Pour Couillard, Legault pourrait pousser Ottawa à déchirer l’entente sur l’immigration

Selon Philippe Couillard, il est impératif de tenir compte de la fragilité et de l’importance de l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, signé en 1991.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Selon Philippe Couillard, il est impératif de tenir compte de la fragilité et de l’importance de l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, signé en 1991.

Ottawa pourrait contrecarrer la volonté du Québec d’abaisser les seuils d’immigration en choisissant davantage de nouveaux arrivants ou en déchirant carrément l’entente sur la question qu’il a signée en 1991, croit Philippe Couillard.

« Chose certaine, M. Legault ouvre la porte à une intervention du fédéral ou à la perte de l’entente. […] Par son incompréhension, il affaiblirait les pouvoirs du Québec pour ouvrir la porte au fédéral afin qu’il choisisse plus de nouveaux arrivants », a lancé le chef libéral dimanche.

Il s’en prenait une fois de plus à la volonté du chef caquiste François Legault d’abaisser les seuils d’immigration à 40 000.

Selon Philippe Couillard, il est impératif de tenir compte de la fragilité et de l’importance de l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, signé en 1991. « Chaque fois qu’on veut la modifier, il faut être excessivement prudent », a-t-il insisté.

Aujourd’hui, a-t-il ajouté, « le gouvernement fédéral ne donnerait pas cette entente-là au Québec ».

« Ça a été donné dans les circonstances [de l’échec de l’accord] du Lac Meech », a-t-il rappelé.

Le pouvoir d’Ottawa

Sur le fond, Philippe Couillard a reconnu à mots couverts qu’Ottawa a bel et bien le dernier mot sur la question du nombre d’immigrants admis au Québec, toutes catégories confondues. « Il y a eu un article dans Le Devoir qui le disait clairement », a-t-il répondu quand un journaliste lui a demandé si Ottawa avait le pouvoir d’intervenir en la matière.

Le fédéral pourrait donc bloquer une réforme visant à baisser les seuils d’immigration, puisque l’entente de 1991 prévoit que « le gouvernement canadien [doit, tout comme le Québec] veiller au maintien du poids démographique du Québec dans le Canada », a-t-il rappelé samedi.

Or cette situation est purement hypothétique, a martelé le chef libéral. « Ils ne l’ont jamais fait. Pourquoi ils ne l’ont jamais fait ? Parce qu’ils n’ont jamais considéré que les choix du Québec étaient différents des objectifs de l’entente », a-t-il dit.

Selon Philippe Couillard, la CAQ ouvre la porte « à diminuer la marge d’accès du Québec », puisqu’une baisse des seuils d’immigration nuirait au maintien du poids démographique du Québec dans le reste du Canada. « Et là, il y a un enjeu éventuel », a-t-il averti.

« Si vous lisez l’entente, on nous permet d’augmenter jusqu’à 5 % de notre poids démographique. Ça ne dit pas qu’on n’a pas le droit de diminuer [les seuils] », a-t-il expliqué. « Par contre, l’objectif de l’entente est de maintenir le poids démographique du Québec », a-t-il encore souligné.