La CAQ formera un gouvernement majoritaire

Le jeune parti de François Legault, fondé il y a sept ans, a pris le pouvoir à son troisième rendez-vous aux urnes, au terme d’un scrutin qui annonce de profonds bouleversements politiques.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le jeune parti de François Legault, fondé il y a sept ans, a pris le pouvoir à son troisième rendez-vous aux urnes, au terme d’un scrutin qui annonce de profonds bouleversements politiques.

Fort d’un mandat clair, François Legault a promis lundi soir de diriger un « gouvernement qui a le cœur à la bonne place, mais les deux pieds sur terre ».
 

« Dès demain, on va se retrousser les manches et on va travailler pour faire plus, pour faire mieux pour tous les Québécois », a déclaré le premier ministre élu devant quelques centaines de militants de la Coalition avenir Québec rassemblés au Centre des congrès de Québec. Dans quatre ans, le Québec sera « plus fort » et « plus fier », a-t-il promis.

Après deux tentatives infructueuses, François Legault est parvenu lundi à stopper net l’alternance du Parti québécois et du Parti libéral du Québec qui anime la vie politique québécoise depuis un demi-siècle.

« Il y a beaucoup de Québécois qui ont mis de côté un débat qui nous a divisés pendant 50 ans », s’est réjoui M. Legault lundi soir. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de Québécois qui ont fait la démonstration que c’est possible de faire travailler ensemble des adversaires », a poursuivi l’ex-ministre péquiste, s'attirant les applaudissements nourris de ses sympathisants.

L'analyse de Michel David

 

 

Minorité de votes, majorité de sièges

De l’Abitibi-Témiscamingue au Bas-Saint-Laurent, en passant par l’Estrie et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, les Québécois ont opté résolument pour la troisième voie proposée par la CAQ. Ils lui ont confié les commandes d’un gouvernement majoritaire.

« On a gagné ! On a gagné ! » ont scandé des militants dans la foulée de l’annonce d’un gouvernement majoritaire à la CAQ, sur le coup de 20 h 31, par le réseau TVA. D’autres étaient sans mots, peinant à croire les victoires en cascade annoncées dans les 30 minutes suivant la fermeture des bureaux de vote.

La CAQ a remporté 74 des 125 circonscriptions, dépassant largement le seuil de la majorité absolue à l’Assemblée nationale (63 sièges sur 125). Il s’agit d’une victoire nette pour François Legault. La coalition d’adéquistes, de péquistes et de libéraux qu’il a bâtie au fil des sept dernières années sera appelée à former un gouvernement majoritaire.

C’est toutefois une minorité de Québécois qui a porté au pouvoir la CAQ à la faveur des 42es élections générales. En effet, le parti politique de François Legault a obtenu près de 37,4 % du vote populaire, comparativement à 41,5 % pour le Parti libéral du Québec en 2014 et 32 % pour le Parti québécois en 2012.

Même s’il a les coudées franches pour mettre en œuvre son programme politique, le premier ministre élu s’est engagé lundi soir à ne pas se laisser aveugler par la partisanerie lorsqu’il accédera à la plus haute fonction politique du Québec.

« On a réussi à rassembler. C’est dans cet esprit de rassemblement que j’ai l’intention de gouverner pour tous les Québécois », a-t-il dit, après être monté sur la scène du Centre des congrès aux côtés de son épouse, Isabelle Brais, et de ses deux fils. « Même si on est des adversaires [les caquistes, les libéraux, les péquistes et les solidaires], on n’est pas des ennemis. Il y a beaucoup plus de choses qu’on partage que de choses qui nous divisent. Ça, il ne faut jamais l’oublier. »

M. Legault a aussi appelé les Québécois d’expression anglaise à « travailler ensemble au bénéfice de tous ». « Mon gouvernement sera votre gouvernement », a-t-il souligné.

De l’anxiété à l’allégresse

Les premiers applaudissements ont retenti dans le Centre des congrès, où quelques centaines de militants de la CAQ s’étaient donné rendez-vous lundi soir, lorsque les résultats préliminaires dans la circonscription de Louis-Hébert, qui laissaient entrevoir une victoire facile de Geneviève Guilbault, sont apparus sur des écrans géants disposés de part et d’autre de la grande salle. « Le travail commence », a fait valoir celle qui avait ravi le fief libéral en 2017, se réjouissant de voir l’équipe de la CAQ « récolter les fruits de [ses] efforts ».

En début de journée, M. Legault se disait habité par des « sentiments partagés » après avoir exercé son « devoir de citoyen » dans L’Assomption lundi matin. Après avoir « tout donné » pendant un marathon électoral de 39 jours, il abordait la soirée électorale non sans « anxiété ». Puis, les résultats se sont succédés. Et, l’euphorie l’a gagné.

Pour cause, ses recrues vedettes Christian Dubé (La Prairie), Éric Girard (Groulx), Danielle McCann (La Prairie), Sonia Lebel (Champlain) et Lionel Carmant (Taillon) ont remporté leur siège. Les ex-ministres libérale Marguerite Blais et péquiste Jean-François Simard ont crié victoire respectivement dans Prévost et Montmorency.

Le rouleau compresseur de la CAQ a écrasé sur son passage des poids lourds du PLQ, dont les ministres sortants Pierre Moreau, Dominique Vien, Véronyque Tremblay, Stéphane Billette, Lucie Charlebois et Luc Fortin.

L’équipe de M. Legault est également parvenue à faire une (timide) percée sur l’île de Montréal, en y faisant élire deux candidats sur 27. La mairesse Chantal Rouleau a damé le pion à l’ex-chef de l’Option nationale, Jean-Martin Aussant, dans Pointe-aux-Trembles. Le président du « comité environnemental » de la CAQ, Richard Campeau, a pour sa part ravi la circonscription de Bourget à l’ex-ministre péquiste de la Culture Maka Kotto.

Du « changement positif »

« Nous avons incarné le changement. Nous devrons livrer le changement », a lancé Éric Caire, qui avait été élu pour la première fois à l’Assemblée nationale en 2007, et ce, sous la bannière de l’ADQ. Il s’est dit persuadé que François Legault sera « un grand premier ministre ».

« L’avenir est à nous », a lancé le député réélu de Lévis, François Paradis, devant une foule en liesse. « Et ça commence maintenant ! »

Le « premier ministre François Legault » a compris « qu’il faut que la politique passe par le cœur », a fait valoir Mme Blais à la presse. « Les gens veulent du changement ! »

Du « changement positif », ils connaîtront, a indiqué M. Legault. « Je vous ai déjà dit que, pour moi, la principale qualité d’un premier ministre, c’est d’aimer les Québécois. Je n’oublierai jamais ça », a affirmé l’homme politique de 61 ans, qui a été gratifié d’une accolade après l’autre à son départ du rassemblement caquiste. Aussitôt le premier ministre élu parti, les haut-parleurs du Centre des congrès de Québec se sont mis à cracher des tubes en anglais et en espagnol.

Registre des appels de François Legault

20h47: le maire de Québec, Régis Labeaume

20h50: le premier ministre sortant, Philippe Couillard

20h59: la mairesse de Montréal, Valérie Plante

21h23: le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer

21h33: le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

21h37: le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford


Au cours de la soirée, il a aussi appelé le chef du Parti québecois, Jean-François Lisée, et la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 octobre 2018 08 h 08

    … seulement ?!?

    « Dès demain, on va se retrousser les manches et on va travailler pour faire plus, pour faire mieux pour tous les Québécois » ; « Je vous ai déjà dit que, pour moi, la principale qualité d’un premier ministre, c’est d’aimer les Québécois. Je n’oublierai jamais ça » (François Legault, Premier ministre élu, CAQ)

    De cette citation, double douceur :

    A : Tout d’abord, mes félicitations à tout ce beau monde qui, élu ou selon, aimant ou selon le Québec, s’est livré corps et âme devant l’électorat !

    B : Félicitations à la nouvelle Gouvernance qui, se retroussant les manches, cherchera à faire mieux que les gouvernances antérieures !

    De cette double douceur, ce bémol :

    « Travailler pour » (A), cé gentil, mais travailler par et avec le monde, cé mieux !

    Vive le « pour » …

    … seulement ?!? - 2 oct 2018 –

    A : Du temps de Duplessis-Léger, de mémoire, le « pour » constituait une des expressions populaires qui était utilisée, parfois, à des fins autres que le changement ! Ceci écrit, il est à souhaiter que la nouvelle équipe au Pouvoir sache contenir ses effets « pervers » !

  • Raymond Labelle - Abonné 2 octobre 2018 08 h 12

    Quelle classe ce Marissal.

    Premiers mots de Vincent à son élection : montrer sa fierté de ce que malgré l'épreuve que son magasinage au PLC ait été éventé, il ait été élu quand même. Bravo Vincent! Tu peux être fier de toi et tu fais bien de le souligner!

    Pour conclure sur ces considérations par un « Je suis immortel » - quelle humilité, quel sens du service public! À peu près rien sur les perspectives de QS dans leur ensemble.

    Il commence par parler de lui – montrer ce qu’il considère comme une sorte de vengeance de quoi? Il considère le dévoilement de son magasinage au PLC et les questions relatives à celui-ci comme des attaques injustes à son endroit? Et non pas comme des questions éthiques normales et légitimes? C'est ça sa perception? Et il tient à le dire? Il aurait pu simplement ne pas en parler - on l'avait lâché à ce propos.

    Comment dirais-je – même si on passait l’éponge sur ce magasinage et qu'on acceptait d'arrêter de l'écœurer avec ça – le fait que lui-même le rappelle de cette façon et qu’il ait cette attitude le soir de l’élection révèle beaucoup de l’homme.

    Je ne rappellerais pas cette controverse si Marissal n'avait pas lui-même rappelé les événements de cette façon.

    Et pas un seul bon mot pour JFL – qui milite dans le PQ depuis l’âge de 16-18 ans et lui est resté fidèle (i.e., il ne s'est pas magasiné un parti pour avoir un poste de député, lui-) – qui a travaillé comme député dans le comté. Les chefs et l'aspirante première ministre Mme Massé (qui n’est pas « cheffe » à proprement parler) ont eu de la classe envers leurs adversaires. Marissal, non.

    Curieusement, c'est une des choses qui m'a le plus frappé de cette soirée électorale, qui m'est restée en mémoire - cette impression sur Marissal, l'homme (que je distingue de QS, le parti).

    • David Cormier - Abonné 2 octobre 2018 12 h 23

      Marissal est un vertueux. Il ne peut donc pas faire autre chose que d'avoir raison sur toute la ligne. Et pour certains de ces vertueux solidaires, ils peuvent se permettre d'être inélégants envers le PQ et M. Lisée, car ces derniers représentent le démon.