Québec solidaire fait de la «manipulation», selon Lisée

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

Jean-François Lisée en rajoute une couche : selon le chef du Parti québécois, Québec solidaire fait de la « manipulation », et il est temps de « briser le tabou » qui entoure ce parti. Mais une de ses attaques a fait chou blanc dimanche. 

En début de journée, à Saint-Jean-sur-Richelieu, M. Lisée a soutenu que « lorsqu’une co-porte-parole dit qu’elle a le pouvoir alors qu’on sait que c’est faux, c’est de la manipulation. Lorsqu’on dit que l’ancien président du Conseil central de Montréal, un des hommes les plus puissants de l’univers syndical, qui est chef de QS [Gaétan Châteauneuf], est juste là pour coller des timbres, c’est de la manipulation. »

Il a aussi lancé que Québec solidaire « cache [son] programme politique » sur son site Internet, et que « ça devrait être en une de tous les journaux pendant trois jours ». 

Quelques heures plus tard, à Valleyfield, il reconnaissait son erreur: le programme de QS (celui adopté en décembre 2017) est bel et bien disponible sur le site Internet de la formation — à partir d’un onglet discret en bas de la page d’accueil, mais tout de même. 

Explication? « Pendant les 30 premiers jours de la campagne, le programme de QS n’était pas disponible à l’endroit où la majorité des jeunes vont le chercher, sur le site Web mobile, a affirmé M. Lisée. Samedi, avec plusieurs membres de mon équipe, on l’a cherché, on ne l’a pas trouvé. Miraculeusement, il est apparu depuis la conférence de ce matin. »

Québec solidaire soutient que « le programme a toujours été accessible sur le site mobile » à partir d’un onglet nommé « menu » — donc pas en évidence, mais tout de même présent. « Depuis [dimanche] matin, il est accessible en bas de la page d’accueil », ajoute-t-on. 

À une remarque lui soulignant qu’il n’aurait pas gagné un prix de recherche Internet avec ce dossier, M. Lisée a répondu: « Je conviens qu’un bon recherchiste, quelqu’un qui sait utiliser les moteurs de recherche, l’aurait trouvé. J’en conviens.»

Ce présumé problème d’accès au programme de QS avait été souligné dans deux chroniques publiées cette fin de semaine par les vétéranes Denise Bombardier (Journal de Montréal) et Lysiane Gagnon (La Presse). On disait dans les deux cas que le vrai programme des solidaires avait « disparu » pour être remplacé par un nouveau document masquant les véritables intentions de QS. Dans les faits, ce nouveau document est la dernière version adoptée en congrès, et constitue par le fait même les orientations actuelles du parti.

« M. Lisée ment, et c’est très troublant et triste », a réagi dimanche Gabriel Nadeau-Dubois, co porte-parole de QS. « M. Lisée est convaincu d’être un grand stratège. Il voit la montée de QS sur le terrain et il panique. Il tente de semer la confusion et le doute, mais ce n’est pas correct de le faire en disant des mensonges. »

Nationaliser
Mais malgré la controverse technique de dimanche, Jean-François Lisée maintient le fond de son propos: QS fait le choix de ne pas mettre en évidence son programme. « Les gens de QS ne disent pas que leur objectif est de nationaliser toutes les grandes entreprises du Québec. Ils le cachent, ils n’en parlent pas. »

« Je ne sais pas pourquoi accuser les libéraux d’avoir créé de la misère humaine alors qu’ils avaient deux milliards de surplus, c’est la vérité. Pourquoi accuser François Legault d’empirer le déclin du français en acceptant 40 000 immigrants par année ne parlant pas français [en réalité, M. Legault promet de franciser en trois ans les non-francophones], c’est de la vérité. Mais de dire que programme de Québec est de nationaliser toutes es entreprises, on n’aurait comme pas le droit de le dire? »

Il juge qu’un « tabou faisait en sorte [jusqu’ici] que personne ne critiquait Québec solidaire. J’ai brisé ce tabou.» Il a réitéré son appel à ce que tous les «grands médias affectent un journaliste à temps plein à la campagne [de QS]. Parce que comment pouvez-vous prétendre traiter équitablement chacun des partis si vous ne traitez pas équitablement chacun des partis? ». 

« Nous, notre programme est sur notre site Internet. Nous, on a 15 journalistes tous les jours qui nous posent des questions. Il y a un vrai problème [avec QS] », pense-t-il. 

Car M. Lisée juge que la montée de QS dans les sondages (14 % selon le dernier Léger) tient notamment au fait que le parti n’a jamais été sous la loupe des médias comme le PQ, la Coalition avenir Québec ou les libéraux. Vendredi, il disait en entrevue éditoriale au Devoir qu’il fallait « arrêter de donner à QS une partie gratuite [free ride]. Arrêtons de faire comme si c’était un parti marginal, à 6 %, qui ne fait pas partie du débat public ».

Convergence

Quand on lui a demandé s’il était au courant des travers de QS au moment où il tentait le rapprochement des deux partis, l’an dernier, M. Lisée a répondu que le PQ savait « qu’à l’intérieur de Québec solidaire, il y avait des forces qui croyaient au bien commun, des gens qui faisaient campagne en faveur de ce pacte ».

Mais « ils ont eu ce débat interne entre ceux qui voulaient le bien commun et ceux qui voulaient seulement l’intérêt partisan, a-t-il ajouté. Ceux qui voulaient l’intérêt partisan ont gagné. »

Avec Améli Pineda

QS et le « giron public »

Accusé de cacher son programme par Jean-François Lisée, QS se présente en campagne comme le parti qui veut « chambouler le Québec », qui veut entreprendre une « révolution » et un « changement de cap radical ». 
Dans son programme électoral, QS mentionne certes sa volonté de nationaliser plusieurs secteurs. Mais depuis le début de la campagne, la formation politique semble préférer le terme « intégrer au giron public » plutôt que celui de « nationaliser » — M. Lisée soutient pour sa part que QS a l'objectif de « nationaliser toutes les grandes entreprises du Québec », mais que le parti « le cache ». 
En transport en commun, QS a promis que le REM serait racheté pour le « ramener dans le giron public ». Il a parlé d'intégration de « l'autobus interurbain au giron public » pour désigner ce qui serait une nationalisation du transport interurbain. 
Puis, lorsqu'ils ont présenté leur plan de transition énergétique, la semaine dernière, QS n'a pas voulu employer le terme « nationaliser » lorsqu'elle a annoncé « une reprise de contrôle publique en ayant une participation majoritaire du gouvernement » des mines de lithium pour produire des batteries au Québec.

Socialiser

La semaine dernière, lors de son passage devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Mme Massé a été confrontée à la volonté de son parti de « socialiser l’économie ».
« Êtes-vous un parti révolutionnaire socialiste ? » lui a demandé le président de la CCMM Michel Leblanc. « Révolutionnaire, certes […] mais socialiser, c’est plutôt pour dire que lorsqu’on investit de l’argent, il faut que ça ne serve pas seulement une poignée de monde », a-t-elle précisé.
Quant à la volonté de nationaliser plusieurs secteurs, dont les banques, les mines et l’industrie pharmaceutique, Mme Massé a insisté sur la distinction entre les engagements de QS pour un premier mandat de quatre ans et sa vision à long terme.
« Si on me dit "nationalisation des banques", je dis non. Dans un premier mandat, il n’est pas question de ça. Lorsque Québec solidaire [aura fait du Québec un pays] certainement qu’on aura une banque québécoise, mais est-ce qu’on va nationaliser toutes les banques ? Non », a-t-elle assuré.

Améli Pineda et Guillaume Bourgault-Côté