Couillard prêt à «une certaine concurrence» pour la SAQ

Le Parti libéral du Québec proposera de faire voler en éclats le monopole de la Société des alcools du Québec s’il est élu le 1er octobre prochain.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Parti libéral du Québec proposera de faire voler en éclats le monopole de la Société des alcools du Québec s’il est élu le 1er octobre prochain.

Philippe Couillard plaide pour une « ouverture » de la vente au détail des vins, alcools et spiritueux à « une certaine concurrence » tant qu’elle « ne remet pas en cause l’existence de la SAQ ».

À l’instar de la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec proposera de faire voler en éclats le monopole de la Société des alcools du Québec (SAQ) s’il est élu le 1er octobre prochain.

En effet, la révision du modèle d’affaire de la SAQ figurera dans la plateforme électorale du Parti libéral du Québec, a-t-il indiqué en marge du Conseil de la fédération, vendredi.

 
1 milliard
Le montant que rapporte, bon an, mal an, la SAQ à l’État québécois.

Au Québec, il pourrait y avoir de petites entreprises privées comme des boutiques de la Maison Nicolas ? a demandé Le Devoir à deux mois et demi des élections générales. « Oui, exactement ! C’est un modèle intéressant. Et, je ne pense pas que ça menace l’existence de la SAQ », a-t-il répondu du tac au tac.

« L’idée d’une privatisation de la SAQ, ce n’est pas de ça dont on parle », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, la SAQ conserverait vraisemblablement la mainmise sur la vente d’alcool en ligne au Québec si le PLQ sort victorieux de la campagne électorale. « Il y a plus de réticences sur le fait d’amenuiser [les règles pour permettre à des producteurs de vendre] directement à l’usager ou à l’acheteur », a souligné M. Couillard dans une mêlée de presse.

Le gouvernement québécois a chargé PwC Canada d’établir un « diagnostic stratégique sur la performance de la SAQ et l’évolution de son environnement d’affaires », puis de déterminer « des scénarios d’évolutions possibles du modèle d’affaires ». Le rapport final devra être déposé au plus tard le 27 août 2018. Le PLQ espère y trouver des munitions.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, s’était dit le 31 mai dernier « pas fermé en principe » à la fin du monopole de la SAQ. « Mais, il va falloir regarder quelles sont les conséquences, quelles sont les implications internes de santé publique, sécurité publique, disponibilité des produits, particulièrement en région, finances publiques, les employés de la SAQ elle-même », avait-il prévenu.

Le PLQ s’avance, encore une fois, en terrain caquiste. En effet, la formation politique de François Legault réclame à hauts cris, depuis un bon moment, la mise sur pied d’une commission parlementaire permettant d’étudier la fin du monopole de la SAQ. « On voudrait ouvrir [le marché] à des cavistes, qui pourraient vendre hors du contrôle de la SAQ », résume l’attachée de presse Émilie Toussaint. La CAQ n’a pas déterminé d’échéancier précis pour la mise en oeuvre de ce nouveau modèle.

Dans un État, qui est quand même très présent dans nos vies, laisser des éléments de choix pour les gens et les familles, d’après moi, c’est un beau modèle de société aussi

Le Parti québécois s’oppose quant à lui à toute forme de privatisation de la SAQ, bien qu’il reconnaisse qu’il y ait « toujours moyen d’améliorer les monopoles publics ». Le modèle actuel est celui qui permet d’avoir la plus grande sélection et la plus grande diversité de produits, en plus de profiter d’un réseau de distribution bien établi, estime-t-il.

Québec solidaire est du même avis : la SAQ favorise une meilleure diversité des produits offerts aux consommateurs. À cela, il ajoute le fait que la société d’État est à son avis la mieux placée pour assurer un service « équitable et similaire partout en province, et pas juste dans les grands centres ».

La SAQ rapporte bon an mal an un peu plus d’un milliard de dollars à l’État québécois.

Restrictions interprovinciales

M. Couillard a ouvert son jeu au terme d’une séance de travail du Conseil de la fédération, jeudi et vendredi à Saint-Andrews, au Nouveau-Brunswick.

Il a aussi plaidé vendredi pour une levée complète des limites de bouteilles de bière, vin et spiritueux de toutes sortes pouvant être transportés d’une province à l’autre par un particulier — ce qui permettrait à un Québécois de rapporter des caisses de bouteilles de vin de la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, par exemple.

« On en a d’ailleurs bu une très bonne [bouteille] ici », a fait remarquer le premier ministre québécois à la presse. « Tout le monde en a bu avec plaisir », a-t-il ajouté. La chef du gouvernement de l’Alberta, Rachel Notley, ne s’est pas privée, ce qui a été bien sûr relevé par ses homologues. Pour cause, Mme Notley avait menacé de boycotter le vin de la Colombie-Britannique en guise de représailles au refus de son homologue John Horgan d’autoriser l’expansion du pipeline Trans Mountain.

Aujourd’hui, les Québécois peuvent rapporter tout au plus neuf litres de vin, trois litres de spiritueux et trois caisses de vingt-quatre bouteilles de bière d’une escapade dans une autre province. « Les quantités sont déjà assez importantes », a lancé M. Couillard, s’engageant du même souffle à « aller plus loin ».

Les premiers ministres des provinces et des territoires ont donné leur accord de principe cette semaine à une hausse importante des exemptions personnelles quant à la quantité d’alcool pouvant être transportée par une personne franchissant les frontières. Certains gouvernements, dont celui du Québec, pourraient éliminer toute restriction, comme c’est déjà le cas au Manitoba et en Alberta.

« Il n’est pas raisonnable de garder des barrières pas possibles ou inutiles. Mais, on va le faire progressivement », a indiqué M. Couillard, évoquant la possibilité de devoir procéder à des changements réglementaires ou législatifs pour y arriver. « Le désir du Québec, c’est d’aller dans la direction de “pas de barrières”. »

M. Couillard s’est envolé du Nouveau-Brunswick vendredi après-midi pour Saint-Félicien, où, contrairement à François Legault, il prendra des vacances en famille. « [Je] souhait[e] à tout le monde de passer un été bien sûr agréable, en sécurité, et visitez le Québec ! Moi, je passe mes vacances au Québec. »

Avec Marie-Michèle Sioui

15 commentaires
  • Patrick Boulanger - Inscrit 21 juillet 2018 02 h 21

    Danger

    Danger! Soyons vigilents par rapport au PLQ et à la CAQ. Je ne crois pas que le bien-être de la collectivité soit le premier objectif de leur futur positionnemement respectif par rapport à la SAQ.

    • Christiane Gervais - Inscrite 21 juillet 2018 10 h 31

      Et Couillard est surtout prêt à tout pour aller chercher des votes. Point.

    • Nadia Alexan - Abonnée 21 juillet 2018 13 h 09

      Voilà! Une autre mainmise sur notre source du bien commun. Les vautours d'entreprises privées veulent tout accaparés et ne rien l’aisée pour le bon peuple. Les partis politiques néolibéraux, tels que la CAQ et le PLQ, veulent privatiser la SAQ, une vache à lait, qui rapporte un milliard de dollars à l’État québécois. De plus, la SAC offre un très bon choix de spiritueux à des prix abordables. Mais les requins préfèrent les profits individuels, au bien commun, avec la complaisance de nos élus. Quelle trahison!

    • Patrick Boulanger - Inscrit 22 juillet 2018 06 h 43

      @ Mme Alexan

      À ma connaissance, il n'est pas question de privatisation de la SAQ avec la CAQ et le PLQ. LA fin d'un monopole n'est pas l'équivalent d'une privatisation.

  • Gérard Raymond - Abonné 21 juillet 2018 07 h 09

    Je suis un vieux et bon client de la SAQ (depuis la Régie des alcools) auprès d’une bonne vingtaine de succursales situées dans quelques régions du Québec et je sais ce qui se fait en privé aux USA en matière de vente d’alcool. La formule étatique du Québec n’a rien à envier à la formule privée étatsunienne ou autre.
    Pour moi, les gens à l’emploi de la SAQ sont en général d’une compétence remarquable et véritablement au service de la clientèle, en ce sens qu’ils n’ont aucun intérêt personnel à mal informer leurs clients, à seule fin de gonfler les profits.
    Je ne vois donc aucun argument en faveur du privé à cet égard, si ce n’est le service de dépannage approprié offert par les Metro, IGA et Provigo, si ce n’est celui de favoriser les petits amis de certains politiciens, et je préfère que les profits réalisés sur la vente d’alcool aillent d’abord à l’Etat, qui les distribue ensuite à l'ensemble des Québécois.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 21 juillet 2018 20 h 19

      Je suis 100% d'accord avec vous quant à votre conclusion: ''et je préfère que les profits réalisés sur la vente d’alcool aillent d’abord à l’Etat, qui les distribue ensuite à l'ensemble des Québécois''.

  • Josée Duplessis - Abonnée 21 juillet 2018 07 h 27

    Pourquoi?

    Je n'ai pas lu l'article mais d'emblée je comprends M. Couillard d'être prêt à une certaine concurrence.
    Il prépare les places pour ses petits et grands amis. Qui pensez-vous aura des permis de magasins privés. Eux sont aussi dèjà prêts.
    Peut-être que le problème de la SAQ n'est pas que ça soit un secteur public. C"Est peut-être mal géré pour que le dèsir de privatiser se fasse sentir.
    Moi je suis contre les privatisations.

  • Jean Lapointe - Abonné 21 juillet 2018 07 h 44

    Encore une promesse dernière minute.

    De toute façon le Parti libéral ne esra pas réélu lors des prohaines élections. On s'en fout donc de ses promesses à caractère électoraliste.

  • Pierrette Gratton - Inscrit 21 juillet 2018 14 h 08

    Retraitée abonnée, P.Gratton

    Monsieur Couillard avec son à-plat-ventrisme devant la privatisation pour mieux servir ses "tits amis" me sidère. Bravo madame Duplessis!