Le PQ réfléchira à la convergence avec QS

Pour QS, une alliance ne semble pas au coeur des priorités du parti après leur percée historique. La formation politique se voit comme «la véritable opposition officielle» au gouvernement majoritaire de François Legault.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pour QS, une alliance ne semble pas au coeur des priorités du parti après leur percée historique. La formation politique se voit comme «la véritable opposition officielle» au gouvernement majoritaire de François Legault.

Au lendemain d’une soirée électorale aux allures de catastrophe, le Parti québécois (PQ) encaissait le choc mardi. Mais une conclusion s’impose déjà pour la présidente du parti : la question de la convergence avec Québec solidaire (QS) devra se poser de nouveau. À condition que QS ouvre une porte qui semble pour l’instant fermée.

« L’analyse et les conclusions à tirer, on va prendre le temps de les tirer comme il se doit », a soutenu Gabrielle Lemieux mardi.

Il est toutefois évident à ses yeux que la question de la convergence « fera partie des réflexions. Je pense que la population, et en particulier les jeunes, veut que les partis fassent preuve d’ouverture, qu’on ne ferme pas la porte à des discussions qui pourraient avantager tous les Québécois ».

« On ne sait pas ce qui serait arrivé si QS avait accepté l’offre d’alliance électorale » proposée par le PQ en 2017, soulignait de son côté la députée Catherine Fournier, l’une des rares rescapées de l’élection de lundi — et l’une des rares péquistes à s’exprimer mardi.

« Maintenant qu’on a un gouvernement de droite avec une opposition de droite, il faudra réfléchir à l’avenir, comment faire progresser les voix progressistes et souverainistes. Il y a des débats qui s’imposent. »

Sauf que pour les solidaires, une alliance ne semble pas au coeur des priorités du parti après leur percée historique. La formation politique de gauche a triplé son nombre de députés, passant de trois à dix, et se voit comme « la véritable opposition officielle » au gouvernement majoritaire de François Legault.

« On est un nouveau mouvement politique […] et ça ne se réduit pas à des vases communicants avec le PQ. [Lundi], on en a eu la démonstration dans l’urne, alors je pense qu’il faut tourner cette page-là », a fait valoir Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de QS.

Devant les médias, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois sont demeurés évasifs sur la possibilité d’entreprendre un dialogue avec les péquistes.

« Il n’y a jamais eu de porte fermée », a assuré Mme Massé, avant d’ajouter que « le seul parti au Québec qui porte réellement les objectifs de changement, c’est QS ».

Stratégie

La fin de la campagne électorale a été marquée par une série d’attaques de Jean-François Lisée contre le programme de QS et autour de son mode de fonctionnement.

Le chef démissionnaire a-t-il eu raison d’agir ainsi ? Gabrielle Lemieux reconnaît que « dans la façon de poser les questions, ça aurait pu être fait autrement. Il aurait pu y avoir discussion autour de ces points-là, plutôt que des questions directes ». La population demande « une approche positive » en politique, a-t-elle dit.

« Est-ce que M. Lisée était la bonne personne pour poser ce genre de question ? Ce sera une question à se poser » dans le cadre de l’analyse rétrospective, ajoute Mme Lemieux. M. Lisée était lui-même menacé par un solidaire dans sa circonscription, qu’il a perdue.

Stagnation

Derrière la progression inédite de Québec solidaire (QS) et le recul historique du Parti québécois (PQ) lundi se cache une statistique nette : en 2014 ou en 2018, les deux formations souverainistes et progressistes ont obtenu exactement le même niveau d’appui populaire.

En pourcentage cumulatif (environ le tiers des voix) ou en nombre de votes exprimés (un peu moins de 1,4 million), le soutien combiné des deux partis n’a donc pas progressé d’un iota : il s’est simplement exprimé différemment pour permettre à QS de faire sept gains (dont quatre aux dépens du PQ, et trois circonscriptions ravies aux libéraux).

Le PQ a terminé 34 fois en deuxième place, tandis que QS a obtenu 14 deuxièmes places.

« L’intense activité militante que nous avons dû [déployer] pour nous battre dans nos propres circonscriptions, nous l’aurions déployée ensemble pour conquérir d’autres circonscriptions et, qui sait, changer l’issue du scrutin », a constaté Jean-François Lisée dans son discours de défaite lundi soir. « On ne peut pas réécrire le passé, mais il faut en tirer des leçons pour l’avenir. »

De son côté, QS n’a pas exprimé de regret sur ce qu’aurait pu changer une alliance péquiste-solidaire, exprimant au contraire de la fierté d’avoir démontré ne pas être « le petit frère » du PQ.

« QS n’est pas une sous-catégorie du PQ. Alors, tous les calculs mathématiques où on tente d’additionner les votes ne tiennent pas la route », a insisté M. Nadeau-Dubois.

La Coalition avenir Québec (CAQ) doit entre autres à cette division PQ-QS au moins huit victoires lundi, dont sa percée à Montréal dans Bourget et dans Pointe-aux-Trembles. Dans chacun de ces cas, la CAQ a pu se faufiler, mais avec un niveau d’appui inférieur aux deux autres partis combinés.

Le résultat de cette élection contrastée — euphorisante pour QS et déprimante pour le PQ —, c’est que ni l’une ni l’autre des formations ne répond aux critères actuels pour être reconnue comme parti officiel à l’Assemblée nationale. Le premier ministre désigné, François Legault, a toutefois ouvert la porte lundi à une révision de ces règles. « On aura des discussions », a-t-il dit.

20 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 3 octobre 2018 05 h 49

    Après avoir triplé sa députation et encaissé les attaques du chef du PQ durant la campagne électorale, il me semble hautement improbable que QS accepte de se rapprocher du PQ à court ou moyen terme. Cela dit, peut-être que les mauvais coups du gouvernement Legault va éventuellement venir à bout de cette fermeture à l'endroit du PQ?

  • Laurent Vezina - Abonné 3 octobre 2018 09 h 02

    Exit et vite

    La défaite imposera que le bureau politique du PQ se renouvelle selon l'usage après des résultats aussi maigres pour éviter le mot dramatique. Il est étonnant que la présidente évoque l'avenir comme si elle en faisait partie. Cette attitude révèle une forme d'impunité malsaine et d'abord improductive. Il n'est pas possible pour l'exécutif de demeurer en poste au détriment de la normale assumance de ses résultats plus que médiocres. La souveraineté est l'idée la plus noble en politique. Elle est bonne pour les Canadiens anglais et leur pays. Elle est bonne pour la Finlande et elle est bonne pour le Québec. Il n'est pas permis de laisser aller une minute de plus l'exécutif du Parti aux commande avec pas d'Article 1 et le souverainisme déguisé en gouvernance de petit épicier, usant de la copie du voisin pour tenter de plaire à l'un et à l'autre au titre d'un concours Miss Beauté. Merci de votre contribution et bon succès pour l'avenir Madame. Je ne manquerai pas de le rappeler sur toutes les tribunes. Le renouvellement complet s'imposera. Et nous ne sommes pas désolés. Les militants et la cause en ont fini de la posture mièvre et de l'imcompétence dissimulée. Il n'est plus question que l'on nous fasse perdre notre temps. Circulez.

    • Claude Richard - Abonné 3 octobre 2018 11 h 24

      Martine Ouellet a abouti à un fiasco avec une telle intransigeance. Respirez par le nez.

    • Denis Carrier - Abonné 4 octobre 2018 08 h 16

      Comme vous avez raison m. Vézina

  • Jean-François Trottier - Abonné 3 octobre 2018 09 h 44

    Si c'est le cas...

    Si le PQ forme une alliance avec QS, il aura un membre de moins.
    Je suis redevenu membre il y a quelques semaines et je repartirai aussi vite que je suis venu.

    Je suis social-démocrate.

    Pour moi les notions de
    - trouver des coupables
    - faire payer les profiteurs
    - accuser de manque d'orthodoxie dans la pensée politique
    sont inacceptables.

    La social-démocratie c'est ...
    Assurer la paix sociale par la persuasion, sans ton revanchard.
    Influencer le cours de l'industrie et non le diriger.
    Convaincre les plus riches qu'il est de leur avantage de participer plutôt que les y forcer.
    Amener à une plus grande ouverture d'esprit au lieu d'accuser tout ce qui bouge de raciste.
    Et quand on n'y arrive pas, recommencer.
    Quant à ceux qu'on ne peut convaincre, et il y en a forcément beaucoup, ben faut l'accepter. L'accepter parce qu'on aura discuté.
    Exactement le contraire de la démarche de QS depuis 10 ans, quoi. Point par point.
    On peut vérifier, c'est pas mal la démarche que les pays scandinaves ont suivi, au grand dam de l'URSS à l'époque.

    La social-démocratie est un système qui utilise le capitalisme plutôt que de le condamner. C'est un système pragmatique, sans la moindre saveur marxiste. Toutefois les marxistes, tout comme les sociopathes, les religions et autres idéologies, y sont acceptées.

    La social-démocratie étale le capîtal sur l'État et le grand nombre.
    C'est donc, du point de vue financier, le système le plus stable, tellement qu'il éloigne les crises financières presque indéfiniment.
    C'est cette stabilité que les néolibéraux ont le plus combattue parce que les spéculateurs détestent la stabilité financière.
    Du haut de leur chaire de Chicago, ils ont fait un tort immense en assimilant la social-démocratie au communisme.
    Comme quoi les extrémistes sont souvent des alliés objectifs.

    QS est communiste, dogmatique, et condamne les autres.
    Jamais je ne m'associerai à un truc aussi débile.

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 octobre 2018 17 h 30

      M. Trottier, libre à vous de ne pas aimer QS. Cela dit, je vous signale que cette formation politique n'est pas communiste (comme vous le savez probablement).

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 octobre 2018 00 h 25

      M. Boulanger...
      Tiens ? Vous n'avez pas lu le programme ? Vous devriez. Un seul petit regard un peu critique suffit.

    • Patrick Boulanger - Abonné 4 octobre 2018 05 h 26

      @ M. Trottier

      M. Trottier, pour QS, l'économie doit reposer notamment sur l'économie sociale (ex. : coopératives) et le secteur privé (ex. : PME). Je vous invite à lire leur programme en ligne.

  • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 3 octobre 2018 09 h 59

    QS n'est pas souverainiste

    Répétez le ad nauseam: QS n'est pas indépendantiste et ne l'a jamais été. C'est une imposture pour racoler des votes de soi disant souverainistes se prétendant ',progressistes'' et pratiquant l'aveuglement volontaire. Marissal n'est pas souverainiste et si vous avez quelque peu navigué sur les réseqaux sociaux vous avez pu y lire par des officiels de QS et autres membres qui confirmaient ne pas croire à la nouvelle conviction souverainiste de Marissal mais l'important était de débarquer JFL et d'abattre le PQ.. rien d'autre.. alors répétez as nauseam; QS n'est pas indépendantiste..

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 octobre 2018 17 h 27

      M. Vadeboncoeur, le fait de répéter une menterie ne la rend pas vraie pour autant.

  • Claire Faubert - Abonnée 3 octobre 2018 10 h 35

    Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée...(Musset)

    Il est fort étonnant et même désolant que QS ne soit pas actuellement disposé à ouvrir la porte au PQ. Pour un parti qui s'est gaussé d'être rassembleur, pour tous, plein de compassion pour le peuple, "mon peuple" ( dixit Manon Massé), elle qui n'est pas "rancunière", comment peut-elle dire que QS est la "véritable opposition", alors que ce parti aura sans doute besoin de l'appui du PQ pour faire avancer ses dossiers? Et aujourd'hui, le jeune GND bombe le torse et oublie peut-être que ce n'est pas QS qui a soutenu l'idée de l'indépendance pendant 50 ans. La partisannerie vient de se montrer le bout du nez. Et c'est comme ça qu'on entend faire la souverainté? Bonne chance!