Jean-François Lisée veut un label «fabriqué au Québec»

Le PQ propose de créer un label «fabriqué au Québec» pour encourager l’achat local, a annoncé lundi Jean-François Lisée… vêtu d’un complet américain.
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Le PQ propose de créer un label «fabriqué au Québec» pour encourager l’achat local, a annoncé lundi Jean-François Lisée… vêtu d’un complet américain.

On connaît Aliments du Québec, on pourrait bientôt connaître son équivalent « Fabriqué au Québec ». Du moins le Parti québécois propose-t-il de créer une telle certification pour encourager l’achat local, a annoncé lundi Jean-François Lisée… vêtu d’un complet américain.

Questionné sur la provenance de son complet, le chef péquiste a cherché sur le revers droit et gauche de son veston, pour constater qu’il était de marque américaine. « Mais il a été acheté au Québec sur une rue, et non pas en ligne », s’est-il défendu en souriant.

« Je prends un engagement ferme : pour mon budget de vestons pour ma réélection en 2022, il y aura une étiquette [un logo Fabriqué au Québec] et ça va conditionner ma décision. »

La question paraît anecdotique, mais elle est aussi révélatrice d’un réflexe encore peu développé de vérifier la provenance des vêtements ou des produits que l’on achète. Le PQ aimerait ainsi que tout ce qui est fait au Québec soit clairement étiqueté, de manière à ce que la provenance devienne un élément de choix plus évident pour les consommateurs.

« Aliments du Québec est très appréciée et utile, a soutenu le candidat Nicolas Marceau, porte-parole des dossiers économiques pour le PQ (et qui, lui, portait un complet fabriqué au Québec). Rien de tel n’existe pour le secteur manufacturier. On lance donc une démarche : il y a des produits pour l’essentiel fabriqués au Québec, d’autres conçus, d’autres développés. Il faudra avoir une réflexion avec le secteur manufacturier [pour voir comment une telle certification pourrait être créée]. Mais on pense qu’il y a un appétit des Québécois de favoriser les produits fabriqués ici, on le voit pour les vêtements, la mode… Ça existe déjà, mais pourrait exister pour une plus grande gamme de produits. »

Nationalisme économique

Jean-François Lisée a autrement présenté lundi une série d’engagements regroupés sous la thématique du « nationalisme économique », dont plusieurs étaient connus.

Le PQ veut notamment revoir le mandat de la Caisse de dépôt et placement du Québec pour « rétablir » l’équilibre entre l’objectif de développement économique et celui de rendement. Jean Charest avait modifié la loi qui encadre la Caisse en 2004 pour faire en sorte qu’elle « recherche le rendement optimal du capital » d’abord et avant tout. La notion de soutien au développement économique du Québec est mentionnée en second.

M. Lisée souhaite aussi réformer le processus d’appel d’offres du gouvernement pour adopter les « appels d’offres intelligents ».

C’est-à-dire ? On désire sortir du diktat de la règle du plus bas soumissionnaire et accorder des points bonis aux offres provenant d’entreprises ayant une meilleure empreinte carbone ou offrant de meilleures conditions de travail à leurs employés. Ce faisant, on estime que l’on favorisera de facto les entreprises québécoises, a indiqué M. Lisée lors d’un point de presse devant les locaux de la Caisse de dépôt à Montréal.

Plus tard, devant le public de la Chambre de commerce de Montréal métropolitain — à qui il a présenté les engagements économiques du PQ —, M. Lisée a évoqué que la règle du plus bas soumissionnaire a « facilité la collusion et la corruption ».

« Je me souviens d’une caricature aux États-Unis où on voyait deux astronautes dans la cabine de pilotage d’Apollo 5, a-t-il raconté. On voyait en transparence tout ce qu’il y avait en dessous [d’eux], et un astronaute demandait à l’autre : “Est-ce que ça te rassure, toi, de savoir que tout ce qui est en dessous de nous a été fait par le plus bas soumissionnaire ?” »

Droits de mutation

Parmi les autres lignes directrices du plan péquiste, on note la volonté d’accroître les achats de produits québécois par les acheteurs publics québécois (l’exemple des trains du REM a été mis en avant) ; et celle d’augmenter la part d’aliments québécois dans les menus servis dans les institutions publiques (le PQ l’estime à 30 % actuellement, et souhaite 50 % ; la Coalition avenir Québec propose une mesure semblable, mais non chiffrée).

Autre mesure, touchant cette fois la volonté de « rendre individuellement les Québécois davantage propriétaires », selon les mots de M. Lisée : le PQ entend bonifier le crédit d’impôt existant pour aider les premiers acheteurs de maisons à absorber une partie des droits de mutation immobilière (« taxe de bienvenue »). Cela coûtera environ 23 millions à l’État, mais permettrait de bonifier à 2000 $ le crédit. Le PQ calcule que 28 000 des 47 000 nouveaux acheteurs chaque année n’auraient rien à payer.