Le PQ promet 4000 places en CPE de plus… que jeudi dernier

Le chef du PQ, Jean-François Lisée
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le chef du PQ, Jean-François Lisée

Le Parti québécois dit faire les choses « sérieusement ». Mais cela n’exclut pas d’avoir été « chanceux » au moment d’élaborer la section du cadre financier relative au réseau des CPE, a admis Jean-François Lisée mardi. 

« On travaille à cette annonce depuis longtemps : elle a un caractère historique, a lancé M. Lisée à Repentigny mardi matin. En septembre 2022, les dernières places du réseau seront créées. Un enfant, une place [en CPE], enfin ce sera vrai pour tous les parents du Québec. »

Mais si le PQ préparait cette annonce « depuis longtemps », il l’a passablement modifiée dans les derniers jours.

Jeudi dernier, quelques heures après avoir présenté un cadre financier prévoyant 470 millions (en 2022-23) pour compléter le réseau des CPE, M. Lisée avait indiqué lors du débat des chefs ce que cela voulait dire concrètement. 

« J’ai une bonne nouvelle pour vous, M. Campagna [un citoyen qui avait posé une question sur le sujet] : le Parti québécois va compléter, dans les 4 ans qui viennent, le réseau au complet, pour avoir 17 000 places de plus en CPE, et donc on va répondre à ce qu'on voulait faire depuis le début : un enfant, une place de qualité. »

Or, cinq jours plus tard, l’engagement du PQ a soudainement augmenté de 23,5 % : le parti a annoncé mardi matin qu’il créera 21 000 nouvelles places en quatre ans pour compléter le réseau. En additionnant les 5800 places récemment budgétées par le gouvernement Couillard, le PQ calcule que ces 26 800 places permettront de vider la liste d’attente actuelle.

M. Lisée a-t-il commis un lapsus durant le débat ? Non, a-t-il répondu mardi. « La difficulté qu’on a eue depuis trois semaines, c’est d’essayer d’avoir des informations précises du gouvernement sur l’état exact de la liste d’attente et des places dont la création est déjà prévue. On a cherché le bon chiffre. Et avec ce qu’on a appris depuis ces dernières semaines et qu’on a peaufiné ces derniers jours, on dit que le chiffre, c’est 21 000. »

Le chef péquiste, qui dénonce chaque jour le manque de sérieux allégué des propositions de François Legault, n’y voit pas apparence d’improvisation. « Non, il y a plutôt la volonté d’être précis. [..] On s’est concentré, sachant qu’on faisait l’annonce aujourd’hui, pour essayer de raffiner notre évaluation des choses, pour être sérieux avec vous ce matin. »

N’empêche : le document accompagnant l’annonce de 21 000 places reprend les mêmes chiffres que le cadre financier 2018 du PQ… qui lui était basé sur une promesse estimée à 17 000 places.

 
C’est ici que Jean-François Lisée dit avoir été « chanceux ». « On savait qu’on était à quelques milliers de places près. On avait des estimés jusqu’à 18 000, 19 000, 20 000, 21 000… Pour être généreux, on a dit [dans le cadre] 21 000, parce qu’on ne voulait pas qu’il en manque. […] On a été chanceux », en fin de compte, que l’évaluation finale tombe exactement sur le montant prévu. 

« Nous avons évalué sérieusement la marge de manoeuvre dont nous avions besoin, a-t-il ajouté devant les questions pressantes des journalistes. Nous avons été prudents. On est tombé dans la marge de manoeuvre qu’on avait prévu. » 
 

Le PQ calcule donc à 127 millions (pour 2022-2023) le coût de la création — les frais d’exploitation — de ces 21 000 nouvelles places. L’abolition de la taxe famille coûtera 343 millions, et le coût des infrastructures (immobilisations) est évalué à 74 millions.

Taxe famille

Jean-François Lisée s’est aussi engagé mardi matin à Repentigny à abolir la taxe famille introduite par le gouvernement Couillard — qui a fait exploser les coûts des services de garde pour plusieurs familles québécoises. La Coalition avenir Québec propose aussi son abolition graduelle sur quatre ans.

Le PQ prône de revenir à un tarif unique de 8,05 $, indexé annuellement. Pour un deuxième enfant en CPE, le tarif serait 4 $, alors que les suivants ne paieraient rien — la mesure serait applicable même si un premier enfant n’a pas fréquenté un CPE, a-t-on confirmé. Pour les familles dont le revenu est inférieur à 34 000 $, la gratuité s’appliquerait.

Dans le dernier budget que le gouvernement Marois avait présenté, en 2014, le PQ prévoyait de faire passer les coûts d’une journée en CPE à 9 $ à partir de septembre 2015.

Si le PQ est élu et qu’il applique son plan, ce sera une accélération inédite du nombre de places créées dans un mandat : en 2007, il y avait quelque 76 000 places dans le réseau. En 2012, c’était 84 500. Le gouvernement Couillard en a par ailleurs ajouté près de 9000 durant son mandat, pour un chiffre actuel de 95 327 places (selon les données de la Direction générale des services de garde éducatifs à l’enfance).

À cela s’ajoutent : 

  • Places en milieu familial : 91 604
  • Garderies subventionnées : 46 997
  • Total subventionnées : 233 928
  • Place en garderies non subventionnée : 67 246
  • Total des places disponibles au Québec : 301 174


À noter quand dans le mandat du gouvernement Couillard, il s’est créé 21 000 places dans des garderies non subventionnées, c’est-à-dire près de 58 % de plus que dans le réseau des CPE.
 

Le PQ veut également « mettre en place un programme de conversion de places de garderie privée en place en CPE ». Pour ce faire, il « discutera des modalités avec les associations représentatives des services de garde afin de définir un programme non contraignant d’incitation à la conversion ».

Selon Geneviève Bélisle, directrice générale de l’Association québécoise des centres de la petite enfance, le chiffre de 26 800 places avancé par le Parti québécois pour compléter le réseau des CPE est crédible. En 2012, rappelle-t-elle, le gouvernement Marois avait promis 28 000 places « et on avait évalué que ça complèterait le réseau alors. »

Elle relevait mardi en entretien qu’il est difficile d’avoir une idée précise du nombre de places manquantes, ou de la longueur de la liste d’attente. « Il n’y pas de données publiques là-dessus. […] Le défi de la liste actuellement, c’est les doublons. Le chiffre exact est dur à avoir. »

Concernant le tarif, Mme Bélisle estime que « toutes les mesures qui nous ramènent le plus proche possible de l’universalité du programme » sont bienvenues.  

Charge contre Legault

M. Lisée s’est par ailleurs livré à une nouvelle charge contre François Legault, qui sèmera selon lui le « chaos » dans le milieu de l’éducation et de la petite enfance.

« Un gouvernement de la CAQ sèmerait le chaos dans les services de garde, il retirerait des CPE et d’autres services de garde dont la qualité a été rehaussée », a accusé M. Lisée — cela dit, jamais la CAQ ne prévoit de « retirer des CPE ».

« Il créerait le chaos dans toutes les écoles primaires du Québec parce qu’il n’y a pas de place pour les prématernelles 4 ans. [La CAQ veut les implanter pour tous, en construisant des classes si nécessaire.] Il créerait le chaos dans la disponibilité des professeurs. [...] Il créerait le chaos dans les commissions scolaires [que la CAQ veut transformer en centres de services aux écoles]. Il y aurait un chaos constitutionnel parce que les anglophones vont aller en cour. Je veux dire… c’est terrible ! Il ne faut pas que ça arrive. »


Autres propositions liées aux garderies

CAQ
Abolir la taxe famille d’ici quatre ans. Rétablir le tarif unique de 8,05 $ par jour. Selon la CAQ, l’instauration de la prématernelle 4 ans libérera 50 000 places dans les garderies du Québec, dont près de la moitié dans des CPE.

PLQ
Créer 1700 places en centre de la petite enfance (CPE) et 300 places en garderie privée subventionnée entre 2018 et 2022. (Annonce faite le 24 août dernier.)

QS

Gratuité dans les CPE.