Philippe Couillard affronte le vent du dégagisme

En congrès, le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, a ressorti le slogan «les deux mains sur le volant».
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En congrès, le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, a ressorti le slogan «les deux mains sur le volant».

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a observé avec chagrin la débâcle électorale de son homologue ontarienne, Kathleen Wynne : « une femme remarquable qui a servi sa province et son pays avec énormément de sincérité ».

« Bien sûr, lorsqu’on est en politique ou au gouvernement, on présente des politiques qui parfois ne sont pas aussi bien reçues dans la population que ce qu’on espère », a-t-il affirmé au terme d’un conseil général du PLQ samedi soir.

Cela dit, la déconfiture du Parti libéral de l’Ontario (PLO) ne préfigure en rien le sort qui sera réservé au Parti libéral du Québec (PLQ), a-t-il souligné à quatre mois des élections générales. « Ce n’est pas la même situation. » Par exemple, l’Ontario a effectué des déficits en série. Pas le Québec.

Toutefois, le vent du « dégagisme » souffle, à différentes intensités, des deux côtés de la rivière des Outaouais. Le PLO et le PLQ, qui assument le pouvoir depuis quelque 15 ans — avec une interruption de 18 mois pour le PLQ —, l’ont de face. Le PLO est crédité de 20,4 % des intentions de vote, le PLQ, 26 %.

« Tu vois bien que ce n’est pas cimenté », lance le militant de longue date au PLQ Ronald Poupart, évoquant la variation des intentions de vote de la Coalition avenir Québec au fil des derniers mois. « Ce n’est pas moi qui décide ça, c’est le sondage qui le dit », poursuit-il dans un échange de couloir avec des journalistes. L’ex-façonneur d’image (spin doctor) de Robert Bourassa n’est pas prêt pour autant à parier un billet de 5 $ sur la réélection du PLQ. « Vous m’appellerez le 1er septembre. »

À l’intérieur de la salle de conférence, quelques centaines de libéraux de tous âges avançaient des arguments militant en faveur de l’octroi d’un second mandat à l’équipe de Philippe Couillard. Toutes les idées étaient bonnes, y compris celles qui, à première vue, s’opposent comme le « changement » et la « stabilité ».

L’état-major du PLQ a ressorti le slogan les « deux mains sur le volant ».

En 2008, Jean Charest avait sollicité un gouvernement majoritaire — « deux mains sur le volant » — pour affronter les soubresauts de la crise financière. Il l’avait obtenu. « L’ère Charest, c’est l’époque où on a fait face à la plus grande crise économique de l’époque récente avec beaucoup de compétence », a fait valoir M. Couillard.

Une croissance économique bien dirigée, des finances publiques saines et une dette qui non seulement est en contrôle, mais est en décroissance. C’est notre ADN. C’est notre façon de faire.

 

Stabilité économique

Dix ans plus tard, c’est à son tour de jouer à fond la carte de la « stabilité économique ». À ses yeux, cette « grande période d’instabilité » où le locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, fait flèche de tout bois, attaquant tantôt la gestion de l’offre, tantôt l’exception culturelle du Québec, tantôt les alumineries et les aciéries, requiert le maintien d’« un gouvernement qui a déjà démontré sa compétence dans la gestion de l’économie et des finances publiques ». « Ce n’est pas un temps, un moment ou une période pour ajouter à l’instabilité », a-t-il martelé samedi.

L’« instabilité » actuelle n’a toutefois pas poussé le ministre des Finances, Carlos Leitão, à revoir ses prévisions de croissance économique pour le Québec. « Pour l’instant, ça tient. S’il le faut [revoir à la baisse la croissance escomptée], on le fera », a dit M. Leitão à la presse.

« Pas encore », a lancé le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, sur Twitter dimanche. Le slogan « Deux mains sur le volant » « porte malheur », selon lui. « La dernière fois, on a perdu 40 milliards à la caisse, on est retombés en déficit et la corruption était à son maximum », a-t-il résumé dans un gazouillis de 220 caractères, agrémenté d’une émoticône prise d’une grosse frayeur.

Le chef de la CAQ, François Legault, a pour sa part soutenu sur le réseau social que « plus que jamais, le Québec a besoin d’un gouvernement économique pour diversifier nos marchés d’exportation ».

Un programme plus progressiste ?

En gardant les deux mains sur le volant, le PLQ pourra, s’il en a les moyens, donner un petit à coup à gauche de temps en temps.

Premièrement, l’État annulerait la « contribution » exigée aux parents d’enfants âgés de quatre ans inscrits dans un service de garde éducatif à l’enfance subventionné, ou encore, une maternelle 4 ans.

« On a, cette année, plus que jamais sur le plan économique, une situation de devenir encore plus progressistes », a souligné le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand.

Cependant, l’élection du parti politique de François Legault inaugurerait une ère de « petite noirceur » au Québec, a mis en garde la candidate dans Saint-Laurent, Marwah Rizqy, avec aplomb samedi.

De retour à Québec, M. Couillard s’affairera à assurer l’adoption de « projets de loi importants » par l’Assemblée nationale d’ici la fin de la session, prévue le 15 juin prochain. Le chef du gouvernement en a d’abord évoqué trois durant le week-end : le projet de loi encadrant le cannabis, le projet de loi modifiant les normes du travail et le projet de loi modifiant le régime d’assurance parentale. « Il me semble que ce sont des sujets sur lesquels on est capables de s’entendre », a-t-il dit, avant d’ajouter à cette liste le projet de loi visant à permettre à La Presse de passer sous le contrôle d’un organisme à but non lucratif (OBNL). « L’avenir de ce grand journal, c’est important pour les Québécois », a-t-il fait valoir.

Pendant ce temps, les formations politiques conviendront entre elles de certaines modalités de la prochaine campagne électorale, dont le format des débats des chefs ou encore le nombre d’autocars réservés aux journalistes. Aucune d’elles n’ose retrancher unilatéralement un autocar, de crainte d’indisposer la presse.

Trêve estivale

Après la session, Philippe Couillard prendra des vacances durant lesquelles il « lancer [a] quelques mouches dans une ou deux rivières ». Des candidats libéraux feront campagne, en sourdine.

« Les Québécois, les Québécoises sont des gens qui aiment célébrer l’été, être en vacances. Je ne pense pas qu’ils veulent entendre des discours politiques antagonistes durant cette période-là. On va être présent, tous mes collègues, dans les événements où les gens sont joyeux, de bonne humeur », a dit M. Couillard.

Ils risquent de croiser la minifourgonnette préélectorale du PQ, qui sera conduite par la vice-chef, Véronique Hivon, à travers le Québec. Les péquistes profiteront de la période estivale pour « mettre en avant de grandes idées, qui font une différence dans la vie ». « On est là pour vous donner de l’information. Si vous n’avez pas le goût, on n’entre pas dans votre bulle. On est conscients que les Québécois sont sur un autre rythme pendant la période estivale. Nous aussi », explique la députée de Joliette.

M. Legault n’entend pas perdre une minute pour présenter son plan pour « Faire plus, faire mieux » aux Québécois. Pas de vacances cet été pour lui, a-t-il annoncé.

À l’approche du solstice d’été, M. Couillard a lancé un avertissement à la population : « Méfiez-vous de quelqu’un qui dit qui ne prend jamais de vacances parce que ça m’inquiète beaucoup. »

La CAQ n'est pas de taille, selon Couillard

La Coalition avenir Québec n'est pas de taille pour défendre le Québec des assauts protectionnistes, estime le chef libéral, Philippe Couillard. « [Il y] a des enjeux qui sont spécifiques au Québec. Bien sûr, je sais que Monsieur Trudeau s'occupe de les défendre aussi. Mais une voix de plus, ça peut être très utile : par exemple l'exception culturelle, c'est majeur pour les Québécois, par exemple le maintien du système de gestion de l'offre pour les producteurs laitiers, par exemple le mode de règlements des différents. [M. Legault] n'en parle pas. Moi, j'en parle », dit-il. Le premier ministre reproche aussi à son adversaire d'être inaudible sur les « changements climatiques », la « transition énergétique » et la « lutte contre la pauvreté ».