Dans la bulle de Philippe Couillard

Le chef libéral, Philippe Couillard, et son épouse, Suzanne Pilotte, au Festival western de St-Tite
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef libéral, Philippe Couillard, et son épouse, Suzanne Pilotte, au Festival western de St-Tite

Il cite librement Napoléon Bonaparte et Valéry Giscard d’Estaing. Il s’inspire de Jean Chrétien, qui chouchoutait sa circonscription comme nul autre lorsqu’il était chef du gouvernement fédéral. Il cible des électeurs au moyen de propositions tantôt empruntées à la Coalition avenir Québec, tantôt à Québec solidaire. Il refuse pendant un temps de se quereller, par médias interposés, avec ses adversaires. Il prend rarement part à de grands rassemblements de militants, mais se prête à de longs bains de foule, où il se fait de temps en temps interpeller ou encore huer. Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, mène une drôle de campagne. Bilan de mi-parcours.

Le premier ministre a amorcé son marathon électoral de 39 jours dans une bulle. Il refusait net de commenter les promesses de ses adversaires de même que leurs coups de gueule. Le PLQ n’a pas voulu pour autant laisser le champ libre à la Coalition avenir Québec.

L’état-major du PLQ a nourri une campagne parallèle avec des candidats dégourdis. Ils ont demandé à l’UPAC d’enquêter sur l’« affaire Éric Caire ». Ils ont dressé « le bilan de la semaine désastreuse » de la CAQ. Ils ont dénoncé les « propos » et les « actions sexistes » qu’il a tenus et commises. La situation frôlait le ridicule lundi dernier alors que Dominique Anglade et, en rappel, Carlos Leitão ont effectué une sortie médiatique à Montréal pour montrer du doigt « les promesses électorales abandonnées par François Legault » alors que M. Couillard expliquait toujours ses « nouvelles solutions pour répondre au défi de rareté de main-d’oeuvre » à la presse, à Québec.

Le chef du PLQ explique, en long et en large, ses propositions pour « faciliter la vie des Québécois ». Il prend soin de les rappeler, dès qu’il en a l’occasion, si bien que les journalistes profitent désormais de ces moments pour remplacer les piles de leur enregistreuse ou encore consulter leurs courriels et textos. « Si vous voulez, je pourrais vous répéter ce que ça veut dire : faciliter la vie des Québécois, mais je sens que vous avez déjà entendu », a-t-il lancé à un reporter avant de pouffer de rire.

Impossible n’est pas québécois

 

Inspirations adverses

M. Couillard a glané quelques idées dans les programmes de ses adversaires pour les transformer en promesses électorales. Par précaution, leur popularité avait préalablement été attestée par des groupes de discussion (« focus groups »).

Il n’a pas perdu de temps pour les annoncer. Au jour 2 de la campagne, il a promis dans un parc de Trois-Rivières — particulièrement animé pour une matinée de semaine — un « chèque » ou un « virement bancaire » aux parents de 150 $ à 300 $ par enfant par année (380 millions). Au jour 20, il a pris par surprise les étudiants du collège Montmorency, à Laval, en annonçant dans l’agora de leur cégep la gratuité des transports en commun pour les jeunes et les aînés (200 millions de dollars). Plusieurs ont applaudi la promesse inattendue du PLQ pendant que d’autres distribuaient des tracts sur lesquels il était écrit : « Fuck les partis politique [sic] au cégep ! Laissez les étudiantes et étudiants poser des questions ! Pas juste les journalistes ! »

D’ailleurs, Philippe Couillard courtise avec énergie les jeunes, avec lesquels il a joué au ping-pong au campus de Lotbinière du cégep de Thetford. Parviendra-t-il à stopper la désaffection des jeunes pour le PLQ constatée par la firme Léger cette semaine ?

Toujours vêtu d’un complet d’une teinte bleue, le premier ministre s’est aussi prêté à plusieurs bains de foule : à la Place Bell, à Laval, au Festival western de St-Tite, sur la promenade Fleury, à Montréal. Les gardes du corps qui l’entourent n’ont pas dissuadé des préposés aux bénéficiaires ou encore des chauffeurs de taxi de l’interpeller sur leur sort, qui selon eux s’est dégradé au fil des quatre dernières années et demie. Assis dans un carrosse tout blanc, surnommé « Gypsy cob », il s’est fait huer dans l’arène de rodéo de St-Tite. Pouvait-il en être autrement pour un premier ministre sortant ? « C’est ça, la politique », a-t-il dit avec philosophie cette semaine.

Le sursaut

M. Couillard a retenu ses coups contre son principal adversaire, François Legault, jusqu’à ce qu’il désigne comme « le plus grand problème économique » au Québec « la pénurie d’emplois payants » — plutôt que la pénurie de main-d’oeuvre. Il est « complètement à côté de la plaque », a-t-il lâché au jour 6. Depuis, le chef libéral dénonce sur tous les tons la volonté de la CAQ de soumettre les immigrants à un test de valeurs et à un test de français dont l’échec pourrait les empêcher d’obtenir un Certificat de sélection du Québec. « Il fait peur au monde », a-t-il dit sèchement lors du débat des chefs, jeudi soir.

M. Couillard s’était toutefois mis à la tâche, dès le jour 1, de convaincre l’électorat de la nécessité d’accueillir des « travailleurs d’ailleurs » pour pallier la pénurie de main-d’oeuvre. Il en parle sur toutes les tribunes, y compris dans les entrevues radio auxquelles il s’est prêté au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en Mauricie et en Beauce. Il a toutefois attendu à mercredi, la veille du premier débat des chefs, pour préciser les admissions maximales projetées pour 2019, c’est-à-dire 54 500 immigrants, dont 34 500 travailleurs qualifiés et personnes d’affaires.

Le chef libéral a décidé de dorénavant dire à haute voix ce qu’il pense des autres et de leur programme politique, se rappelant sans doute avoir affirmé durant l’été que le « but premier [d’une campagne électorale], c’est de montrer les contradictions » de ses adversaires. « [Les Québécois] nous disent : “Dis-moi pas ce que les autres font, parle-moi surtout de ce que toi tu veux faire” — ce que je fais à la lettre. Par contre, ils veulent savoir également ce que j’ai à dire sur les positions des autres, ce que je fais de façon respectueuse et correcte avec de bons arguments. »