Le mot de la semaine: «hymne»

«Libérez-nous des libéraux», de Loco Locass, a ponctué plusieurs campagnes électorales.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Libérez-nous des libéraux», de Loco Locass, a ponctué plusieurs campagnes électorales.

Chaque semaine, un mot pour résumer la dynamique de la campagne électorale.

Comme dans un titre de journal, les mots prononcés par les candidats à l’occasion des élections sont toujours un peu plus gros que le reste du texte. Cette semaine, le premier ministre Philippe Couillard avait haut à la bouche le mot « hymne ». Il a invité son adversaire François Legault, chef de la Coalition avenir Québec, à chanter l’hymne national du Canada, devant le drapeau unifolié de surcroît, comme s’il s’agissait là d’une nécessaire profession de foi politique. C’était à Trois-Rivières, à l’occasion d’une partie de baseball où le premier ministre tentait de produire à sa façon un coup de circuit politique. L’hymne, à en croire le premier ministre, apparaît comme un maître mot pour qui entend gouverner.

Comme preuve de la bonne ou mauvaise foi de Legault envers Ottawa, Philippe Couillard l’invite donc à lancer la chanson, en anglais et en français, comme s’il était impossible d’articuler une idée sans user de deux langues en même temps.

Au hockey, quand tout allait mal chez le Canadien, ce qui est fréquent depuis longtemps, il fut d’usage un certain temps de demander à Ginette Reno de venir interpréter l’hymne national. Cela favorisait, paraît-il, la cohésion de l’équipe. Que l’artiste ait un jour chanté L’hymne à l’amour en étant payée par le crime organisé ne changeait apparemment rien à l’affaire : le ciel bleu peut bien s’effondrer, on prête toujours aux chansons l’étonnante capacité de créer une union sacrée.

Ainsi en est-il de L’hymne à la joie, poème de Schiller qui a inspiré Beethoven. Cet hymne est devenu celui de l’Union européenne parce qu’il invite à l’unité et à la fraternité de l’humanité.

Mais en temps d’élection, la chanson fut de tout temps un moyen de justifier une division. Le sonore Libérez-nous des libéraux (2004) de Loco Locass n’est que la poursuite d’une tradition où la chanson à charge était, telle une caricature, un des principaux outils employés durant les campagnes électorales. Chaque élection avait sa chanson à succès. On en usait jusqu’à l’excès.

En campagne politique, un hymne manque par définition de nuances. Qu’il soit « national » ou non.

L’hymne national canadien en témoigne d’ailleurs à merveille. Chanté pour la première fois sur les plaines d’Abraham en 1880, commandé officiellement par le lieutenant-gouverneur du Québec à l’occasion d’un grand congrès des Canadiens français, il fut lancé à l’occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin. Il s’impose comme un hymne du Canada français, tandis qu’au Canada anglais on lui préfère le God Save the Queen ou le Maple Leaf Forever.

Le compositeur de la musique du Ô Canada, Calixa Lavallée, un Franco-Américain, vétéran de la guerre de sécession, mourut sans le sou à Boston. Il fallut attendre 1933 pour qu’un groupe de Montréalais finance le rapatriement de ses os jusqu’au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Ce n’est qu’en 1980 que le Ô Canada, dont les paroles en anglais furent d’ailleurs modifiées plus d’une fois, fut adopté officiellement à titre d’hymne officiel de la fédération. Comme symbole d’union, ce n’est pas exactement un coup de circuit politique.