Élections québécoises, soirées rocambolesques

15 novembre 1976. Devant une foule survoltée de plus de 10 000 personnes, le chef du Parti québécois, René Lévesque, lance son désormais célèbre «je n’ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d’être Québécois».
Photo: La Presse canadienne 15 novembre 1976. Devant une foule survoltée de plus de 10 000 personnes, le chef du Parti québécois, René Lévesque, lance son désormais célèbre «je n’ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d’être Québécois».

Les soirées électorales ont été le théâtre de nombreux rebondissements depuis le premier scrutin couvert par Le Devoir, il y a un peu plus de cent ans. Retour sur quelques dates marquantes de l’histoire politique du Québec.

15 mai 1912. La réélection des libéraux au pouvoir depuis quinze ans est annoncée dans un « extra-minuit » publié par Le Devoir. Le premier ministre, Lomer Gouin, rejoint ses partisans à l’Auditorium de Québec, le futur Capitole, où l’on projette les résultats sur un écran à l’aide d’un « rayon lumineux ». Il remercie « le peuple de Québec » en rappelant que « le système fédératif ne pourra fonctionner dans le pays et pour le bien du pays qu’en autant que le pouvoir fédéral et les gouvernements provinciaux agiront et exerceront librement les pouvoirs qui leur sont conférés ». Selon les rumeurs, Gouin serait pressenti pour succéder à l’ancien premier ministre du « dominion » canadien, le libéral Wilfrid Laurier, battu l’année précédente.

17 août 1936. L’Union nationale de Maurice Duplessis met un terme à 39 ans de régime libéral. Au centre-ville de Trois-Rivières, le premier ministre élu prend la parole devant 30 000 partisans qui entonnent un « vibrant » Ô Canada. Duplessis réclame l’apposition immédiate de scellés sur les documents et les coffres du Trésor public afin de faire le ménage dans l’administration libérale. Au micro, il élabore une allégorie en lien avec la pluie abondante tombée la veille : « Je crois que la Providence envoya une grande quantité d’eau suivie de beaucoup de soleil pour nous permettre de laver dans tous les coins. »

22 juin 1960. Les libéraux de Jean Lesage renversent l’Union nationale d’Antonio Barrette. Comme l’avait fait Duplessis en 1936, le nouveau premier ministre prévient les membres du gouvernement sortant « qu’il les punira au nom du peuple du Québec » s’ils font disparaître ou truquer des documents en quittant leurs bureaux. « La province est libérée du joug de l’Union nationale », s’exclame Lesage devant la foule rassemblée au Colisée de Québec. En soirée, il reçoit le télégramme d’un astrologue qui avait prédit sa victoire, comme le rapporte Le Devoir. Dans Laurier, le libéral René Lévesque l’emporte malgré la division du vote découlant, de la candidature d’un homonyme inscrit par ses adversaires unionistes.

15 novembre 1976. Devant une foule survoltée de plus de 10 000 personnes, le chef du Parti québécois, René Lévesque, lance son désormais célèbre « je n’ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d’être Québécois ». Le trémolo dans la voix, le premier ministre élu quitte la scène escorté par des gardes du corps « athlétiques » avec qui il s’engouffre dans une voiture noire. Lévesque est évacué du centre Paul-Sauvé en compagnie d’un inconnu qui s’est jeté dans sa voiture au milieu du chaos. « On a dit “tout le monde embarque”, explique le jeune homme embarrassé, “je suis embarqué, mais tout ce que je demande maintenant, c’est de débarquer !”»

26 mars 2007. Les libéraux de Jean Charest perdent leur majorité. Le retard dans la compilation des votes par anticipation amène Radio-Canada à annoncer la défaite du premier ministre dans la circonscription de Sherbrooke. L’erreur perdure pendant plus d’une heure avant d’être rectifiée un peu avant minuit. La bourde est soulignée à gros traits par le chef d’antenne de TVA qui tourne le fer dans la plaie en y allant de sa formule « rigueur, rigueur, rigueur ».

7 avril 2014. Dans les instants qui suivent l’annonce de la victoire des libéraux de Philippe Couillard, les trois prétendants pressentis à la succession de Pauline Marois défilent sur la scène de l’hôtel Westin du Vieux-Montréal. Leur allocution provoque un malaise, la première ministre sortante n’ayant pas encore prononcé son discours de défaite. Le trio est rapidement surnommé le « Club des Next ».