Ford veut revoir les façons de faire entre le Québec et l’Ontario

Les premiers ministres Doug Ford, Brian Gallant et Philippe Couillard, vendredi, à Saint-Andrews
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Les premiers ministres Doug Ford, Brian Gallant et Philippe Couillard, vendredi, à Saint-Andrews

Doug Ford s’en prend à un symbole de la relation privilégiée entre l’Ontario et le Québec : la rencontre annuelle des membres des conseils des ministres des deux provinces du « Canada central ».

« M. Ford est ouvert à l’idée, mais il voudrait revoir la formule », a indiqué Philippe Couillard à l’issue d’une séance de travail des premiers ministres provinciaux et territoriaux, vendredi après-midi. Le chef du gouvernement ontarien se pose une série de questions, dont « Comment on va le faire ? Quels sujets on va traiter ? », a expliqué M. Couillard.

Les deux premiers ministres se sont rencontrés pour la première fois, mercredi soir, dans un pavillon érigé sur le site de l’hôtel The Algonquin à Saint-Andrews au Nouveau-Brunswick. Ils ont échangé une poignée de main. Ils sont tombés l’un sur l’autre à plus d’une reprise dans l’établissement de villégiature entre deux sessions de travail du Conseil de la fédération. Ils se sont prêtés à une « discussion marchée » — « a walking discussion », selon les communicants politiques — dans les jardins sous l’oeil des caméras de télévision. Ils ont préféré déjeuner ensemble vendredi matin plutôt que d’assister à une présentation du Conseil consultatif sur la mise en oeuvre d’un régime d’assurance médicaments national.

Confiance

En moins de 48 heures, un lien de confiance s’est tissé entre les deux hommes politiques, M. Couillard en est convaincu. « On est tous les deux des personnes directes : on se dit exactement ce que nous pensons. C’est parfait comme ça », a-t-il lancé à des journalistes québécois vendredi après-midi.

D’ailleurs, M. Couillard a rappelé à plus d’une occasion à son nouvel homologue ontarien l’importance d’appuyer les quelque 600 000 francophones de sa province, d’autant plus que leur poids démographique continuera de s’effriter d’ici 2028, selon le commissaire aux services en français de l’Ontario (de 4,7 % en 2016 à 3,9 %-4 % en 2028). Le discours du Trône du nouveau chef de gouvernement progressiste-conservateur, qui ne contenait aucun mot en français, a fait mauvaise impression au cabinet du premier ministre Philippe Couillard. « J’ai senti de sa part un soutien [des] Franco-Ontariens et un soutien envers le fait français en Ontario », a-t-il dit, après avoir souligné que « les Québécois sont solidaires des Franco-Ontariens ».

« Travailler ensemble »

À défaut de convoquer un Conseil des ministres, M. Couillard et M. Ford ont signé un communiqué de presse commun cette semaine. En effet, les deux provinces ont demandé d’une même voix au gouvernement fédéral de « dédommager chaque province pour les répercussions sur les services qui résultent de la hausse du nombre de migrants qui franchissent les frontières à des points d’entrée non réguliers ».

« Il y a beaucoup de sujets sur lesquels on peut et on veut travailler ensemble. Est-ce que ça veut dire qu’on s’entend sur tout ? Bien, non », a poursuivi M. Couillard, citant en exemple la tarification du carbone. M. Ford s’est donné pour mission d’« envoyer à la casse » la taxe sur le carbone, et ce, après avoir tourné le dos au marché du carbone. « Clairement, il y a un désaccord qui est net. On s’entend pour dire qu’on ne s’entend pas là-dessus », a-t-il répété vendredi.

La figure de proue de la « Ford Nation » a quitté Saint-Andrews enthousiaste, même s’il a échoué à rallier une majorité de provinces et de territoires contre la stratégie canadienne de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). « Nous avons eu une super collaboration entre tous les premiers ministres. […] Les derniers jours ont été très, très fructueux », a-t-il déclaré.


Priorité aux entreprises

Les premiers ministres provinciaux et territoriaux ont martelé toute la semaine la nécessité d’« éliminer les obstacles réglementaires » à la croissance des entreprises qui brassent des affaires dans plusieurs provinces. L’instabilité économique créée par la Maison-Blanche commande de passer de la parole aux actes sur ce front, plus d’un an après l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC). Au terme de deux jours de discussions, les premiers ministres se sont engagés à mener des « actions concrètes », a répété comme un mantra le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, vendredi. Lesquelles ? Alléger le « fardeau bureaucratique » lié à l’enregistrement des entreprises, uniformiser un tant soit peu les normes applicables aux secteurs du camionnage et de l’abattage des animaux, ainsi que la réglementation régissant le contenu des trousses de premiers soins exigées sur les lieux de travail. Le premier ministre Philippe Couillard s’est rapidement affairé à dissiper l’impression selon laquelle le Conseil de la fédération a accouché d’une souris. « C’est la première fois qu’on fait autre chose qu’énumérer des principes généraux et qu’on pointe, outre les marchés publics […], des éléments spécifiques », a-t-il soutenu.