Legault veut une «Paix des braves» avec chaque nation autochtone

Le chef de la CAQ, François Legault, a répondu aux questions des journalistes lors de sa visite d’une ferme laitière, mardi, à Saint-Henri-de-Taillon, dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef de la CAQ, François Legault, a répondu aux questions des journalistes lors de sa visite d’une ferme laitière, mardi, à Saint-Henri-de-Taillon, dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, veut conclure des ententes, inspirées de la Paix des braves, avec chacune des nations autochtones. Préconisant « le respect entre les nations », il refuse toutefois de dénoncer le « bracelet 144 » porté par des agents de la Sûreté du Québec.

En effet, des policiers arborent un bracelet rouge orné de huit étoiles en guise de solidarité avec leurs huit confrères du poste de Val-d’Or visés par des allégations de violence contre des femmes autochtones. « Je ne veux pas m’embarquer à juger ce geste », a déclaré M. Legault à Chibougamau mardi. Il s’en remet à l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ). « Ce n’est pas à moi de décider. »

Pourtant, les Premières Nations voient dans le port du « bracelet 144 » un geste d’« intimidation » et de « provocation » de la part des policiers de la SQ. Le président de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, Jacques Viens, a dit « espérer qu’on en vienne, à un moment donné, à abandonner cette pratique » adoptée après la suspension de huit policiers visés dans le reportage « Abus de la SQ : les femmes brisent le silence » sur les ondes de Radio-Canada il y a près de deux ans.

Après avoir été pressé de questions, M. Legault s’est dit disposé à « discuter » de différentes mesures pour rétablir un climat de confiance entre les Premières Nations et les autorités. « Une chose est claire : il faut refaire les liens », a-t-il affirmé.

Le candidat caquiste dans Ungava, Denis Lamothe — un ex-agent de la SQ —, appréhende les effets du port prolongé du « bracelet 144 » par des agents en Abitibi-Témiscamingue. « Je peux comprendre la position du syndicat là-dedans : on porte le brassard pour se plaindre. Mais si on veut se rapprocher des communautés autochtones, je ne suis pas sûr que c’est la meilleure idée », a-t-il affirmé, aux côtés de M. Legault dans les installations de Chantiers Chibougamau, dans le Nord-du-Québec.

Le port du « bracelet 144 » ne constitue « pas une action facilitant le rapprochement », a souligné la porte-parole du Parti libéral du Québec, Catherine Maurice. Craignant de prendre une décision qui pourrait « compliquer davantage la situation », l’équipe de Philippe Couillard « laisse le soin aux organisations concernées [l’APPQ et la SQ], de prendre les mesures jugées appropriées ».

De son côté, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a lancé aux policiers d’« ici et ailleurs » : « N’affichez pas vos convictions ! » « Lorsqu’on est en situation d’autorité, qu’on est policier, on n’affiche pas ses convictions. Ni religieuses ni syndicales, et surtout pas lorsqu’il y a une controverse locale », a-t-il dit, à Val-d’Or.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, salue la sortie du chef péquiste. « M. Lisée dit exactement ce qu’on aurait voulu entendre du présent gouvernement », a-t-il indiqué au Devoir. « Les policiers ont une curieuse façon de restaurer une confiance brisée. Ce sont des gestes qui sont inacceptables, qui intimident et provoquent. »

Paix des braves 2.0

Dans ce climat de tension, François Legault a pris l’engagement mardi d’amorcer des « discussions » avec les nations autochtones en vue de conclure avec elles des ententes calquées sur la Paix des braves, convenue entre Québec et les Cris en 2002. En plus d’un versement de 3,5 milliards de dollars à la nation crie, celle-ci prévoyait la prise en charge par la communauté de son développement social, économique et culturel, la résolution des litiges opposant les Cris et le Québec ainsi que la mise en valeur des ressources naturelles, dont l’hydroélectricité.

« On a eu une entente au Québec avec la nation crie. Moi, je pense que ce serait une bonne idée de regarder pour en avoir une avec chacune des nations […] concernant la santé, l’éducation, le développement économique, aussi », a fait valoir François Legault, réitérant son appui à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Le chef du PLQ, Philippe Couillard, a proposé quant à lui un marché aux Premières Nations qu’il considère comme des « alliés objectifs » en vue d’éventuelles discussions constitutionnelles avec Ottawa et les autres provinces : « Je vais vous soutenir pour avoir l’autodétermination plus importante. Et vous devriez soutenir les Québécois dans leur demande de reconnaissance collective plus forte », a-t-il déclaré lors d’une rencontre éditoriale avec Le Devoir lundi.

M. Lisée a promis que le passé sera garant de l’avenir en ce qui concerne les relations entre les autochtones et un éventuel gouvernement péquiste. « Nous sommes ceux qui ont négocié, avec Bernard Landry, la Paix des Braves — qui est l’étalon-or international [en la matière]. On a envoyé un très grand nombre de signaux très positifs dans le type de relation qu’on veut avoir avec les nations autochtones. »

Avec Marie-Michèle Sioui et Guillaume Bourgault-Côté

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1 commentaire
  • Gilles Gagné - Abonné 26 septembre 2018 14 h 27

    Legault attend comme d'habitude de voir quelle sera la réaction des autres partis et du public pour ensuite émettre son opinion à moins qu'il dise encore <<on verra>>. Est-ce qu'il sera mis au pouvoir la semaine prochaine et qu'on dira dans un an <<je n'ai pas voté pour ça...veut-on changer à tout prix, il ne semble pas avoir de limite à louvoyer comme des lièvres de gauche à droite sans égards aux programmes.