La vérificatrice générale donne la note de passage à Québec

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, juge plausibles les prévisions de dépenses et de revenus des trois prochaines années du ministre des Finances, Carlos Leitão.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, juge plausibles les prévisions de dépenses et de revenus des trois prochaines années du ministre des Finances, Carlos Leitão.

Les prévisions de dépenses et de revenus des trois prochaines années du ministre des Finances, Carlos Leitão, sont « plausibles », conclut la vérificatrice générale du Québec (VG), Guylaine Leclerc. « Il en va de même du surplus comptable et du solde budgétaire », a-t-elle indiqué à moins de 72 heures du coup d’envoi (officiel) de la campagne électorale.

Une équipe d’une dizaine de personnes — « très expérimentées », a précisé Mme Leclerc —, qui était épaulée par un comité consultatif formé d’économistes et d’experts en finances publiques, a passé au peigne fin le rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec rédigé par l’équipe de M. Leitão. Elle a livré ses conclusions lundi. « Ils ont la note de passage, c’est certain », a résumé la VG.

Cet « important exercice démocratique », qui est désormais possible en raison d’une modification à la Loi sur le vérificateur général effectuée en 2015, « permettra, à la veille du déclenchement des élections, à tous les partis politiques de démarrer leur plateforme électorale sur des assises solides », a soutenu Mme Leclerc lundi.

« On ne peut pas être contre l’idée d’un rapport préélectoral », a dit l’ex-président de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise, Luc Godbout, qui milite depuis des années pour un tel examen. Tous les partis sur la ligne de départ ont désormais la même information, selon lui. « Il est assez détaillé. On retrouve des choses qui ne figurent pas toujours dans les budgets, comme le coût de reconduction des dépenses pour maintenir la qualité des services publics », a souligné le professeur à l’Université de Sherbrooke dans un entretien avec Le Devoir.

« Tout le monde part avec la même base, le même cadre », a indiqué le caquiste François Bonnardel. Si la Coalition avenir Québec se voit confier le pouvoir, « on ne jouera pas dans le film “on a trouvé un trou de 1 milliard ou de 3 milliards” », a-t-il annoncé.

Nouvelle marge de manoeuvre

Le gouvernement québécois disposera de quelque 950 millions de dollars supplémentaires par année, de 2018-2019 à 2022-2023, lit-on dans le rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec. « Si la situation économique ne se dégrade pas, nous pourrions avoir des surplus », s’est pour sa part contentée de dire Mme Leclerc en conférence de presse. « Différents facteurs pourraient favoriser une augmentation des surplus », juge la VG, notamment la taxe sur le cannabis ou la « taxe Netflix » (l’imposition de la TVQ sur les produits numériques). Elle a toutefois précisé que ce sont des « sommes peu significatives ».

Les différents partis politiques en lice pour la campagne électorale qui sera officiellement lancée jeudi disposent d’une certaine marge de manoeuvre pour leurs promesses.

Si elle est réélue, l’équipe libérale ne laissera pas pour autant « aller les dépenses », a averti le chef libéral, Philippe Couillard. « Ça ne veut pas dire que, parce que tu as des marges de manoeuvre, tu ouvres les vannes, parce que si tu fais ça, tu te donnes rendez-vous avec un autre déficit », a-t-il déclaré lundi. « On a plus de flexibilité pour faire évoluer [le cadre financier], notamment en éducation et en santé, ce qu’on fera », a-t-il toutefois ajouté.

Ça ne veut pas dire que, parce que tu as des marges de manœuvre, tu ouvres les vannes, parce que si tu fais ça, tu te donnes rendez-vous avec un autre déficit

« Les cadeaux électoraux pleuvent », observe le Parti québécois, avant d’ajouter : « Et, cela ne sert qu’à préparer un nouveau cycle de réduction de services. »

Le cadre financier de la CAQ « respectera la capacité de payer des Québécois », a dit de son côté M. Bonnardel, non moins déterminé à faire la lutte contre le gaspillage.

Après une hausse de 3 % en 2016, le produit intérieur brut (PIB) réel au Québec croîtra de 2,1 % en 2018, de 1,7 % en 2019 et de 1,5 % en 2020, prévoit le ministère des Finances. Les risques pesant sur l’économie du Québec demeurent les mêmes : un ralentissement économique mondial généralisé, un resserrement plus rapide que prévu des politiques monétaires dans le monde, une montée des restrictions du commerce à l’échelle mondiale, une évolution des prix du pétrole différente de celle prévue, ainsi qu’un ralentissement plus marqué du secteur résidentiel canadien.

Si la VG reconnaît le « bon état général » des finances gouvernementales, elle confirme également que « face à plusieurs incertitudes mondiales, nous disposons de moins en moins de contrôle sur notre croissance économique et sur sa trajectoire », fait valoir le Conseil du patronat du Québec (CPQ). Selon le lobby patronal, le parti qui remportera l’élection en octobre « devra donc impérativement bichonner notre économie dans le prochain mandat, pour la rendre antichoc », a-t-il déclaré dans un communiqué. Parmi les priorités que préconise le CPQ figurent l’éducation et la formation, de même qu’une fiscalité plus favorable aux entreprises. « Actuellement, on fiscalise à outrance le travail, l’innovation et l’investissement. »

Encre noire

L’année financière 2017-2018 s’est conclue avec des revenus supplémentaires, non prévus, de 1,45 milliard de dollars, confirme le rapport préélectoral du gouvernement. Du coup, elle se soldera par un surplus de 2,3 milliards de dollars.

« On a la confirmation que les finances publiques du Québec sont en meilleur état que le gouvernement aime le laisser entendre pour justifier les années d’austérité nocives qu’il a fait vivre au peuple québécois », a déploré le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

Par contre, en 2018-2019, en tenant compte du budget de mars et en y ajoutant les annonces supplémentaires jusqu’en date du 15 août, 637 millions de dollars devront être puisés dans la réserve de stabilisation pour permettre l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Guylaine Leclerc dit avoir tenu compte, autant que possible, de toutes les annonces et de leur impact sur le budget. « Les chiffres tiennent encore la route », a-t-elle assuré.

Des trous budgétaires

« Ce que dit le Vérificateur général, c’est que les cibles étaient déraisonnables […]. Aucune décision n’avait été prise pour atteindre ces cibles, et on s’en va en élection comme ça. Moi, je dis que c’est un manque de transparence et je dirais même que c’est cynique parce que l’objectif était électoral. » Martin Coiteux, ministre responsable de l’Administration gouvernementale, lors du dépôt du rapport du Vérificateur général annonçant un déficit de 5,6 milliards au lieu de 1,75 milliard (3 juin 2014).

« Le gouvernement libéral a laissé les choses aller à la fin de son mandat. Il y a eu un relâchement. La croissance des dépenses était de 2,6 % après trois mois, alors que l’objectif pour l’année est de 2 %. » Nicolas Marceau, ministre des Finances, réagissant à la découverte de dépassements de coûts de 1,6 milliard dans les dépenses des ministères (5 octobre 2012).

« [Le budget Marois] a délibérément caché des choses, gonflé des revenus, fait que certaines dépenses ne soient pas connues. » Jean Charest, premier ministre, lors de l’annonce d’une impasse budgétaire de 4,37 milliards révélée par le Vérificateur général (30 avril 2003).

Dave Noël

3 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 21 août 2018 05 h 18

    UNE V.G. AU SERVICE DU GOUVERNEMENT LIBÉRAL

    Malheureusement, ce n'est pas avec ce type d'éclairage que les québécoisEs pourront voter avec discernement.
    La V.G. devrait être au service du Bien Commun.

  • Sylvain Bolduc - Abonné 21 août 2018 07 h 14

    Et les annonces après le 15 août?

    ll y a eu des annonces totalisant 1 milliard 800 millions après la période visée par la VG. Oui il y a encore des entourloupettes avec les libéraux.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 21 août 2018 07 h 49

    Le surplus budgétaire vient de l'austérité

    Pendant des années, Couillard a pratique l'austérité et privé la population de soins essentiels. Les écoles, les hôpitaux, les malades, les familles à faible revenu, les garderies et on pourrait allonger la liste ont été privé pour augmenter les revenus du gouvernement qui aideraient à une ré-élection. Le rapport du vérificateur nous lance cette nouvelle sans poser des questions d'où vient ce surplus?
    On a privé la population pour faire croire que le gouvernement a bien administré alors qu'il est venu se servir dans nos poches par l'austérité. C'est malhonnête et il faut le crier sur les toits.