Les prévisions préélectorales du gouvernements sont «plausibles», tranche la VG

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc
Photo: Capture d'écran La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc

La vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, conclut que les prévisions de dépenses et de revenus jusqu’en 2020-2021 du gouvernement sont « plausibles », après la publication en matinée du rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec par le ministre des Finances, Carlos Leitão.

« Ils ont la note de passage, c’est certain », a-t-elle déclaré.

Une certaine marge de manœuvre est même disponible, a souligné la VG : « Si la situation économique ne se dégrade pas, nous pourrions avoir des surplus », a-t-elle confirmé en conférence de presse.

L’année financière 2017-2018 s’est conclue avec des revenus supplémentaires, non prévus, de 1,45 milliard de dollars, indique le rapport du gouvernement, vérifié par la VG.

Par contre, en 2018-2019, en tenant compte du budget de mars et en y ajoutant les annonces supplémentaires jusqu’en date du 15 août, 637 millions de dollars devront être puisés dans la réserve de stabilisation pour permettre l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Guylaine Leclerc dit avoir tenu compte, autant que possible, de toutes les annonces et de leur impact sur le budget. « Les chiffres tiennent encore la route », a-t-elle assuré.

Les différents partis en lice pour la campagne électorale qui sera officiellement lancée jeudi disposent d’une certaine marge de manœuvre pour leurs promesses. « Différents facteurs pourraient favoriser une augmentation des surplus », juge la VG, notamment la taxe sur le cannabis ou la « taxe Netflix » (l’imposition de la TVQ sur les produits numériques). Elle a toutefois précisé que ce sont des « sommes peu significatives ».

La vérificatrice générale précise également que la dette cumulée, s’élevant à 117 milliards en 2017, serait sous-estimée de 9,6 milliards de dollars, voire plus, en raison des pratiques comptables actuelles du gouvernement. Elle considère tout de même les prévisions du gouvernement à cet égard comme « plausibles ».

Une année 2017-2018 au vert

Les estimations préliminaires pour l’année financière 2017-2018 affichent une amélioration du solde budgétaire de près de 1,5 milliard de dollars par rapport à ce qui était prévu en mars 2018.

L’« amélioration » du solde budgétaire de près de 1,5 milliard par rapport à ce qui était prévu dans l’ultime budget Leitão (mars 2018) s’explique notamment par une augmentation des revenus autonomes (+834 millions) — dont des revenus supérieurs à l’impôt des particuliers et aux impôts des sociétés totalisant 617 millions —, en raison de la « bonne performance » de l’économie québécoise.

D’autre part, le gouvernement québécois a pu compter sur des revenus supplémentaires de 357 millions de dollars de la part des sociétés d’État. Parmi elles, Hydro-Québec — et par ricochet, son actionnaire, l’État québécois — a tiré profit des températures froides des premiers mois de 2018 et d’une hausse des exportations d’électricité.

En revanche, le ministère des Finances a dû faire face à une baisse non prévue des transferts fédéraux de 302 millions de dollars.

Les organismes publics ont aussi dépensé 568 millions de dollars de moins que ce qui était planifié.

Bref, l’année financière 2017-2018 se soldera par un surplus de 2,3 milliards de dollars, selon les nouvelles estimations préliminaires.

Le gouvernement québécois disposera de 950 millions de dollars supplémentaires par année, indique également le rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec.

Prévisions maintenues

Après une hausse de 3 % en 2016, le produit intérieur brut (PIB) réel au Québec se tassera à 2,1 % en 2018, à 1,7 % en 2019 et à 1,5 % en 2020, prévoit le ministère des Finances. « Malgré la montée des tensions protectionnistes dans plusieurs régions au cours des derniers mois, la croissance des exportations se poursuivra, soutenue par la bonne tenue des économies des principaux partenaires commerciaux du Québec », souligne-t-il.

Les risques pesant sur l’économie du Québec demeurent :

 
  • un ralentissement économique mondial généralisé ;
  • un resserrement plus rapide que prévu des politiques monétaires dans le monde ;
  • une montée des restrictions du commerce à l’échelle mondiale ;
  • une évolution des prix du pétrole différente de celle prévue ;
  • un ralentissement plus marqué du secteur résidentiel canadien.
 

La santé, un facteur d’incertitude

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) fait peser une certaine incertitude sur les finances du Québec, a par ailleurs souligné Guylaine Leclerc. Dans un premier temps, les ententes avec les médecins pourraient coûter plus cher que prévu pour trois raisons. Les conclusions à venir de deux études, l’une comparant la rémunération des spécialistes à celle de leurs homologues canadiens, l’autre sur l’écart entre les omnipraticiens et les spécialistes, pourraient entraîner des dépenses supplémentaires. La croissance du nombre de médecins et de soins dispensés pourrait également avoir un impact.

L’« ensemble des besoins budgétaires » des établissements du réseau sont une grande inconnue, a aussi souligné la VG. Les budgets sont accompagnés davantage de « grandes orientations » que d’une « planification stratégique » basée sur les besoins réels en soins de la population, estime-t-elle.