Un G7 pas payant pour tous

Les chefs des États membres du G7 ont pris part à une première session de travail vendredi après-midi au Manoir Richelieu, à La Malbaie.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les chefs des États membres du G7 ont pris part à une première session de travail vendredi après-midi au Manoir Richelieu, à La Malbaie.

Le G7 n’a pas été payant pour tout le monde à La Malbaie et dans les environs. Si certains sont accaparés par de grosses commandes, plusieurs sont déçus par le faible achalandage dans les commerces et les restaurants.

L’ambiance était plutôt morose dans le petit restaurant d’Audrey Gagnon sur la rue Saint-Étienne vendredi après-midi. « Je n’ai pas de monde, je suis presque en crise financière », a résumé la propriétaire de La Gaufré-Folie.

« Si je me fie à mes chiffres de l’année passée, j’avais au moins trois fois le revenu que j’ai là. »

Son commerce est pourtant situé au coeur du centre-ville. Or, il n’y a pratiquement personne dans la rue. À quelques portes de là, la Boutique Charlevoix est déserte.

« On s’attendait vraiment à avoir un achalandage monstre sur la rue et ce n’est pas le cas », remarque la propriétaire, Nancy Giguère. « Il n’y a pas de place pour les touristes et les résidents ont peur, alors ils demeurent à la maison. Ils s’imaginent le pire », dit-elle avant d’ajouter qu’elle est malgré tout optimiste. « On croit vraiment que ça risque d’être bon pour la visibilité. »

Mme Giguère fait pourtant partie des chanceux qui ont reçu des commandes spécifiques du G7. Comme artisane, elle a pu réaliser des créations textiles pour les sept sherpas invités.

La Boulangerie Pains d’Exclamation aussi a reçu des commandes spéciales de pain de la part du Manoir Richelieu. On lui a demandé de concevoir de nouvelles saveurs pour les délégations de diplomates. Un défi « super intéressant », lance la propriétaire, Josée Gervais. Mais elle aussi trouve que La Malbaie manque un peu d’ambiance.

« D’habitude, il y a du monde qui passe sur la rue. Là, il n’y en a pas. »

Certains par contre sont complètement débordés. Dans la marina de Cap-à-l’Aigle, l’équipe du Bistro Le Refuge nourrit tout le personnel de la sécurité maritime. Lorsqu’on l’a appelé pour faire une entrevue, le patron a dit qu’il n’avait même pas dix minutes à nous consacrer. « Madame, je dors trois heures par nuit », a-t-il lancé avant de raccrocher.

À Baie-Saint-Paul, la microbrasserie de Charlevoix a connu, elle aussi, un grand succès avec sa bière spéciale du G7, brassée avec des ingrédients des sept pays membres.

« C’est l’équivalent de 28 000 bouteilles qui se sont envolées en quelques semaines », résume le responsable, Frédéric Tremblay. « On ne pensait jamais que ça allait s’envoler à cette rapidité-là. » Or, lui aussi a remarqué qu’il y avait moins de monde que d’habitude dans son pub.

Hôtels pleins et vides à la fois

Même dans le secteur hôtelier, l’enthousiasme est loin d’être généralisé. « C’est très mitigé », observe Anne Jean du Restaurant-Motel Le Mirage. Ses chambres étaient pourtant toutes réservées pour le G7, mais près du tiers n’ont pas été occupées et les policiers ne fréquentent pas le restaurant parce qu’ils sont nourris ailleurs.

« Ils sont très organisés, avec des tentes et des chapiteaux, alors ils n’ont pas mangé du tout à notre restaurant », dit-elle.

Elle a donc dû renvoyer du personnel du restaurant à la maison. Même chose pour certaines femmes de chambre. Une situation que déplore le Mouvement Action Chômage Charlevoix.

Chômage

« Étant donné que ce sont des policiers, les femmes de chambre ne peuvent pas travailler pour des raisons de sécurité. Ils ont des armes à feu, des trucs comme ça. On nous a créé des attentes avec le G7, tout le monde allait travailler, et finalement, ce n’est pas le cas », observe la directrice Julie Brassard.

C’est d’autant plus déplorable, dit-elle, que bien des travailleurs saisonniers espéraient pouvoir sortir du « trou noir » de l’assurance-emploi plus tôt grâce au G7 cette année. Le trou noir est le nom qu’ils ont donné à la période entre laquelle ils cessent de recevoir de l’assurance-emploi et la reprise des emplois d’été.

Or à la Chambre de commerce de Charlevoix et à l’Hôtel de Ville, on maintient que le G7 a été une bonne affaire. « Certains sont très, très satisfaits. Je pense au taux d’occupation des hôteliers », a commenté à ce sujet le maire Michel Couturier, vendredi.

« Certains s’attendaient peut-être à autre chose dans le cadre du G7. Une chose est sûre : nous, depuis un an, on vit quand même une effervescence économique assez intéressante. Il faudra regarder le G7 comme une activité globale qui a duré depuis mai 2017 jusqu’à aujourd’hui. »


Une version précédente de cet article faisait état d'une ambiance morose dans le restaurant La Gaufré-Folie, jeudi après-midi, alors qu'il fallait plutôt lire vendredi.