Québec solidaire veut bousculer le Québec

«Les scientifiques le hurlent depuis des années et l’heure est à des changements de cap radicaux», a dit Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les scientifiques le hurlent depuis des années et l’heure est à des changements de cap radicaux», a dit Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire.

Imposition d’une garantie minimale de 10 ans sur la plupart des marchandises et taxation de grands espaces de stationnement hors rue. L’heure est au changement de cap radical, selon Québec solidaire (QS), qui estime qu’il n’aura d’autre choix que de bousculer les habitudes des Québécois pour mener une véritable lutte contre les changements climatiques.

« Il y a urgence d’agir, ça pète de partout. Tout le monde le dit, même le secrétaire général de l’ONU s'en mêle. Les scientifiques le hurlent depuis des années et l’heure est à des changements de cap radicaux. On ne peut plus y aller de la mesurette », a dit Manon Massé, porte-parole de QS.

La formation politique de gauche a lancé vendredi « Maintenant ou jamais », un plan de transition économique et écologique qu’il espère mettre en place dès le jour 1 s’il est élu le 1er octobre prochain.

Dans un document de 82 pages, QS détaille des mesures à prendre d’ici 2030 pour réduire les gaz à effet de serre (GES) de 48 % par rapport à 1990.

« Ça va bousculer parce que ça fait un siècle que le discours dominant fait croire qu’être heureux, c’est avoir son gros char […] Mais il y a des gens qui sont prêts à le laisser dans la cour [le gros char] s’il y a du transport en commun », a souligné Mme Massé.

Les propositions de QS visent notamment à mettre fin à la crise du recyclage et à améliorer la mobilité des Québécois.


Surconsommation

QS entend même adopter une loi pour contrer l’obsolescence programmée des objets de consommation. Celle-ci imposera notamment une garantie minimale de 10 ans sur la plupart des marchandises ainsi qu’une garantie de réparation à faible coût.

« On peut penser aux électroménagers. Y a-t-il quelque chose à faire pour ne pas qu’on soit obligés d’en acheter des neufs dès qu’ils brisent ? Y a-t-il moyen de les rendre réparables à faible coût ? » a demandé Simon Tremblay-Pepin, candidat solidaire dans Nelligan, à Montréal, et porte-parole en économie.

Pour mener à bien son projet, QS créera un nouveau ministère responsable de la transition énergétique dont le mandat sera d’assurer l’application du plan et de l’atteinte des cibles de réduction des GES. « On va fonctionner par budget carbone. Chaque ministère et organisme qui relève de l’État aura à le respecter et le ministère de la Transition, sa job sera de s’assurer que tous aient des enlignements clairs pour répondre à ces impératifs », a expliqué Mme Massé. D’ici 2030, QS estime qu’il faudra investir 43 milliards de dollars.

« Changer de cap […] sera perçu comme un sacrifice par plusieurs », écrit la formation politique. Pourtant, devant les médias, Mme Massé a fait valoir que la série de canicules cet été a sans doute contribué à ce que les gens prennent conscience de l’urgence d’agir.


Mesures « réalistes »

Un avis partagé par Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation Suzuki.

« C’est un plan ambitieux, mais très réaliste. Pour faire la transition écologique à la vitesse à laquelle on a besoin de la faire maintenant, c’est ça qu’il faut faire. Des gens peuvent trouver que c’est trop rapide, mais factuellement, on retrouve dans leur plan des mesures qui ont fonctionné ailleurs dans le monde », a dit M. Mayrand.

Pour aller au bout de la démarche, toutefois, QS croit qu’il faut faire du Québec un pays. « Nous considérons également qu’il faut, dès notre premier mandat, entreprendre une rupture avec la fédération canadienne », peut-on lire à l’avant-dernière page du livre.

« Bien entendu, il y a des bouts qu’on peut faire en étant dans le Canada, [mais] pour aller jusqu’au bout de tout ça, on a effectivement besoin de l’ensemble de nos moyens. Tout ce qui est pipeline, les ports, les voies ferrées sont de compétence fédérale. Et si aujourd’hui les gens sont moins intéressés par la question de l’indépendance, c’est parce que depuis 1995 on n’en parle plus ou, quand on en parle, c’est pour parler de mécanique. Nous, on propose un projet de société », a conclu Mme Massé.