Legault promet du changement «dans l’ordre»

Le premier ministre désigné, le caquiste François Legault, au lendemain de sa victoire éclatante
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre désigné, le caquiste François Legault, au lendemain de sa victoire éclatante

Le premier ministre désigné, François Legault, s’est avancé sur le devant de la scène politique québécoise. Au lendemain d’une victoire électorale décisive de la Coalition avenir Québec, il a demandé à la fonction publique de se mettre en ordre de marche.

« Je suis impatient, avec mon équipe, de me mettre au travail », a déclaré M. Legault dans le cadre solennel du domaine Cataraqui, à Québec, mardi. « Oui, le gouvernement de la CAQ va faire des changements, mais on va faire ça dans l’ordre. »

L’homme politique de 61 ans a esquissé les premiers « chantiers » de son équipe ministérielle en économie, en éducation et en santé. Dans le lot : « Remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois […] rapidement. »

En éducation, M. Legault a fixé comme priorité le dépistage précoce des enfants à risque de présenter des difficultés d’apprentissage. Pour ce faire, le gouvernement caquiste misera non seulement sur les enseignants des maternelles 4 ans — qu’il veut déployer aux quatre coins du Québec —, mais également sur les éducateurs en services de garde éducatifs à l’enfance, a-t-il annoncé. « Ce qui est important pour moi, c’est que tous les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage soient dépistés avant l’âge de 4 ans et qu’on commence à leur donner des services au plus tard à l’âge de 4 ans. […] On va voir avec les CPE, les garderies, les maternelles ce qu’on est capables ensemble de faire pour que le plus rapidement possible tous les enfants reçoivent des services quand ils en ont besoin », a-t-il expliqué depuis l’antichambre du pouvoir. Cela dit, la promesse d’offrir une place en prématernelle à tous les enfants de 4 ans figure toujours au programme de la CAQ. « C’est sur cinq ans », a poursuivi M. Legault, qui se décrit comme « un gars pragmatique ».

En santé, M. Legault compte voir le gouvernement fournir « des services, avec dignité, à nos aînés » en CHSLD, élaborer un « plan rapide pour rénover les CHSLD » et convenir avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) de mesures permettant d’offrir « un bien meilleur accès aux médecins de famille [et] aux infirmières, en première ligne ». « L’idée, c’est de le faire ensemble, mais que ça donne des résultats, rapidement », a précisé M. Legault en conférence de presse.

Par ailleurs, à 15 jours de la légalisation du cannabis au Canada, le chef de la CAQ a exprimé son intention de porter l’âge légal de consommation de 18 à 21 ans. « Nous allons essayer de nous assurer qu’il n’y a pas de “vacuum” », a-t-il dit sans plus d’explications. Le temps presse.

Rémunération des médecins

En revanche, le gouvernement caquiste ne lancera pas les hostilités avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) de sitôt. Il renégocierait leur rémunération, mais pas avant de disposer de l’analyse comparative Québec-Ontario commandée sur le sujet à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Or, celle-ci est attendue d’ici le 1er septembre 2019. M. Legault a demandé mardi à son candidat au poste de secrétaire général du gouvernement, Yves Ouellet, de « voir si on peut accélérer » les travaux de l’ICIS.

M. Legault a aussi éloigné le déploiement de grands pans du programme politique de la CAQ qui ont fait grand bruit au cours des dernières années – à commencer par celui sur l’abolition des commissions scolaires. « Ce ne sera pas fait à très court terme », a indiqué M. Legault tout en soulignant l’importance de « rassurer la communauté anglophone » sur le fonctionnement des centres de services qui supplanteraient les commissions scolaires.

Il n’est pas pressé de légiférer non plus pour interdire aux employés de l’État en position d’autorité – les enseignants, les policiers, les juges et les gardiens de prison – de porter des signes religieux. Afin de mettre à l’abri une éventuelle loi de contestations judiciaires, M. Legault s’est dit disposé à recourir, si nécessaire, à la disposition de dérogation de la Constitution. Qu’adviendrait-il d’une enseignante ou d’une policière qui porte le hidjab ? « Nous voulons offrir des emplois dans des bureaux pour les personnes qui veulent continuer de porter leurs signes religieux », a répondu sans détour l’élu.

Promesses maintenues

La réduction du nombre d’immigrants admis au Québec, de 52 000 à 40 000, s’opérera dès 2019, a indiqué M. Legault, promettant d’« en prendre moins, mais en prendre soin ».

Le premier ministre désigné a aussi réitéré mardi sa promesse de soumettre, au cours de la prochaine année, un projet de loi visant à instaurer un mode de scrutin proportionnel mixte régional à l’Assemblée nationale, comme il s’était engagé à le faire auprès du Parti québécois, de Québec solidaire et du Parti vert du Québec.

« Je suis convaincu qu’on va être capables de tenir parole sur nos engagements », a affirmé M. Legault, espérant voir les employés de l’État « adhér[er] aux changements qu’[il] veut faire ». « On a une fonction publique qui est compétente. Je veux qu’on travaille ensemble à faire avancer le Québec », a-t-il souligné à une semaine du Sommet de la Francophonie en Arménie.

M. Legault y rencontrera pour la première fois le chef du gouvernement canadien, Justin Trudeau, avec qui il s’est brièvement entretenu lundi soir. Mardi, il a fait le point avec les ministres fédéraux Chrystia Freeland et Dominic Le Blanc, qu’il a assurés de « [sa] volonté de bâtir un Québec plus fort à l’intérieur du Canada dans une relation gagnant-gagnant ».

Les groupes parlementaires, comment ça marche?

Pour être reconnu comme groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, un parti doit faire élire 12 députés ou récolter 20 % des suffrages. Les solidaires et les péquistes sont passés à un cheveu d’atteindre ce seuil lundi soir.

Le statut de groupe parlementaire permet d’obtenir un meilleur temps de parole au Salon bleu et dans les commissions parlementaires. Le parti qui en bénéficie dispose de budgets de recherche et de soutien. Son chef peut désigner un leader chargé de la planification des travaux en chambre et un whip responsable de la discipline du caucus.

Il est possible de déroger à la règle du « 12-20 » avec le consentement de tous les députés. En avril 2009, ce seuil a d’ailleurs été abaissé à cinq députés et 11 % des voix pour la durée de la législature, ce qui a permis aux six élus de l’Action démocratique du Québec (ADQ) d’obtenir le statut de groupe parlementaire. L’ADQ l’a conservé en dépit de la défection des députés Éric Caire et Marc Picard, en novembre 2009.

En février 2012, François Legault avait dénoncé le refus du président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, de reconnaître les neuf députés de la Coalition avenir Québec à la suite de sa fusion avec l’ADQ. « Ce sont deux vieux partis qui se sont alliés pour refuser de reconnaître la Coalition avenir Québec », a déclaré M. Legault.

Dave Noël
2 commentaires
  • Michaël Lessard - Abonné 3 octobre 2018 14 h 58

    Quels avantages réels de passer de 18 à 21 ans pour le cannabis ?

    Cela me semble une mesure illusoire (sans effet réel) qui peut juste coûter des fonds publics dans le vide. Lire: ajouter des cas inutiles dans le système judiciare parce qu'une personne de 18-19 ans à fumer alors qu'elle pourtant en âge de boire et tout au Québec.

    On est au Québec : nous n'vons pas à nous normaliser avec les normes plus conservatrices de certaines provinces canadiennes.

    Passer de 18 à 21 ans me semble juste pour rassurer quelques matantes, donc une perte d'argent et de temps (police et justice) juste pour avoir l'air cute politiquement.

    Ai-je tort ? Quelles sont les raisons ou justifications qui m'échappent ?

    nb: j'ai 47 ans et je ne consomme rien, sauf du café :P

  • Raynald Richer - Abonné 4 octobre 2018 07 h 57

    Revoir le parcours scolaire ?

    Lors de son discours, il m’a semblé entendre M.Legault parler de « revoir le parcours scolaire ».
    Par contre, je n’ai pas lu ou entendu les journalistes poser des questions ou commenter ce sujet.
    Quand est-il exactement ? De quoi parlait-il ?
    Je crois que ce serait important d’éclaircir ce petit bout de discours.