La CAQ entend transformer les CHSLD

Le chef caquiste, François Legault, a dévoilé sa proposition pour les aînés vendredi, aux côtés notamment de Marguerite Blais, candidate dans Prévost.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef caquiste, François Legault, a dévoilé sa proposition pour les aînés vendredi, aux côtés notamment de Marguerite Blais, candidate dans Prévost.

Les CHSLD ont fait leur temps, estime François Legault. Pour remplacer ces centres « que tout le monde redoute », le chef caquiste a promis vendredi de mettre sur pied des « maisons des aînés ». Une opération qui s’annonce coûteuse, mais qui est relativement bien accueillie.

« L’État a la responsabilité d’héberger convenablement nos aînés, a soutenu le chef caquiste en conférence de presse. Et on doit le faire d’une façon humaine. »

Le modèle proposé par la Coalition avenir Québec (CAQ) est présenté comme le « chantier d’une génération » : les maisons des aînés seraient de « petites unités de vie, climatisées, de 70 à 130 personnes », avec des « aires de circulation sécuritaires et verdoyantes où il fera bon vivre », avec aussi un « personnel assez nombreux pour avoir le temps de bien s’impliquer avec les résidents ».

Les soins offerts dans les maisons des aînés seraient semblables à ceux des CHSLD, mais bonifiés. « C’est l’environnement qui changera, dit le chef caquiste. Mais on veut aussi ajouter aux soins, les individualiser. »

L’ancienne présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) Régine Laurent avoue avoir souri en entendant la proposition de la CAQ. Après tout, c’est elle qui, en 2014, lançait l’idée de petites maisons pour aînés de proximité. « Si on a réussi à influencer le discours public dans le bon sens, tant mieux », dit-elle. Pour l’infirmière, c’est « la voie à suivre » que de penser des milieux de soins « à échelle humaine ». « Il faut insuffler au personnel que c’est possible de faire autrement », ajoute-t-elle.

Pour sa part, le chercheur François Aubry, spécialiste de l’organisation du travail en CHSLD, ne voudrait pas que des considérations « architecturales » occultent le véritable problème dans ces milieux : « comment » les soins sont donnés. « L’enjeu, c’est véritablement l’amélioration des conditions de travail », soutient le professeur en travail social à l’Université du Québec en Outaouais.

Consultation

La CAQ vise une implantation graduelle. Au terme du premier mandat — pendant lequel le réseau actuel des CHSLD serait mis à niveau selon le plan présenté par le gouvernement Couillard —, une trentaine d’unités auront été construites, a mentionné M. Legault. Ces unités permettraient de créer les 2600 places qui manquent actuellement au réseau des CHSLD.

Mais avant d’entamer la construction, « une consultation exhaustive auprès des usagers, du personnel et des architectes » serait menée. C’est que le projet caquiste est pour l’instant une idée générale plus qu’un plan définitif : à chaque région et à chaque construction leurs caractéristiques propres, expliquait le chef vendredi.

François Legault vise un horizon de vingt ans pour remplacer l’ensemble du réseau des CHSLD par ces nouvelles maisons des aînés. « Tout le monde [aura alors] accès à des services de qualité avec de nouveaux standards », a soutenu M. Legault. D’ici là, reconnaît-il, « c’est sûr qu’il va y avoir de meilleurs services dans les maisons des aînés » que dans les CHSLD.

La construction des unités coûterait un milliard et serait financée par le Plan québécois des infrastructures. Le cadre financier que la CAQ dévoilera sous peu prévoira 245 millions en dépenses d’exploitation annuelles pour cette première série de maisons des aînés.

En 2017, le réseau des CHSLD comptait plus de 38 000 places, mais le délai moyen pour en obtenir une s’élevait toujours à plus de neuf mois. Les places en CHSLD au Québec coûtent environ 2,4 milliards de dollars par an.

François Aubry, qui a participé au récent forum, organisé par Québec, sur les meilleures pratiques en CHSLD, est heureux que cet enjeu soit au coeur de la campagne électorale, car ces discussions n’ont pas encore eu une incidence, constate-t-il. Ce sera au prochain gouvernement de prendre ce chantier à bras le corps.