercice d’analyse des résultats.

Cette année, 66,5 % des électeurs inscrits aux élections ont exercé leur droit de vote. C’est un des taux de participation les plus faibles depuis plus de 90 ans. « Ça vient nécessairement diminuer l’ensemble des résultats des partis quand on comptabilise le choix — ou non-choix — de tous les inscrits et non uniquement des votants », poursuit M. Blais.

Reprenant l’exemple d’Ungava, il rappelle que seulement 31 % des électeurs de la circonscription ont voté, ce qui rend moins « impressionnant » le faible appui pour le député caquiste.

« C’est sûr que ça pose la question de légitimité une fois rendu à l’Assemblée nationale, quand on se dit que ce candidat n’était appuyé que par 26,5 % des votants et 8 % des électeurs inscrits dans sa circonscription, dit-il. Mais on voit ça chaque année avec beaucoup d’autres candidats élus avec des résultats moins extrêmes. »

À ses yeux, les faibles résultats démontrent que le mode de scrutin au Québec n’est pas le plus représentatif de l’opinion politique de la population. D’autant plus lorsque les électeurs sont nombreux à bouder le scrutin, puisque ni le vote blanc ni l’abstention ne sont comptabilisés dans les résultats officiels.

 

Pour son collègue à l’UdeM Jean-François Godbout, le nombre de partis qui ont réussi à séduire les votants entre aussi dans la donne.

« Comparativement aux années 1990, où deux partis se démarquaient le plus, maintenant, on en a quatre principaux susceptibles de remporter un nombre non négligeable de voix, dit-il. Ça divise forcément le vote et donne des résultats plus faibles pour chacun des partis, en comptabilisant ou non les électeurs qui n’ont pas voté », soutient-il.

Un problème qui d’ailleurs se répéterait même si le Québec utilisait une autre façon de voter, croit de son côté le professeur Blais. « Avec un modèle proportionnel, par exemple, le taux de participation ne serait pas forcément plus élevé, et il y aurait encore plus de partis susceptibles de se retrouver à l’Assemblée nationale avec pourtant un faible pourcentage d’appui. »

Réforme

Et pourtant, l’idée de réformer le mode de scrutin au Québec revient souvent dans le débat.

Avant le lancement officiel de la campagne électorale, la CAQ, Québec solidaire, le Parti québécois et le Parti vert s’étaient même engagés à changer le système — s’ils étaient portés au pouvoir — pour adopter un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire d’ici 2022.

Quelques heures après son élection, le nouveau premier ministre François Legault a réitéré son engagement lors d’un point de presse mardi matin : « Oui, on a pris l’engagement avec trois autres partis, si j’inclus le Parti vert, de déposer un projet dans la première année. Donc, ce sera fait », a-t-il déclaré.

Certains experts restent néanmoins sceptiques. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’un politicien promet de modifier le mode de scrutin. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, l’avait promis en 2015, avant de revenir sur sa parole.

« Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que c’est impossible, mais ça va demander de longues discussions au sein du caucus caquiste avant de déposer un projet de loi, croit M. Blais. Bon nombre de candidats vont s’y opposer, ils savent qu’ils seront perdants à la prochaine élection avec un tel modèle ».