Encadrer la parité dans nos lieux de pouvoir

Le Devoir s’est tourné vers quatre anciens politiciens de toutes allégeances pour connaître leurs impressions sur la campagne en cours. Aujourd’hui, l’ex-députée libérale Christiane Pelchat prend la parole. Propos recueillis par Améli Pineda.

Qu’est-ce qui a retenu le plus votre attention durant la dernière semaine de campagne ?

Que les partis politiques aient atteint 47 % de candidatures féminines. J’en suis très heureuse et je les félicite parce que ce n’est pas une mince affaire. Quand on regarde les chiffres des dernières élections, on réalise que c’est une véritable révolution. Comme ancienne parlementaire, je me rends compte qu’on n’a pas toujours conscience de la difficulté de faire bouger les choses. Cette semaine, Lise Payette nous a quittés, et pour moi, arriver enfin à un tel pourcentage, c’est le plus bel hommage qu’on peut lui rendre. Je suis certaine qu’elle serait très heureuse. Ça vient aussi confirmer la nécessité de se doter d’une loi sur la parité à l’Assemblée nationale, et je pense que chaque formation politique devrait avoir sa propre politique d’égalité. Maintenant, j’invite les partis à mettre en avant leurs engagements pour améliorer l’égalité femmes-hommes.

Croyez-vous que la question de l’urne sera celle de l’immigration, comme l’a affirmé le premier ministre sortant, Philippe Couillard ?

Je pense que la question de l’urne sera déterminée après le débat. Je ne suis pas certaine que ce soit l’immigration, mais par exemple je peux dire que c’est une question qui est mal analysée. J’inviterais les chefs, avant de se prononcer là-dessus, à lire Marie-Thérèse Chicha, chercheuse et enseignante à l’Université de Montréal (UdeM). Elle a publié un texte sur le site de l’UdeM qui démontre que l’intégration à l’emploi chez les immigrants est plus difficile chez les immigrants francophones, surtout ceux du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. Alors, la prémisse qui dit qu’il faut qu’ils parlent tous français après trois ans, c’est faux […] Il faut faire attention à ne pas faire dévier le débat, et j’en appelle vraiment aux chefs à ne pas faire appel à la peur ou à la crainte lorsqu’ils abordent ce sujet.

Que devra faire Philippe Couillard pour se démarquer lors du débat des chefs ?

Il devrait commencer le débat en parlant aux femmes directement. Le Parti libéral du Québec a toujours été un parti qui attirait plus les femmes que les autres formations politiques. Si j’étais M. Couillard, je dirais aux femmes « on vous a entendues, on a 44 % de femmes candidates et on va mettre en avant des politiques pour vous faciliter la vie ». Le vote des femmes est un vote qu’il est en train de perdre alors qu’il semble tendre à augmenter pour la Coalition avenir Québec. Je crois aussi que Philippe Couillard ne devrait pas tomber dans l’attaque, mais il devrait être plutôt dans la pédagogie. M. Couillard est meilleur lorsqu’il est pédagogue que lorsqu’il contre-attaque.