Récompenser la parité en politique

Les anciennes élues québécoises à la source de l’initiative réclamant une loi sur la parité: Christiane Pelchat, Marie Malavoy et Carole Théberge (de gauche à droite)
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les anciennes élues québécoises à la source de l’initiative réclamant une loi sur la parité: Christiane Pelchat, Marie Malavoy et Carole Théberge (de gauche à droite)

Encouragées par le nombre inédit de candidates en vue du scrutin du 1er octobre au Québec, d’anciennes parlementaires réclament une loi sur la parité accordant un bonus aux partis qui feront élire plus de 40 % de femmes aux prochaines élections.

« C’est bien d’avoir plus de 47 % de candidates [cette année], mais combien d’entre elles vont être élues ? » se demande l’ex-ministre péquiste Marie Malavoy, rencontrée par le Devoir en compagnie des anciennes députées libérales Carole Théberge et Christiane Pelchat. Elles forment depuis plusieurs mois le Comité des femmes de l’Amicale des anciens parlementaires du Québec, avec les ex-députées péquiste Louise Harel et caquiste Hélène Daneault.

Saluant les efforts des principaux partis, qui ont tous atteint la parité cette année en présentant un nombre record de candidatures féminines — soit 236 femmes sur 500 candidats à la mi-campagne —, les cinq anciennes députées croient qu’il est nécessaire de légiférer sur la question pour atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes à l’Assemblée nationale.

En plus d’exiger des partis qu’ils atteignent le seuil de parité au moment de choisir leurs aspirants députés — en présentant donc entre 40 et 60 % de candidates —, le projet de loi prévoit de récompenser ceux qui feraient élire au moins 40 % de femmes à travers une « bonification par le Directeur général des élections du financement des partis politiques ».

Contrairement à d’autres pays qui ont préféré adopter une approche punitive — en faisant payer des amendes aux partis ne respectant pas un certain quota de femmes —, elles jugent qu’offrir une récompense financière serait plus efficace. « Dans bien des pays, les partis s’en moquent et préfèrent payer l’amende plutôt que de se conformer. […] Notre approche encouragerait les partis à proposer encore plus de candidatures féminines pour s’assurer au final d’en faire élire au moins 40 % », poursuit Mme Malavoy.

Ce serait aussi un « coup de pouce » bienvenu pour les formations politiques, qui pourraient alors mettre en place des mesures pour accompagner les femmes qui intègrent l’arène politique et les aider à se familiariser avec ce « milieu encore très masculin ».

Droit à l’égalité

« Avec une loi, on assure une pérennité de la parité au lieu de s’en remettre à la bonne volonté des partis politiques qui se présentent », affirme de son côté Marie Malavoy en rappelant qu’entre 2012 et 2014, l’Assemblée nationale a perdu 5,6 % de femmes.

Plus nombreuses au Parlement, les femmes permettraient de changer non seulement les façons de faire en politique, mais aussi la société, ajoute l’ancienne députée libérale Carole Théberge. « En plus grand nombre, elles vont davantage prendre leur place. On abordera les dossiers différemment à l’Assemblée nationale, vus d’un autre angle », dit-elle.

« Cette loi ne serait que l’extension et la concrétisation du droit à l’égalité des femmes », renchérit Christiane Pelchat, qui est aussi avocate en droit des femmes. Une obligation, rappelle-t-elle, que l’on retrouve dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne et la Charte canadienne des droits et libertés.